Didier Burkhalter: «Abolir la peine de mort est une question de volonté politiqu Didier Burkhalter: «Abolir la peine de mort est une question de volonté politique». Keystone
10/10/2012

«Elle ne rend pas le monde meilleur»

peine de mort • Très engagé à titre personnel, Didier Burkhalter indique que la Suisse a fait du combat pour l’abolition de la peine capitale la priorité de sa politique des droits de l’homme. En marge de son interview, participez à notre sondage sur ce sujet!

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Et vous, êtes-vous aussi opposé à la peine de mort?

Etes-vous, au contraire, favorable à la peine de mort?

Donnez-nous votre avis en participant à notre sondage!

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La Coalition mondiale contre la peine de mort, qui fédère toutes les énergies des ONG actives dans ce combat, célèbre aujourd’hui ses dix ans. L’occasion d’évoquer–par e-mail–ce sujet sensible avec le chef des Affaires étrangères Didier Burkhalter, qui a fait de l’abolition de la peine de mort une affaire personnelle et politique.

- Fin août, à Vaduz, vous avez proposé une action commune de la Suisse, de l’Autriche, de l’Allemagne et du Liechtenstein pour la suppression de la peine de mort dans le monde. Comment vos homologues ont-ils accueilli cette proposition?

Didier Burkhalter: Elle a été bien accueillie et ces pays partagent notre point de vue. Nous avons décidé de coordonner nos efforts sur cette question.

- Il y a deux semaines, vous vous êtes également exprimé sur le sujet devant les représentants de l’ONU à New York. Ne se sent-on pas trop seul dans ces moments-là?

La question n’est pas de savoir si l’on se sent seul, mais de faire ce que l’on pense qu’il est juste de faire. De nombreuses organisations plaident pour l’abolition de la peine de mort. En Suisse, nous avons accueilli en 2010 le 4e congrès mondial contre la peine de mort qui a débouché sur la création de la Commission internationale contre la peine de mort qui a son secrétariat à Genève. Il y a 10 ans, 79 pays connaissaient la peine de mort, ils ne sont plus qu’environ 50 aujourd’hui et plus de 130 Etats l’ont abolie ou observent un moratoire. C’est un chiffre encourageant, mais nous ne devons pas nous en contenter.

- Quel rôle la Suisse peut-elle jouer dans cecombat?

Nous devons redoubler d’efforts sur les plans bilatéral et multilatéral ainsi qu’aux côtés des ONG jusqu’à ce que condamnation ne rime plus avec exécution. Nous avons décidé que le combat pour l’abolition de la peine de mort serait la première priorité de notre politique des droits de l’homme. De nombreuses organisations et de nombreux pays soutiennent ce combat. L’Assemblée générale de l’ONU se prononcera bientôt sur une nouvelle résolution appelant à un moratoire mondial en vue de l’abolition de la peine de mort.

- En 2010, soit un an et demi après le meurtre de la jeune Lucie Trezzini, une initiative visant les auteurs de meurtres ou assassinats avec violence sexuelle a été lancée (avant d’être quelques jours plus tard retirée) pour réclamer le retour de la peine de mort. Cela vous a-t-il choqué?

Ce qui m’a surtout choqué, c’est la mort de cette jeune fille. Tout ce qui est humainement possible doit être fait dans notre société pour éviter ce genre de drame. Croire cependant qu’il aurait pu être évité si la Suisse connaissait la peine de mort est une erreur.

- En 2011, dans le cadre des élections fédérales, un questionnaire avait été envoyé par un journal aux candidats fribourgeois au National. L’une des questions faisait allusion à cette initiative, en demandant s’ils y étaient favorables. Sur 99 personnes, deux candidats UDC – députés au Grand Conseil actuellement – avaient répondu par l’affirmative. L’un d’eux précisait: «J’ai deux filles. Si on touche à leurs cheveux, je ne sais pas ce que je ferais.» Comprenez-vous cette réaction?

J’ai aussi des enfants. Et je souhaite qu’ils puissent vivre dans un monde meilleur. Je ne pense pas que la peine de mort rende le monde meilleur. Et beaucoup de Suissesses et de Suisses estiment que la peine de mort n’est pas une bonne solution. La simple et terrible idée qu’il puisse se trouver des innocents, et il y en a certainement, dans les couloirs de la mort, doit nous inciter à l’action.

- A quand remonte votre engagement?

Du temps de mon adolescence, ce qui fait déjà quelques années… Le débat sur la peine de mort me passionnait parce qu’il posait la question fondamentale de la justice de l’homme pour l’homme et de ses limites. Il n’y a pas eu un élément déclencheur, mais une conviction naissante au fond de moi: la peine de mort – qui, de surcroît, est encore appliquée à des enfants dans certains pays – n’augmente pas la sécurité dans une société. L’abolir est une question de volonté politique. I

QUELQUES FAITS ET CHIFFRES

Dans le monde
> 141 pays ont aboli la peine de mort, mais 57pays et territoires l’appliquent toujours.
> Trois grandes démocraties appliquent la peine de mort: les Etats-Unis, l’Inde et le Japon.
> En 2011 selon Amnesty International, au moins 676 personnes ont été exécutées dans 20pays. La plupart des exécutions ont eu lieu en Chine, en Arabie saoudite, en Corée du Nord, aux Etats-Unis, en Irak, en Iran, en Somalie et au Yémen.
> Selon Amnesty toujours, la Chine a exécuté plus de prisonniers que tous les pays du globe réunis – même si l’on ignore le nombre exact de condamnés mis à mort en Chine, ce chiffre étant classé secret d’Etat.
> Au Moyen-Orient, le nombre d’exécutions confirmées a augmenté de près de 50% en 2011.
> La peine de mort a notamment été prononcée pour sanctionner l’adultère, la sodomie et l’apostasie en Iran, le blasphème au Pakistan, la «sorcellerie» en Arabie saoudite, les infractions à la législation sur les stupéfiants dans plus de 10 pays.

Europe et Suisse

> En Europe, la première région à abolir la peine de mort est la Toscane, en 1786. La France ne l’a faite qu’en 1981. Aujourd’hui, le seul pays à l’appliquer en Europe est le Bélarus.
> La peine de mort en Suisse a été abolie en 1874, puis rétablie à la suite d’un référendum en 1879. En 1938, le peuple adopte par 53,5 % des voix un nouveau Code pénal qui prévoit l'abolition de la peine de mort; il entre en vigueur le 1erjanvier 1942. En 1940, dans le canton d’Obwald, Hans Vollenweider, coupable du meurtre de trois personnes dont un policier, est le dernier civil exécuté.
> En 1944, 17 membres de l’armée suisse sont fusillés pour trahison. Il faudra attendre 1992 pour que la justice militaire abolisse officiellement de ses textes la peine de mort.

 

Tendance inversée

Coréalisateur de «Honk», un documentaire abordant la peine de mort aux Etats-Unis, le sociologue parisien Arnaud Gaillard était invité vendredi passé à Fribourg pour la première en Suisse de son film. Une projection suivie d’un débat, devant un auditoire entièrement acquis à l’abolition de la peine de mort. «C’est vrai que c’est souvent comme ça. Mais nous devons entretenir la flamme que nous avons pour ce combat, afin de mieux sensibiliser autour de nousé.»

Très engagé, Arnaud Gaillard affirme: «Il y a encore des points d’achoppement importants;mais c’est un combat qui est en passe d’être gagné. Il y a trente ans, deux tiers des pays du globe pratiquaient la peine de mort. Aujourd’hui, cette tendance s’est inversée. Chaque année, de nouveaux pays rejoignent le mouvement abolitionniste. Même des Etats américains le font.»

Propos recueillis par kessava packiry

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