ariane and the City • Sa Gracieuse Majesté règne depuis soixante ans. Au fil du temps, on a fini par s’attacher à elle, même dans nos contrées. God save notre Queen.
Voilà soixante ans, la jeune Elisabeth Windsor devenait Sa Majesté la reine Elisabeth II. Suivra, en juin 1953, son grandiose couronnement. Pour dire la vérité, je ne l’ai pas vu: je n’étais pas née, loin s’en faut. Je n’étais même pas une lueur dans les yeux de mon père, car mes parents venaient à peine de se rencontrer. Je n’étais tellement pas née que, avant moi, patientaient encore mon frère et ma sœur.
Pourtant, je l’ai vu comme si j’y étais. Pensez, la toute première mondovision! Avec au cœur de l’événement cette Allemande mariée à un Grec, si british pourtant qu’on dirait que le terme même a été inventé pour ce couple et leur famille.
J’ai vu cette petite jeune femme encore frêle, encore en deuil de son adorable père parti trop tôt, avancer pas à pas dans Westminster. La tête chargée, le sceptre à la main, des diamants partout. Et puis cette petite voix lisant un texte sans doute écrit par quelqu’un d’autre...
Depuis, je veux dire depuis ma naissance, elle a toujours été là. Et je l’aime, cette Queen qui ne dirige rien. Elle ne gouverne pas, elle règne. Je l’aime comme on aime une grand-mèreet je l’admire, aussi. Quelle femme! Hériter d’un empire qui va se désagréger très vite, hériter d’un siècle et demi de colonialisme, mais garder toujours la tête haute. «Never complain, never explain.» Ne jamais se plaindre, ne jamais s’expliquer. Cette devise aussi, on dirait qu’elle a été inventée pour elle.
Mes amis moquent ma passion (je ne loupe pas un numéro de «Point de Vue», pas plus qu’un mariage royal ou des funérailles). S’ils savaient le plaisir délicat qu’il y a à l’aimer, cette femme! Le monde change à une vitesse supersonique, l’humanité vacille. Pas la reine. Elle se contente de «faire le job» et de vieillir gracieusement. Ses enfants divorcent à tour de bras, se font piéger par des paparazzis dans les bras d’improbables amants ou maîtresses? Ils donnent des interviews exclusives, se répandent en complaintes et en explications? Pas elle. Elle aurait beaucoup à dire, certes, mais garde tout pour elle. Sa pensée est un mystère, ce qui change des personnages dont la pensée est une misère.
Immuable, les trois rangs de perles et la broche au côté droit, elle inaugure, fait des discours, reçoit des chefs d’Etat, participe à des soirées interminables.
Toujours souriante, oui, et toujours gracieuse. Son temps libre, elle le passe en Ecosse, entourée de chevaux un peu braques, de corgies psychopathes et de brumes épaisses. Ce n’est pas du caractère, ça?
Elle a été peinte par Andy Warhol et par Lucian Freud. Elle est l’une des femmes les plus photographiées au monde. Elle figure sur les timbres anglais. Elle est la seule, à ma connaissance, qui a demandé à faire RAJOUTER des rides à son portrait officiel pour qu’il soit plus conforme à la réalité. Elle possède un mélange d’humour et d’élégance qui n’appartient qu’à elle.
La Queen a décoré les Rolling Stones, les Beatles et des centaines d’autres, sinon des milliers! Toujours impeccable, dans ses tenues vert pistache ou rose bonbon, vaillante sur ses talons et sous ses chapeaux. Qu’il vente, pleuve, gèle ou fasse quarante degrés, la reine ne bouge pas. Trembler, grimacer ou frémir sont des verbes qu’elle ne connaît pas. Elle sourit, incline la tête, remet des médailles, des cadeaux, reçoit des bouquets de fleurs et des compliments. C’est un roc que cette femme-là. Une légende. Une icône. Un point de repère à elle toute seule!
Alors hier, où elle a fêté ses soixante ans de règne, je n’ai eu qu’un souhait: que Dieu veuille garder la reine encore très longtemps parmi nous! I
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