Andreas Hoefert: «Un pays comme l’Italie, avec le même taux d’intérêt dans six
Andreas Hoefert: «Un pays comme l’Italie, avec le même taux d’intérêt dans six mois, n’aura plus qu’une alternative: sortir de l’euro». alain wicht
30/11/2011

«L’implosion de l’euro n’est pas loin»

économie • La crise de la dette pourrait être fatale à la monnaie européenne si des mesures ne sont prises rapidement. L’analyse d’Andreas Hoefert, chef économiste d’UBS.

Après avoir plombé la Grèce, puis les autres pays méditerranéens de l’Union européenne, la crise de la dette semble contaminer tout le Vieux-Continent, les différentes économies nationales étant touchées les unes après les autres par effet domino. La récession est-elle inévitable? Quelles seront les conséquences pour la Suisse? Le point avec Andreas Hoefert, chef économiste d’UBS.

 

Selon l’agence Moody’s, l’aggravation rapide de la crise de la dette menace la solvabilité de tous les pays européens. Croyez-vous à la possibilité d’une catastrophe à l’échelle du continent?

Andreas Hoefert: Tout à fait. On est à deux doigts de l’implosion de l’euro. Les gens – et même les politiques – n’ont pas conscience de ce qui se passe. Les taux d’intérêt de certains pays en périphérie de l’Europe (Italie, Espagne) ne sont pas tenables à terme. Ces pays sont actuellement poussés vers la faillite par les marchés. Il y a aussi le spectre d’un déclassement de la France. Enfin, la Banque centrale européenne (BCE) ne semble absolument pas concernée par l’avenir de l’euro. Elle est prête à se suicider pour maintenir la stabilité des prix, alors que le problème n’est pas là. La façon dont elle gère la crise européenne n’est pas digne d’une banque centrale. C’est un robot anti-inflationniste qui se trompe de combat. C’est comme si des pompiers, au lieu de lutter contre l’incendie, se focalisaient sur les dégâts d’eau que peut causer leur intervention.

»Or nous sommes confrontés à deux types d’événements. Il y a une crise plus profonde qu’il s’agira de résoudre par des mesures d’austérité, mais il faut d’abord un palliatif pour la stopper. La seule manière, c’est que la BCE fixe, à l’instar de la Banque nationale suisse, un taux plafond pour les taux d’intérêt en Europe. A mon avis, un pays comme l’Italie, avec des taux au niveau actuel, n’aura plus qu’une alternative dans six mois: sortir de l’euro.

 

Que se passera-t-il si le triple A de la France est dégradé?

L’explosion de ses taux d’intérêt continuera. Et les agences se montreront encore plus critiques, ce qui péjorera encore les taux. Une dynamique négative s’est enclenchée, sur le plan européen. Au départ, il y avait seulement la Grèce, et, franchement, ça ne compte pas. C’était une crise à part. Mais le cumul des gaffes et l’absence de volonté de résoudre de manière efficace le problème grec ont engendré une contagion. La crise a empiré et touché le Portugal, l’Espagne, l’Italie. Et maintenant, il y a des problèmes en Autriche, en Belgique, en France, où les taux sont deux fois plus élevés qu’en Allemagne. Dès lors, soit on stoppe cela, ou tout ça nous explose à la figure.

 

A en croire les agences de notation, les notes des pays européens pourraient continuer de baisser...

Les Etats-Unis, le Japon ou le Royaume-Uni ont des dettes dans leur propre monnaie. Ils ne feront pas défaut; ils peuvent faire tourner la planche à billet. La situation est différente pour les pays endettés en euros: la BCE ne leur appartient pas. Donc pour l’Italie, sortir de l’euro équivaut à revenir à une situation qui lui permet de ne pas faire défaut. Dans ce contexte, la note ne change rien. Ce classement des pays ne veut rien dire; les marchés n’écoutent pas les agences de notation quand il n’y a pas de problème avec la banque centrale.

 

La fin de l’euro est-elle inéluctable?

Non. Mais il n’y a aujourd’hui plus guère de porte de sortie de cette crise de l’euro. Je ne crois pas à ces gadgets mis en place à la va-vite – comme une intervention du Fonds monétaire international pour aider l’Italie. On ne retrouvera pas la confiance des marchés comme cela. Pour sauver l’euro, il faut une thérapie de choc. Une annonce de la BCE expliquant que tous les moyens sont engagés pour stopper la hausse des taux.

 

Aujourd’hui, vu la morosité ambiante, une récession mondiale est-elle inévitable?

L’Europe est déjà en récession. Cela va aussi être probablement bientôt le cas en Suisse, à cause de la situation européenne et de la cherté du franc. Les Etats-Unis doivent faire face à un défaut de croissance. Nous allons au-devant d’une année 2012 mauvaise du point de vue de la conjoncture.I

 

«Le chômage va augmenter»

Comment l’économie suisse va-t-elle se comporter en 2012?

Elle sera péjorée par la cherté du franc. Un euro à 1,23 franc pèse sur notre économie, qui est très orientée vers l’exportation. Par ailleurs, l’Allemagne est probablement repartie en récession. Or c’est notre partenaire économique principal. Dans ces conditions, la Suisse ne peut pas bien marcher. Conséquence: le chômage devrait augmenter, d’autant plus qu’il est bas actuellement.

 

A propos du franc fort, la BNS se dit prête à prendre de nouvelles mesures. A-t-elle raison selon vous?

Oui. Cet été, si le franc suisse avait passé la barre de la parité, les exportateurs helvétiques n’auraient pas pu tenir et la récession aurait été massive. La politique de la BNS est extrêmement crédible. La façon dont elle a communiqué – défendre coûte que coûte un plancher à 1,20 franc – ne laissait pas la moindre place à une quelconque interprétation. Maintenant, la question de savoir s’il faut une limite plus élevée, à 1,25 ou 1,30 franc, peut se discuter. Mais il est plus difficile de pousser vers 1,25 que de défendre cette valeur une fois le palier franchi.

 

Cette politique de la BNS est-elle risquée?

Il y a un risque d’inflation sur la planète entière. Dans certains Etats, c’est voulu; faire tourner la planche à billets, c’est une des manières de résoudre le problème de surendettement. Donc si ça arrive en Suisse dans quelques années, il ne faudra pas pointer du doigt la BNS.

 

Dans «Le Matin Dimanche», un analyste d’UBS annonce l’éclatement d’une nouvelle bulle immobilière en Suisse.

Je suis un peu plus prudent. Cette déclaration tient probablement compte du niveau des indicateurs actuels. Mais il ne faut pas oublier que la Suisse va entrer en récession ou, au mieux, en stagnation. Or je n’ai encore jamais vu de bulle immobilière en période de récession. Il est clair qu’il y a des phénomènes de surchauffe sur l’Arc lémanique et à Zurich. Mais il n’y a pas d’emballement de l’activité de crédits comme c’était le cas au début des années 1990. Les bulles actuelles sont avant tout provoquées par de l’argent frais venant de l’étranger et des gens fortunés qui s’installent dans ces régions très prisées. Elles ne proviennent pas de phénomènes de spéculation hypothécaire. Il n’y a aucun risque que les taux remontent avant 2013, voire plus tard. FM

françois mauron

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