cinoche • Hollywood, qui décernera ses statuettes dimanche, établit toujours des palmarès douteux. Pour mettre tout le monde d’accord, cette année, voici donc le nôtre.
Oscar du meilleur film: «Drive», de Nicolas Winding Refn. Avec Ryan Gosling qui, la nuit au volant de sa Chevy Impala, convoie des braqueurs et, le jour, dépanne sa fragile voisine. Le plus original des films de bagnoles, où les moteurs rugissent et où les sentiments s’expriment quasiment sans un mot.
Oscar du meilleur acteur: Gary Oldman dans «La taupe», de Tomas Alfredson, où son manteau beige, ses lunettes à verres épais, ses cheveux presque blancs et son air souverainement indifférent donne une gueule folle à la guerre froide. Top!
Oscar de la meilleur actrice: Tilda Swinton dans «We need to talk about Kevin», de Lynne Ramsay, dans lequel elle incarne une mère dont la vie s’est transformée en enfer dès le jour où elle a mis au monde un fils du genre terrifiant. Le mal existe, les comédiennes de génie aussi.
Oscar de l’actrice qui peut tout jouer et ferait donc sensation même dans un biopic sur Evelyne Widmer-Schlumpf: Meryl Streep pour son imitation de Margaret Thatcher dans «La dame de fer», de Phyllida Lloyd.
Oscar de l’actrice qui se donne du mal pour rien car, même si elle joue un homme dans son nouveau film, on continuera de la confondre avec Meryl Streep: Glenn Close dans «Albert Nobbs», de Rodrigo Garcia.
Oscar du film charmant, bon, d’accord, mais devant lequel le monde entier reste bizarrement muet d’admiration:«The Artist», de Michel Hazanavicius.
Oscar du film qui a reçu tellement de prix, jusque-là, qu’il finira même par gagner le Mérite sportif fribourgeois 2012: «The Artist», de Michel Hazanavicius.
Oscar de l’interprète de «The Artist»qui est bien plus entraînant(e) et émouvant(e), dans le film, que Jean Dujardin lui-même: Bérénice Béjo.
Oscar du film muet – ou pas loin – et pour sa part sans musique, qui se révèle autrement plus profond et plus miraculeux que «The Artist»: «Hors Satan», de Bruno Dumont, qui lâche dans une campagne perdue un vagabond céleste capable aussi bien de tuer son prochain que de le guérir. Du Dostoïevski!
Oscar du film qui a fait hurler d’un rire sarcastique tous ceux qui détestent la musique classique: «Intouchables», d’Eric Toledano et Olivier Nakache.
Oscar du film qui donne à réfléchir à ceux qui envisageaient de se mettre au parapente: «Intouchables», d’Eric Toledano et Olivier Nakache.
Oscar du gars auquel il faut aussi penser, de temps en temps, parce qu’il n’y a pas que Omar Sy dans la vie: Fred Testot, du duo Omar et Fred sur Canal+.
Oscar du film américain émouvant et superbe ayant tout pour lui, mais qui ne dépassera pas les cinq entrées en Europe vu qu’il parle d’un sport incompréhensible sous nos latitudes:«Moneyball», de Bennett Miller, avec Brad Pitt en manager qui révolutionne la manière de transférer les joueurs dans la ligue majeure de base-ball.
Oscar du film dont il faut bien reconnaître qu’il est d’une rarissime beauté, même quand on n’est pas sûr d’avoir tout compris:«The tree of life», de Terrence Malick.
Oscar du film très bien et vachement courageux qui montre que le racisme est une vilaine chose, que les femmes ont bon cœur (elles) et que la pluie mouille, même que ces bouleversantes découvertes nous fichent les larmes aux yeux: «La couleur des sentiments», de Tate Taylor.
Oscar du troisième volet d’une saga aussi raté, affligeant et inutile que «Les Bronzés 3» en son temps: «La vérité si je mens 3», de Thomas Gilou.
Oscar du film qui a mis un terme définitif à une très longue saga et qu’on ne remerciera jamais assez pour ça:«Harry Potter et les reliques de la mort», de David Yates.
Oscar du film grâce auquel l’aventure continue et ce n’est vraiment pas de chance, parce qu’on n’en peut plus:«Twilight – Chapitre 4: Révélation 1re partie», de Bill Condon.
Oscar du meilleur psychopathe:le tueur masqué de «Scream 4», de Wes Craven.
Oscar du gars qui a la haine: Mathieu Kassovitz, vexé à mort pour être persuadé qu’il a réalisé un chef-d’œuvre avec «L’ordre et la morale» et que si son film n’a obtenu qu’une nomination aux Césars, c’est parce que les gens sont jaloux.
Oscar de la tête à claques qui en fait désormais des kilotonnes: Juliette Binoche dans «La vie d’une autre», de Sylvie Testud.
Oscar du film aussi désastreux que son casting: «La vie d’une autre», de Sylvie Testud, avec hélas Mathieu Kassovitz ET Juliette Binoche. I
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