Dans certains quartiers de «Big Apple», le passage de Sandy est visible au détou Dans certains quartiers de «Big Apple», le passage de Sandy est visible au détour de chaque rue: parkings inondés (à Manhattan). Keystone
31/10/2012

Les habitants de New York ont bu la tasse

Mégatempête Sandy • La plus grande ville des Etats-Unis a payé le prix fort lors du passage de la tempête. Au moins dix personnes ont été tuées et des centaines de milliers sont privées d’électricité. Reportage dans un quartier défavorisé.

A Red Hook, hier matin, les féroces rafales de vent et le crachin venaient rappeler que Sandy était encore dans les parages. L’eau, pour sa part, avait fait ses adieux. Durant la nuit, elle était pourtant bien présente dans les rues de ce quartier défavorisé de Brooklyn situé au bord de l’East River, l’un des plus touchés de New York. Le niveau des flots a atteint plus d’un mètre, recouvrant les voitures et s’infiltrant dans les bâtiments.

Malgré les avertissements répétés du maire–le quartier a été décrété zone d’évacuation obligatoire dès dimanche après midi–la plupart des habitants n’ont pas suivi les instructions. «Je vis au sixième étage, pourquoi ne pourrais-je pas rester? L’année dernière, pour l’ouragan Irene, nous sommes partis mais il ne s’est rien passé», explique Herman, un ancien chauffeur de camion qui habite les «projects», équivalent américain de nos cités HLM.

Mines dépitées

Tout le quartier est privé de chauffage et de courant depuis que la tempête s’est abattue sur la ville. Le réseau de téléphone portable ne semble pas avoir survécu au choc, rendant la communication avec famille et amis difficile. Mais Herman a le moral. En ce qui le concerne, pas de dégât à signaler. D’autres ont été moins chanceux. On ne s’attendait pas à voir l’eau monter si haut. Loin des lumières et des lofts de Manhattan, la vie n’est déjà pas toujours facile à Red Hook et à l’heure de constater les dégâts, les mines sont dépitées. La voiture de Lucy, une travailleuse sociale de 43ans, s’est retrouvée engloutie. «Je me sens mal. J’ai une assurance mais je ne sais pas combien je pourrai me faire rembourser», indique-t-elle, visiblement stressée.

«L’eau est montée très vite»

Mohammed se fait aussi du souci. Son épicerie a été totalement inondée. «Je ne sais pas combien tout ça va me coûter», soupire-t-il. Plongé dans l’obscurité, les pieds dans les flaques, il continue tant bien que mal ses affaires et vend à travers une petite fenêtre les quelques denrées qui ont été épargnées.

Dans Richards Street, les habitants sont sur le trottoir. On prend des nouvelles les uns des autres, on se donne des coups de main. Heidi avait fait sceller la porte de la maison qu’elle habite avec sa mère et la famille de sa sœur. Mais l’eau s’est infiltrée par la cave avant d’atteindre le rez-de-chaussée. Ici aussi la surprise est de mise. «Nous avons été très bien informés. Nous savions que ça allait être grave, mais nous ne pensions pas que ce serait si grave. L’eau est montée très vite. On n’a jamais vu ça!», raconte-t-elle. A l’intérieur de la maison, c’est le chaos: noyés, télévision, canapé, bibelots, frigo et cuisinière. Tout est bon pour la poubelle.

La cour que l’on imagine autrefois verdoyante est également dévastée, le sol est jonché de débris, les meubles de jardins brisés et la végétation arrachée. Par-dessus la palissade on aperçoit le toit de la maison voisine, emporté par le vent. «Nous sommes sains et saufs, c’est l’essentiel. Et pour l’espace de quelques heures, nous avons eu une propriété avec vue sur l’océan», parvient encore à plaisanter la jeune femme.

Information zéro

Sous le ciel gris, les rues sont presque animées. Les curieux des quartiers d’alentour, appareils photo au poing, viennent voir de leurs yeux le sort qui a été réservé à Red Hook. Une petite foule est attroupée au bord des dernières zones encore les pieds dans l’eau. Les gens du cru observent la scène d’un œil désabusé, encore effarés par la nuit qui vient de s’achever.

Devant le Red Hook Bait and Tackle Bar and Fishing Club, un des bistrots du coin, on fume en se demandant à quoi vont ressembler les jours à venir. Des représentants de la compagnie d’électricité circulent dans le quartier et les pompes qui vident les caves ont commencé leur travail. Mais d’information des autorités, pour l’insant, point. A Red Hook, le retour à la normale ressemble encore à un rêve lointain. I

 

Des milliards de dollars

ATS/AFP

Quel sera le coût de Sandy pour l’économie? Des experts chiffrent les dégâts à plusieurs milliards de dollars, mais suggèrent également que le sinistre pourrait dynamiser l’activité. L’annulation de plus de 11000 vols, la fermeture temporaire d’entreprises et la suspension des transports à Washington et New York ont mis les experts d’accord: Sandy pèsera sur une économie américaine encore convalescente. «Les effets pourraient se faire ressentir bien après le passage de la tempête puisqu’il faudra des semaines pour réparer les possibles coupures de courant et les dégâts», résument les experts du cabinet Challenger, Gray and Christmas.

La société de gestion des risques Eqecat a plus précisément estimé entre 10 et 20milliards de dollars les dégâts que les vents à 110km/h de Sandy pourraient provoquer sur la côte est. Les dommages remboursés par les assurances sont évalués entre 5 et 10 milliards. 

 

LES FAITS DU JOUR

ATS/AFP/RTF

BILAN Après avoir provoqué 67 morts dans les Caraïbes, Sandy en a fait au moins 34 autres aux Etats-Unis et un au Canada, pour l’essentiel dus à des chutes d’arbres. Plus de huit millions de foyers restaient par ailleurs privés d’électricité dans le nord-est du pays hier.

MANHATTAN D’importantes inondations étaient constatées dans tout le sud de Manhattan dès lundi soir, à l’approche du cyclone. Les eaux submergeaient des quartiers entiers, tandis que d’immenses parties de la ville se retrouvaient plongées dans le noir sans électricité.

NUCLÉAIRE Dans l’Etat de New York et dans le New Jersey, Sandy a également soumis à rude épreuve le secteur nucléaire américain: trois réacteurs ont dû être mis à l’arrêt et une vieille centrale était en état d’alerte.

ANNULATIONS Des milliers de vols intérieurs et internationaux ont été annulés, laissant cette partie du pays coupée du monde. Le trafic aérien en Suisse en est également affecté: tous les vols vers New York et Washington ont été annulés hier.

CAMPAGNE A une semaine du scrutin présidentiel, le président américain a mis sa campagne entre parenthèses pour se concentrer sur les opérations de secours. La Maison-Blanche a annoncé que les réunions électorales de M. Obama prévues ce mercredi étaient annulées. 

Sophie gaitzsch, new york

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