Jardinage • Plante bulbeuse apparentée aux amaryllis, le lis du Natal est franchement facile à contenter. Et, contre quelques bons soins, elle vous redonnera des fleurs bientôt.
Alex adore rester au lit. Surtout lorsque la goutte au nez guette à l’extérieur. «Je préserve ma peau», dit-elle aux personnes qui ont l’audace de vouloir la tirer hors des plumes. Ceux qui la connaissent bien savent qu’Alex a une peau de pêche. Elle a le teint méditerranéen et la douceur du velours. L’eau perle mais ne mouille pas la peau d’Alex, ce serait un affront à sa beauté. Au sujet de ses grasses matinées, seule sa copine Livia arrive à lui faire changer d’avis. Car Livia préfère admirer Alex sans drap.
Il faut dire que ces deux-là sont inséparables et se complètent. Livia est plutôt du genre cuir foncé et insignifiante, alors qu’Alex est une fleur du Sud délicieusement sensuelle. Le froid et le chaud. L’une a la peau presque bleue tant elle aime vivre la nuit, et l’autre a le derme chaleureux qui attend que le soleil soit au zénith pour s’extirper de son lit-là. On pourrait comparer le duo à la contradiction de la molle chenille et du somptueux papillon. Alex est certainement le papillon. Celle qui nous fait l’honneur de se montrer un temps et qui volète vers d’autres horizons après nous avoir rempli le cœur de bonheur. Un flash éclatant de délicatesse qui rend toujours heureux celui sur qui une telle beauté vient se poser. Une fois qu’elle est partie, il ne reste... «qu’Livia». Clivia, quoi.
Et un clivia sans fleur, ce n’est pas le top. Heureusement, il fleurit durant plusieurs semaines dès la fin de l’hiver (courage, on y arrive…). Cette plante est originaire d’Afrique du Sud, plus précisément de la région du Natal, d’où son nom populaire de «lis du Natal». D’autres le surnomment «lis de Saint-Joseph», mais «clivia» reste l’appellation la plus commune. Peut-être vous souvenez-vous de cette plante fleurie qui ornait le salon de vos parents ou de vos grands-parents. Ses feuilles vertes rubanées, aussi épaisses que l’acier d’un cuirassé, me paraissaient être du plastique lorsque, gamin, je les triturais chez ma grand-maman (les feuilles, pas les aïeux). Ne faites pas trop mumuse quand même, tout est toxique dans cette plantureuse coquine. En observant le bulbe à la base de cette touffe vert foncé, vous reconnaîtrez une certaine similitude avec les amaryllis. Pas étonnant, les clivias appartiennent à la même famille: les amaryllidacées.
Les clivias font donc partie des bulbeuses. Ce qui signifie qu’ils ont la faculté de stocker des réserves dans leur organe renflé durant les périodes fastes et de s’en nourrir lorsqu’on les oublie. C’est rassurant lorsqu’on a prêté sa main verte à quelqu’un dont on ne se souvient plus du nom. De plus, si vous arrivez quand même à faire claquer une de ces immortelles, les clivias émettent de petits rejetons autour du gros machin central; vous pouvez ainsi vous transformer en sage-femme en les détachant pour en faire des «bébés clivias». Car, oui, les clivias peuvent vivre des décennies, il suffit de ne pas les rempoter trop souvent et de leur offrir un peu de repos en même temps que vos géraniums.
Si vous avez adopté un bébé clivia il y a quelques années et qu’il ne fleurit plus depuis, vous êtes certainement déchiré entre la «colère de la rage qui fait peur de n’arriver à rien avec les plantes vertes», ou l’«empathie face à ce pauvre végétal dorloté durant tant de temps et qui n’y est pour rien». La réponse à votre tourment «ange ou démon» réside dans la période de repos. En effet, comme toute plante à bulbe, le clivia a besoin de dormir durant les trois mois d’hiver. Il suffit de le placer (avec vos géraniums ou ceux de la voisine) à la lumière tamisée et au frais (5-10°C). Ensuite, dès que les jours s’allongent, ramenez l’objet de vos désirs bien au chaud et à la lumière vive. Et ô miracle! Quelques semaines plus tard, une ou plusieurs hampes florales vont émerger de cette forêt verte et vierge. Finalement, sachez que les clivias, tout comme les amaryllis, n’aiment pas trop se faire rempoter (moi non plus d’ailleurs) et préfèrent rester à l’étroit dans leur pot en terre cuite. Pendant l’été, n’oubliez pas de dépoussiérer ses belles feuilles. Vous pouvez même le planter dans un endroit ombragé du jardin en enterrant à moitié son pot. Il s’en trouvera renforcé et la floraison sera flamboyante l’année suivante… I
* horticulteur, maîtrise fédérale
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