Jo Siffert au volant de sa Porsche au Michigan Speedway, 1969 (image ci-dessus)
Jo Siffert au volant de sa Porsche au Michigan Speedway, 1969 (image ci-dessus). La frustration et la colère au GP d’Espagne, 1970. Heureux et ouvert avec ses nombreux admirateurs. Photos © Akira Mase
15/10/2011

«Jo Siffert adorait poser devant mon objectif»

Exposition • Akira Mase décroche son téléphone. A l’autre bout du fil, Jean Alesi. Le célèbre pilote de F1 français appelle le photographe japonais en ce mardi matin. Pour s’excuser. Il ne peut pas assister au vernissage vendredi soir à Fribourg de l’exposition des photos de Mase sur Jo Siffert.

Une expo pour commémorer le 40e anniversaire de la mort du grand champion de sport automobile. Mais promis, le Français qui vit en Suisse depuis des années viendra dès que possible. «Pas grave», lui répond Mase. Un photographe japonais, véritable vedette, dans la grande famille de la formule 1, qui revient sitôt à son ouvrage: choisir les 60 images qui rendront un hommage digne de ce nom à son ami Siffert. Des photos inédites et surtout exceptionnelles présentées jusqu’au 11 novembre à l’espace d’exposition de la Librairie Saint-Paul. Un retour sur les quatre dernières années de la vie de «Seppi», alors au sommet de son art. Interview.

 

Pourquoi teniez-vous tant à montrer vos photographies de Jo Siffert aux Fribourgeois?

Akira Mase: C’est une promesse. La promesse de rendre un hommage à une des grandes figures des courses automobiles et à un ami. Jo est parti il y a 40 ans, mais il semble que c’était hier.

 

Quand avez-vous pris la première image du champion fribourgeois?

En 1967, à Watkins Glen, New York. Trois mois après, je l’ai rencontré aux 24 heures de Daytona. Ma dernière photo de lui, c’était en Californie au meeting de Laguna Seca en octobre 1971. Deux semaines après, il mourait en Grande-Bretagne. Nous avons passé du temps ensemble, surtout aux USA où il venait pour la compétition. Je venais également à Fribourg.

 

Vous n’avez donc pas assisté à sa mort?

Non. J’étais en Californie ce jour-là. J’ai ouvert le journal et en première page, il annonçait la mort de Jo Siffert (long silence). Je me rappelle alors avoir écrit ma douleur, mes regrets de voir une figure mythique de la course automobile disparaître à l’âge de 35 ans. Depuis ce jour, j’ai promis de montrer mes images de Jo à Fribourg, une ville qu’il adorait et dont il était un des grands ambassadeurs dans le monde. Aujourd’hui à 77 ans, c’est un rêve qui se réalise.

 

Vous êtes un photographe célèbre, l’Helmut Newton des courses mécaniques. En 40 ans de carrière, vous avez pris plus de 60000 clichés...

Effectivement, j’ai couvert plus de 700 Grands Prix de F1. J’ai publié six livres. J’ai passé 36 ans de ma vie à parcourir les circuits de F1. Mes images ont été publiées dans le monde entier. Parallèlement, j’ai participé au lancement du Grand Prix du Japon tout en côtoyant des personnalités comme Bernie Ecclestone, Max Mosley, Kazuo Suzuki, Carlos Reutemann, Jackie Stewart, Ayrton Senna, Jean Alesi. Mais Seppi a gardé une place exceptionnelle.

 

Pourquoi?

Il était très naturel. Très humain dans cette grande famille de la F1. Vous voulez savoir comment on a fait connaissance?

Oui, comment?

Je l’ai abordé en lui posant une question:

«Que sentez-vous en conduisant votre voiture?» Siffert m’a alors tout expliqué de son sentiment de coureur. C’était un fou de moteur et de voiture. Un vrai passionné. Il savait tout sur le monde de la voiture. On est vite devenus copains. Dès qu’on se rencontrait, il sautait dans ma Porsche pour l’ausculter tel un médecin.

 

Et il aimait l’image?

Il adorait poser devant l’objectif. Il avait aussi de l’allure, le sourire qu’il faut, la pose également. Et sur le terrain, une fois dans sa voiture, il était remarquable et unique dans son genre. J’ai gagné sa confiance. J’ai aussi vite senti qu’il était très à l’aise devant ma caméra.

 

Vous avez aussi connu le Siffert privé.

Oui. J’ai assisté à son deuxième mariage à Morat. J’en ai gardé le carton du menu où il a accolé sa signature. Il a invité tout ce qui compte dans le monde de la course automobile. Clay Regazzoni, une autre grande légende des sports mécaniques, était là. Mais il m’a aussi présenté aux grandes écuries de F1, aux pilotes et même à l’artiste Jean Tinguely.

 

Dans les photos de l’exposition, on sent une grande complicité entre vous deux.

Une de mes spécialités est de capter les regards de mes sujets. D’ailleurs j’ai fait un livre avec seulement les yeux des grands coureurs auto. Avec Siffert, j’ai toujours saisi l’intensité de son regard ou l’expression de son visage. C’était une figure très photogénique. Une des photos que j’adore, utilisée comme affiche de l’exposition, est sa sil-houette. Siffert ne vous regarde pas dans les yeux, mais vous pouvez sentir sa présence.

 

Vous montrez aussi un Siffert heureux…

Il a toujours été un personnage vivant, toujours optimiste même si sa vie était difficile. A son époque, être pilote automobile rendait célèbre, mais pas riche. C’est pour ça que Siffert courait beaucoup, notamment sur les circuits de voiture de type «car racing».

Utilisait-il vos images auprès de ses sponsors pour se faire payer?

Bien sûr! Il posait et s’assurait de la bonne présence de la marque du sponsor. Je me souviens de ses soucis: «Je suis bien, la marque est visible…» Il était son propre manager. Il était pilote, mais savait très bien gérer son image, trouver des partenaires, des firmes automobiles, des marques suisses et internationales pour financer sa passion. Il envoyait mes images à ses sponsors comme preuves que leurs marques étaient bien vendues. Il m’écrivait parfois des lettres pour me réclamer les images de tel ou tel autre événement. En contrepartie, Siffert m’a ouvert la route du succès. Grâce à lui, j’ai pu photographier les coulisses de la F1. Un milieu très dur à pénétrer. Siffert m’a montré comment vivre dans ce monde. Je lui dois beaucoup.

 

Que va devenir cette exposition après son passage à Fribourg?

Je souhaite montrer cette exposition dans différents lieux du canton du Fribourg, puis à Tokyo. Je suis en train de réfléchir à donner mes archives à une fondation ou aux autorités fribourgeoises. Mais tout semble ouvert. Il faut juste de l’intérêt. Et je dois avouer que je ne le sens pas toujours à Fribourg. C’est dommage. Avant de prendre contact avec «La Liberté», qui a monté l’exposition, je l’avais proposée au Musée Tinguely, à Fribourg, mais sans succès.

 

Que montrent vos photos?

Le caractère unique de ce champion. Il est toujours de bonne humeur. Il adorait ce qu’il faisait. J’ai pris une fois une image de lui dans le musée de l’automobile de Seattle. Il était comme obnubilé par les bolides mais aussi par tout genre de voiture. Je me suis alors dit que son cœur était un moteur. Qu’il vivait, rêvait et dormait voiture…

 

Il y a néanmoins une image où l’on voit Siffert déprimé?

C’était à Collesano… En Sicile. Il avait un problème mécanique. Soudain, les gens curieux se sont regroupés devant un Siffert dépité. Les badauds, adultes et enfants, n’étaient pas intéressés par le coureur, mais par sa Porsche. Finalement, la scène a beaucoup plu à Jo. Il a aimé voir des gens dévorer sa voiture avec leurs yeux. Il avait un énorme respect pour les autres.

 

Que pensez-vous du monde automobile aujourd’hui?

Siffert aurait adoré les moteurs d’aujourd’hui. Le problème, c’est que la plupart des tracés des circuits dans le monde sont très anciens et les voitures sont toujours plus rapides. Cela augmente les risques d’accidents. Il n’y a pas de sécurité suffisante pour offrir un beau spectacle. J’aime bien ce sport, mais pas quand il devient faucheur de vie. I

 

> L’exposition jusqu’au 11 novembre. Espace d’exposition de la Librairie Saint-Paul, Pérolles 38, Fribourg, lu 13h30-18h, ma-ve 9h30-18h30; sa 10h-16h.

> En une du magazine, le nom et prénom de Jo Siffert écrits en japonais pour accompagner un portait saisi par Akira Mase au Mexique en 1969.

 

Akira Mase

> Né à Kamakura, au Japon, en juin 1934.

> Etudie au Tokyo Photo College (devenu l’Université polytechnique de Tokyo) dont il sort diplômé en 1957.

> En 1966, il est contacté par la maison d’édition japonaise Heibon pour faire des photos de voitures spéciales. Ces images remportent un tel succès qu’il commence à photographier des courses automobiles. C’est aux 24 Heures de Daytona qu’il rencontre Jo Siffert, en 1967.

> En 1972, il s’installe en Suisse où il crée l’agence de presse et de photo S.E.L. Il travaille avec Bernie Ecclestone à la création du Grand Prix du Japon.

> En 1975, il devient le photographe attitré de l’équipe de F1 Martini-Brabham. Il coorganise le Grand Prix du Japon.

> En 1980, il s’associe à la compagnie Honda et l’aide à développer son projet de F1. Il devient un ami personnel de la famille Honda et écrira la biographie de Soichiro Honda. > En 1991 et 1992, il participe au rallye du Paris-Dakar à la fois comme photographe et pilote. Il vit aujourd’hui à Tokyo.

Jo Siffert

> Né à Fribourg en 1936. Il est décédé à l’âge de 35 ans, le 24 octobre 1971 à Brands Hatch (GB) lors d’une course automobile.

> Fils d’une famille modeste, le mythique pilote a pris part à une centaine de GP de formule 1 entre 1962 et 1971. Il a remporté deux victoires: le GP d’Angleterre à Brands Hatch en 1968 et le GP d’Autriche en 1971. Siffert a aussi brillé dans les courses d’endurance, signant de nombreuses victoires.

> Il débute en 1957 sa carrière au guidon d’une moto, une Gilera 125 cm3. Champion de Suisse en catégorie 350 cm3 en 1959 puis copilote en side-cars en championnat d’Europe.

> En 1960, il dispute le championnat de formule Junior sur une Stanguellini. Il fait ses débuts de pilote au sein de la Scuderia Ferrari en 1961. Dès la saison suivante, il fait ses premières armes en F1 au sein de l’Écurie nationale suisse.

> L’homme était très populaire. Près de 50000 personnes assistèrent à ses funérailles à Fribourg. Jo Siffert était marié à Simone Siffert et père de deux enfants en bas âge, Véronique, née en 1969, et Philippe, né au mois de janvier 1971. Plus d’infos: www.josiffert.com

 

Seppi de la Basse

JACQUES STERCHI

Un an après la mort de Jo Siffert, l’écrivain et journaliste Nicolas Meienberg débarque à Fribourg. Pour enquêter sur le destin de Seppi. Un de ses «reportages en Suisse» pour le Tages Anzeiger, journal qui finira par le virer quelques années plus tard. Il faut dire qu’à l’époque le style Meienberg ne plaisait de loin pas à tout le monde. Prenons Jo Siffert. Nulle hagiographie dans le reportage de Meienberg, mais le «Véritable et réel portait de la célèbre Ville Catholique de Fribourg en Nuithonie et de ses environs». Une gravure au vitriol de ce haut lieu du conservatisme...

 

Mais Meienbergresserre sa focale. Il va interroger Maman Siffert, le père Aloïs, l’ancienne institutrice, le maître d’apprentissage de tôlier en carrosserie de Jo, son ami le Père thomiste Bochenski (si admiratif des records de vitesse du pilote... lui le philosophe qui aimait les bolides et les avions), ou encore la première petite amie, Yvette.

 

Ce que perçoit Nicolas Meienberg, c’est pourquoi Jo Siffert était devenu l’icône d’un Fribourg qu’il n’a par ailleurs jamais renié. C’était un de ces «innocents». Un gosse pauvre de la Basse-Ville qui réussit par son talent (et quelques relations) à gravir les falaises sarinoises et à s’installer dans la ville haute. C’est le fils d’une famille déchirée et miséreuse qui finit multimillionnaire à 35 ans, plaçant ses capitaux dans un immeuble à la rue de Romont et dans une villa à Posieux. C’est aussi, note le perfide mais astucieux Meienberg, l’histoire d’un garçon tourmenté par son père et ses instituteurs, mais toujours soutenu puis quasiment déifié par sa mère. Une icône quasi catholique, non? I

> Nicolas Meienberg,Reportages en Suisse, contenant le texte consacré à Jo Siffert, est paru en 1976 aux Ed. Zoé

sid ahmed hammouche

Panier

Il n'y a aucun produit dans votre panier.

0 Article CHF 0.00

L'info régionale

Aldo Ellena-A 21/05 - 11:59

transports

L'expérience des cours...

Cornaux. Photo: Google Maps 21/05 - 09:38

Cornaux

Demande de permis déposée...

21/05 - 09:32

Rüti bei

Un motard tué au col du...

Dix-neuf fanfares ont pris part au cortège. MCFreddy 20/05 - 19:02

Saint-Aubin

Un Giron des musiques sans...

Alain Wicht 20/05 - 17:33

Comptoir de

Le succès au rendez-vous

304 joueurs ont pris part aux compétitions. Silvano Prada 20/05 - 17:30

Fribourg

Andreas Huss champion fédéral...

Le public à Espace Gruyère. Alain Wicht 20/05 - 14:06

Bulle

Près de 9000 spectateurs aux...

Jo Mettraux sera le 15 juillet à Cheyres. Alain Wicht-A 20/05 - 11:10

Manifestation

Festicheyres dévoile son...

arrow left arrow right

SOMMAIRE

Magazine

Sport

Régions

L'Info

services