C’est une évidence: la BD – on devrait plutôt dire roman graphique dans ce cas – est un medium idéal pour parler d’une réalité aussi dure que le cancer. Les variations de rythmes des cases, les ellipses, le peu de mots nécessaires, la force et l’émotion véhiculées par les images permettent de raconter l’agonie sans fard, mais avec la distance et la délicatesse du dessin. C’est l’art d’une artiste, Judith Vanistendael, d’oser aborder un sujet aussi délicat à l’aquarelle, avec un magnifique coup de pinceau, qui évite toute lourdeur.
Le roman commence quand David, la cinquantaine, apprend le diagnostic chez son médecin. En parallèle à ses chimiothérapies et ses soins, le roman suit la lutte quotidienne de sa fille aînée Miriam, qui élève seule sa petite Louise. Il se met à hauteur d’enfant quand il raconte la maladie du point de vue de Tamar, neuf ans, deuxième fille de David. Il montre la solidarité mais aussi l’épuisement et l’impuissance de Paula, la femme de David, qui doit concilier carrière et visites à l’hôpital. Des pleines pages, des cases floutées, encadrées de noir, suggèrent les émotions envahissantes, la peur, les difficultés de communiquer ou la délivrance à la mort. Poignant. EH
> Judith Vanistendael, David, les femmes et la mort, traduit du néerlandais, Ed. Le Lombard, 280 pp.
un roman graphique