Yann Lambiel sur scène: le caméléon joue même de l’accordéon, notamment quand i
Yann Lambiel sur scène: le caméléon joue même de l’accordéon, notamment quand il imite Christian Levrat mendiant pour le parti «s’cialiste». keystone
19/09/2011

«Les élus n’ont plus le même charisme»

yann lambiel • L’imitateur valaisan donne, ce vendredi à Montreux, l’ultime représentation de son spectacle «Aux suivants». Celui qui a été applaudi, ces derniers mois en Suisse romande, par plus de 60 000 spectateurs...

Inimitable! Muni des formules écrites par son équipe d’auteurs, et parfois d’un petit accessoire, il s’empare de la scène et c’est parti. Yann Lambiel pousse ses imitations si loin, dans la précision, qu’elles frisent le transformisme. La position du corps change légèrement et peu importe que le visage grimace, que le dos se voûte, que le ventre se bombe ou que les yeux s’écarquillent. Le voilà en vrac Constantin, Brélaz, Leuthard, Morisod ou Federer...

Avec «Aux suivants», où il est entouré de quatre musiciens, il a réussi un numéro de haut vol. Et obtenu en retour, ces derniers mois, un succès quasi stratosphérique pour un spectacle d’humour produit en Suisse romande. Cela exigeait bien une fin de tournée en apothéose. Elle se fera vendredi soir à Montreux, où notre roi du music-hall donnera la dernière représentation de son show bouillant...

Yann, en quoi le succès de votre spectacle vous a-t-il fait particulièrement plaisir?

Plus que tous mes précédents, celui-là a réuni toutes les générations. On l’a créé dans l’optique d’être, plus qu’un spectacle, un événement prévu pour être joué sous chapiteau ou dans de grandes salles. On voulait du music-hall, de la musique, un ton populaire. Et un contenu plus général, donc moins satirique et moins pointu en politique que «La Soupe». La politique étant loin d’intéresser tout le monde, c’est ce qui nous a permis, je pense, de toucher tous les publics.

 

Au milieu de toutes vos drôleries, il y a ce numéro émouvant sur Daniel Brélaz...

Je me moque de lui depuis dix ans et ce sketch est une sorte d’hommage que je lui rends. Tout le monde rigole de sa corpulence et lui-même est capable d’autodérision. Pour faire bonne figure en société, un petit ou un gros peut bien rire des plaisanteries qu’il suscite.Mais, au fond de soi, on est toujours touché. L’idée était donc de retourner le public. De commencer par le faire marrer avec des gags faciles et, ensuite, de lui faire honte d’avoir rigolé au détriment du physique d’un individu. C’est un chouette moment, car j’ai le sentiment d’obtenir un peu de pardon de la part de Brélaz et de mes autres victimes.

Gagner sa vie en pouvant se payer la poire des autres:avez-vous conscience d’exercer le plus beau métier du monde?

Absolument. Je me dis chaque jour que j’ai de la chance, mais je ne suis pas le seul. Un chirurgien ou un boulanger vous dirait sans doute la même chose. Le plus beau métier du monde, en somme, c’est celui qu’on a toujours eu envie de faire.

 

Si vous aviez gardé votre premier métier, vous auriez fait fortune: la société manque si cruellement d’artisans et de manuels...

Si j’étais resté installateur sanitaire, j’aurais monté ma petite boîte. Ce que je voulais, au départ, c’est travailler comme mon papa dans le bâtiment. Une vigne plus loin que chez nous, il y avait un installateur sanitaire que je suis allé voir. S’il avait été électricien, j’aurais fait électricien. Ce boulot était sympa, mais disons que je ne le prenais pas comme un métier-passion.

Votre fils, lui, quelle voie devra-t-il prendre?

Celle qu’il voudra, il sera libre. Alors qu’il a trois ans et demi, aujourd’hui, il prend déjà ses propres décisions dans un tas de domaines. Plus tard, comme la plupart des parents, nous tâcherons surtout de l’aiguiller. Mais l’obliger, non...

 

Dans la vie, êtes-vous toujours si peu rieur?

De ce côté, je suis moins coincé qu’avant. Je me suis amélioré et, si on me demande de faire quelque chose, genre une petite imitation sur le pouce, j’accepte plus facilement. Avec le temps, j’ai gagné en expérience et en confiance. Les rapports avec les gens sont également différents. Maintenant, quand on m’aperçoit quelque part, c’est:«On ne veut pas vous déranger.»

 

Dans le personnel politique, vous imitez même les sans-relief réputés inimitables. On voit que vous aimez l’adversité, vous!

Il fallait bien que je me renouvelle! Avec Schneider-Ammann, Burkhalter et les autres, bien sûr, il n’y a plus le même charisme qu’avant. On voyait moins souvent Couchepin que Levrat et Darbellay, pour résumer, mais il marquait plus les esprits. Tout a changé. Les élus n’ont plus le même rapport à la politique et aux médias. J’ai entendu Adolf Ogi, un jour, raconter que s’il n’était pas sûr d’un truc en français, il allait aussitôt dans le bureau d’à côté demander à Pascal Couchepin de lui enlever un doute. Si Doris Leuthard et Micheline Calmy-Rey veulent se rencontrer, à présent, je suppose que ça doit être d’un compliqué!Couchepin, Ogi et compagnie pouvaient dire ce qu’ils voulaient, en plus, car personne n’avait d’iPhone... I

 

Yann Lambiel, der de «Aux suivants», auditorium Stravinski, Montreux, ce vendredi à 20 h 15. Location:FNAC ou 021 962 21 19.

 

Il détend même avec son Stress

Yann dans un de ses sketches les plus corrosifs: celui où il se paie la tête du rappeur Stress, chanteur engagé... surtout par la Coop. Créé l’an dernier, «Aux suivants» a été applaudi en salles ou sous chapiteau par plus de 60 000 spectateurs. «On ne sort jamais d’une tournée et d’un spectacle sans un pincement, car c’est à chaque fois une tranche de vie qui se referme», explique Lambiel. «En même temps, on passe vite à autre chose. Avec mes projets en préparation, forcément, j’ai déjà la tête en 2012 et en 2013. Je sais aussi que le spectacle, grâce à sa sortie en DVD, poursuivra désormais sa vie tout seul...»

 

«C’est Berset qui sera élu!»

> Une ville qu’il adore: «Tout simplement Morges, qui est devenue mon port d’attache.»

> Un pays où il pourrait vivre: «Je crois que je pourrais m’adapter un peu partout. Mais je le dis sans trop faire le malin car, en tant que Valaisan, c’est déjà une petite aventure que d’aller s’installer dans le canton de Vaud...»

> Une gourmandise:«Chocolat et glaces.»

> Un luxe:«Je possède un petit bateau.»

> La série télé qu’il ne ratait jamais dans son enfance:« Agence tous risques , en tout premier, suivi par Starsky et Hutch .»

> Et celle d’aujourd’hui: «Faute de temps, je regarde moins la télé.La dernière série que j’ai vue intégralement, c’était Rome . Hard...»

> Ses films cultes: «J’avais adoré Apollo 13 , àl’époque, et été touché par La ligne verte . Aujourd’hui j’aime beaucoup la science-fiction genre X-men .»

> Uneidole qui a beaucoup compté: «Clo-Clo. Je pense que c’est lui, à l'origine, qui m'a donné le goût des paillettes et de la scène.»

> L’artiste avec qui il serait heureux de passer une soirée: «Phil Collins.»

> Le sujet sur lequel son cœur penche plutôt à gauche: «L’armée, qui ne me paraît pas être quelque chose de super utile.»

> Le sujet sur lequel son cœur penche plutôt à droite: «L’école. En tant que Valaisan, je n’ai pas toujours compris quel était le système en vigueur dans le canton de Vaud.»

> Sa grande trouille: «Perdre la voix.»

> S’il devait donner le nom du prochain conseiller fédéral romand: «Ce serait Alain Berset et, d’ailleurs, je suis en train de travailler sa voix. Mais Pierre-Yves Maillard ferait un bien meilleur client, pour moi, car il croit en ce qu’il dit et y va à fond la caisse. Je lui trouve même un côté couchepinien , chose qu’il ne serait sans doute pas très heureux d’entendre. Néanmoins, c’est Berset qui sera élu. Il est jeune, lisse, parfait bilingue, pèse chacun de ses mots et a beaucoup plus de contacts àBerne. Bref, il a tous les avantages.»

 

BIO EXPRESS
Le petit devenu grand

> Né le 15 mars 1973 à Saxon (VS).

> Fils de Gaby, peintre en bâtiment (aujourd’hui retraité), et d’Yvette, mère au foyer. Aune sœur, Coralie.

> Est marié à Sonia. Le couple a un fils, Maxime, et réside à Morges.

> Gamin,dans le garage de la maison familiale, s’amuse à imiter des célébrités. Puis, à 16 ans, forme un groupe de bal avec des copains.

> Gagne en 1994 la Médaille d’or de la chanson à Saignelégier.

> Quitte son métier d'installateur sanitaire, en 1997, pour se consacrer uniquement au spectacle.

> Débute en janvier 2000 à «La soupe est pleine», l'émission satirique de la Radio suisse romande, devenue entre-temps «La soupe».

> Succès en 2004 de son one-man-show «Délits de Suisse». Suivra en 2007 «Patinage satirique».

> Héros en 2008, dans les arènes de Martigny, de la BD grandeur nature «MARTIGNIX».

> Lauréat du Prix suisse de la scène en 2009, année aussi où il rejoint «Les bouffons de la Confédération» diffusés sur La Télé et Léman Bleu.

> Sort aujourd’hui le DVD de son spectacle «Aux suivants» (Disques-Office), avec lequel il vient de triompher partout en Suisse romande.

Pascal Bertschy

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