cinéma • «Le Secret de la Licorne». Tintin arrive mercredi sur les écrans, en 3D. Une aventure fidèle à l’esprit d’Hergé.
Tintin est de retour au cinéma, enfin! S’il l’on ne tient pas compte des séries de dessins animés pour la télévision au début des années 90, la dernière apparition sur un écran du héros d’Hergé remonte à 1972 avec un long-métrage d’animation scénarisé par Greg, Tintin et le lac aux requins, qui fera également l’objet d’une adaptation en bandes dessinées.
C’est à cette même époque que Steven Spielberg, tout auréolé du succès des Dents de la mer et des Aventuriers de l’Arche perdue, se prend d’affection pour le petit reporter à la houppe, imaginé en 1929 (!) par Georges Remi, alias Hergé. Le réalisateur de Duel sollicite alors un rendez-vous pour discuter de l’achat des droits cinématographiques des albums de Tintin. Déjà très malade, Hergé ne pourra participer à cette réunion mais se déclarera prêt à accorder sa confiance à un cinéaste dont il apprécie les films.
L’affaire était donc lancée, mais il aura finalement fallu presque trente ans pour que Spielberg puisse mener à terme son rêve d’adapter Tintin au cinéma. Trois décennies de tergiversations, d’âpres négociations, de va-et-vient entre Bruxelles et Los Angeles, de scénarios plusieurs fois remaniés puis abandonnés, jusqu’en 2006, lorsque Spielberg découvre King Kong, le film de Peter Jackson. Le réalisateur américain est impressionné par ce singe géant saisissant de réalisme et il demande à son collègue néo-zélandais de lui créer un Milou en images de synthèse.
Comme l’explique le journaliste Philippe Lombard, Steven Spielberg découvre alors que le réalisateur de la trilogie du Seigneur des anneaux est un fan de Tintin, qu’il lit depuis son enfance. C’est ainsi que naît l’idée de réaliser un Tintin en images de synthèse, en utilisant la technique de «motion capture»(capture du mouvement), qui consiste à filmer de vrais acteurs que l’on recouvre ensuite d’une sorte de «maquillage numérique» pour les intégrer dans des décors virtuels. C’est donc un Tintin à la pointe de la technologie moderne qui débarquera mercredi en trois dimensions dans les salles européennes, avant de conquérir (peut-être!) les kids américains dès le 23 décembre.
Mais pour les innombrables tintinophiles (le mot vient d’entrer dans le dictionnaire) du Vieux-Continent, c’est déjà un peu Noël avant l’heure! Ils découvriront un film impressionnant du point de vue technique, avec des personnages très proches des dessins originaux tout en ayant l’apparence et la souplesse de «vrais» êtres humains.
Les scénaristes ont très habilement mêlé les intrigues de deux albums, Le Secret de la Licorne et Le Crabe aux pinces d’or, ce qui permet de varier les décors, entre les vieux quartiers de Bruxelles et la casbah de Bagghar, en passant par les cales du Karaboudjan, le cargo où Tintin et le capitaine Haddock vont faire connaissance, le temps d’impressionnantes séquences maritimes.
Si la première partie du film est très fidèle à l’esprit d’Hergé, avec une profusion de clins d’œil (dont une délicieuse apparition «hitchcockienne» du dessinateur lui-même), la seconde moitié sacrifie par trop aux tics du «blockbuster» pour adolescents gavés de jeux vidéo. Soucieux sans doute de séduire un public qui n’a jamais entendu parler de Tintin, Spielberg accumule les péripéties à la Indiana Jones sur un rythme tellement trépidant qu’il en devient fatigant, surtout en 3D. L’utilisation de la stéréoscopie semble d’ailleurs n’avoir ici d’autre justification que commerciale: si la 3D fait merveille dans les plans d’ensemble, le rythme haché des séquences d’action est plutôt synonyme de migraine que d’immersion dans un univers virtuel par ailleurs magnifiquement composé.
Mais malgré ces réserves, on saura gré à Spielberg d’avoir su redonner un sérieux coup de jeune au héros d’Hergé, certes octogénaire, mais toujours prêt à prendre la route vers de nouvelles aventures. I
> En salles dès le 26 octobre.