La Liberté

Nous fous d’Ali et lui fou d’Allah

Mohamed Ali dans les années 1960: l’irrésistible jeune champion prêt à dévorer le monde entier et qui n’en fera d’ailleurs qu’une bouchée. © dr
Mohamed Ali dans les années 1960: l’irrésistible jeune champion prêt à dévorer le monde entier et qui n’en fera d’ailleurs qu’une bouchée. © dr
Nous fous d’Ali et lui fou d’Allah © Kinostar Filmverleih GmbH
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18.11.2014

Champion! • Du temps de sa splendeur, il était ce boxeur qui avait la gueule toujours ouverte. Et mangeait le monde avec la bouche pleine, pleine de poèmes et de drôleries…

Pascal bertschy

Aïe! En regardant «I am Ali», documentaire de Clare Lewins, j’ai réalisé soudain que j’aurai passé ma vie à adorer un fondamentaliste musulman. Quand Mohamed Ali régnait sur les rings, dans les années 1960, ce n’est pourtant pas son militantisme au sein de la radicale Nation of Islam qui lui était reproché.

Le problème tenait à sa couleur de peau: Ali était un nègre. Pire, il refusait de courber l’échine. Né Cassius Clay, nom d’esclave qu’il avait envoyé valdinguer, il marchait la tête haute. L’époque, contrairement à la légende, n’était pas à la rigolade. Sale négro: c’est ainsi qu’on voyait Ali dans l’Amérique blanche des années 1960.

Aujourd’hui, le plus grand boxeur de l’histoire a 72 ans et est vénéré sur tous les continents. Vrai dieu vivant et, à côté de ça, grand corps malade. La maladie de Parkinson et l’âge resserrent toujours plus leur étau sur Mohamed Ali qui, aux dernières nouvelles, aurait même perdu l’usage de la parole. Et serait arrivé dans ses derniers jours, selon certains journaux américains.

La mort, cet homme connaît. Il l’a rencontrée une première fois en 1981 aux Bahamas après avoir disputé, le corps déjà engourdi par la maladie, son combat contre Trevor Berbick. En descendant du ring, ce soir-là, Ali a compris qu’il n’y remonterait plus. Pour avoir perdu son absurde lutte contre le temps, contre l’usure, il sortait à jamais de cet anneau de lumière qui semblait avoir été inventé pour lui.

Cette première mort fait partie des nombreux épisodes que retrace «I am Ali». Beau à pleurer, le documentaire tient du prodige: il réussit à nous apprendre encore des choses au sujet du champion sur qui, croyait-on, tout avait été écrit et dit depuis longtemps.

Papa, s’il te plaît…

Tiens, parmi ce qu’on ignorait, ceci: Ali était un père fou de ses gosses et, quand il leur téléphonait le soir pour leur souhaiter bonne nuit et leur dire combien Allah les aimait, il enregistrait parfois leurs conversations. On a la gorge serrée en entendant, dans le film, certains de ces échanges. Comme celui où la petite Maryum supplie son père de rentrer à la maison et de renoncer à la boxe, lui assurant qu’il est trop vieux à 37 ans pour de telles folies.

Ali avait beau adorer ses enfants, rien n’y fera. Il défiera en 1980 le nouveau tenant du titre, Larry Holmes, dans un énième combat de trop. Orgueil fou de celui qui refusait de s’arrêter en si bon chemin de croix.

Un champion pareil, n’empêche, ça ne se reverra pas. La beauté, l’intelligence, le charisme, l’élégance de style, l’humour, la malice, la générosité, la fraternité, ce type avait tout pour lui.

Bing, bang, boum! Du temps de son infernale splendeur, Ali élève la boxe au rang d’art absolu. Il joue à merveille avec le feu de la provocation, serre les poings dans l’adversité, traverse son siècle au pas de course et avec le sourire de celui qui est prêt à dévorer le monde entier. A force d’imagination et à coups de combats parfois dantesques, il n’en fera qu’une bouchée.

Quand il n’a pas la gueule ouverte, il a la bouche pleine de bons mots et de vérités. Exemple quand on lui ordonne d’aller servir au Vietnam: «Je n’ai rien contre le Viêt-cong. Aucun Vietnamien ne m’a jamais appelé négro.»

On l’a détesté jusqu’ici

Avec son culot et son bagout démentiels, cette âme fière repeint la détresse de son peuple aux couleurs de l’espoir. Même s’il lui arrive d’être con avec Liston, Frazier et Foreman, adversaires qu’il humilie pour de bon, c’est un type pour lequel la dignité n’est pas un vain mot. Un gentil qui laisse vivre plein de gens à ses crochets et se dévoue toujours pour amuser la galerie.

Sous nos latitudes, Ali a été aussi au début des années 1970 ce type pour lequel la moitié du pays se levait la nuit.

Gamin, je priais parfois pour lui. Avant ses combats les plus dangereux, je demandais au ciel de veiller sur la santé de ce dieu. Sans comprendre pourquoi tant d’adultes autour de moi espéraient, eux, qu’il se fasse démolir. Si on le détestait ici, qu’est-ce que ça devait être en Alabama ou en Virginie!

Il faut se souvenir. Cela ne se passait pas au Moyen Age, mais en 1960. Quand Ali a entamé sa marche vers la gloire, les Noirs devaient rester debout au restaurant et dans les bus. Ils n’étaient pas autorisés à utiliser les toilettes des Blancs, tandis que les autobus d’écoliers étaient interdits aux enfants noirs. Or vingt ans plus tard, au soir de la carrière du boxeur, les choses avaient changé de fond en comble. Et Ali, excusez du peu, y aura été un petit peu pour quelque chose.

Si on aime l’histoire, le sport, la vie et les héros qui savent peser sur le destin de leur pays, «I am Ali» est le cadeau de Noël qu’il faut exiger cette année.

=>  «I am Ali», édition collector 3 disques DVD et Blu-ray incluant le film «When we were kings». Distribution Universal.

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