La Liberté

Arrêtez de les faire passer pour des cons!

Et soudain, le héros qui vous filait des frissons, dix minutes auparavant, a soudain un air tristement ordinaire... © DR
Et soudain, le héros qui vous filait des frissons, dix minutes auparavant, a soudain un air tristement ordinaire... © DR
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07.01.2015

«Bienvenue au club!» • La rituelle interview d'après-match, sur les chaînes de télé, est une torture pour tout le monde. Mais que fait Amnesty International?

Pascal Bertschy

La barbe! C'est le début de l’année et, bien que je ne les écoute jamais, j’en ai déjà assez des interviews d’après-match. Marre de ce blabla cher aux médias. Ras-le-bol de ce que je considère comme le virus Ebola du sport. 

Qu'est-ce que toute cette parlotte vient foutre là-dedans? Prenez ce match vu l’autre jour à la télévision. Je ne vous dis ni lequel, ni c’était du foot, du hockey ou du volley, parce que ce n’est pas le sujet. Mais c’était une partie de rêve, le genre auquel on ne s’attend pas.

Un état de grâce s'empare ce jour-là d'une des équipes, la moins forte des deux. Elle se met à tutoyer le ciel. Le spectacle est total, enthousiasmant. Le match tient même son héros: il y a un type, devant, qui réussit tout. Des buts, des passe décisives, des dribbles étourdissants: on suit son récital en ayant les yeux ronds. 

Ne jamais oublier d'éteindre

Et puis à la fin du match, la tête encore dans les étoiles, paf! Bêtement, j’oublie d’éteindre la télé. Sanction immédiate: je tombe sur l'interview d'après-match. Celle du gars qui a été génial, justement. Il rentre au vestiaire en sueur, le souffle court, l'esprit ailleurs. On lui colle un micro sous le pif: «Alors, content?» 

Le héros qui vous filait des frissons, dix minutes auparavant, a soudain un air tristement ordinaire. «On a dominé, on a mérité cette victoire…», et bla et bla: il bafouille des platitudes qu'on n'oserait pas énoncer au bistrot du coin. On tombe de haut. Voilà ce que c'est que d'oublier d'éteindre la télé…

Les sportifs ne sont pas très fute-fute, hein!

Oui m'enfin, diront certains, les sportifs sont connus pour ne pas être fute-fute et ce n'est pas d'aujourd'hui qu'ils n'ont rien à dire! Vous êtes des milliards à penser ça, et c'est bien la saloperie avec ces interviews: elles vous confortent dans cette idée que les sportifs, grosso modo, sont des cons.

Ce qui vous a sans doute échappé, c'est que ces obligatoires séances de questions débiles abaissent les joueurs comme elles abaisseraient n'importe qui d'autre. Même un génie, mais si. 

Vous ne me croyez pas? Bon, au hasard, prenons Michel-Ange. On est à Rome en 1512. Au terme de quatre ans de boulot acharné, Michel-Ange donne son dernier coup de pinceau au plafond de la chapelle Sixtine. Epuisé, tout taché de peinture, il descend de son échafaudage au pied duquel l'attendent des reporters. Les micros se tendent, la question fuse: «Alors Michel, content de votre performance?»

Le truc idiot et même assez moche

Dans ces conditions, à votre avis, l'artiste donnera-t-il une réponse intéressante? Non, par la force des choses, il tiendra des propos très en-dessous de son chef-d'œuvre. Or l'interview d'après-match, c'est ça: un truc idiot, voire assez moche dans sa façon de faire passer des étoiles pour des enclumes. 

Les athlètes et autres champions sont souvent des mecs authentiques, drôles, sympas, intelligents et tout. Le problème, aujourd'hui dans le sport, c'est qu'on parle trop. Surtout, on fait parler beaucoup trop les sportifs. Il faut bien que les télés, radios et journaux remplissent leurs heures d'antenne ou leurs colonnes, je sais, mais tout de même.

Quelle idée de forcer de chics types à se répéter semaine après semaine, à rabâcher un désolant blabla. Et tout ça pour quoi? Pour alimenter un flot de diarrhées verbales qui permettent de meubler en attendant la pub, mais à part ça ne disent rien, n'apportent rien et ne mettent en valeur personne. 

Une seule solution, couper le son! 

Faute de mieux, frères téléspectateurs, une seule solution: coupez le son! Quant à vous, reporters des bords de terrain ou des vestiaires, un minimum de respect s'il vous plaît envers les champions. Aidez-les un peu, aimez-les aussi un tout petit peu, et arrêtez de les faire passer pour des cons! 

Franchement, que fait Amnesty International? L'interview d'après-match est devenue une torture pour tout le monde. On critique le camp de Guantánamo, mais il faut laisser ça à cette prison de cauchemar: les intervieweurs qui y travaillent, eux au moins, posent les bonnes questions.

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