La Liberté

Les Eglises se mouillent pour le climat

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03.01.2015

EcologieLa prise de conscience environnementale gagne du terrain dans les milieux religieux. L’année 2015 s’annonce déterminante, avec mobilisation avant la Conférence de Paris et publication d’une encyclique du pape.

Pascal Fleury

Marches pour l’environnement, chaînes de jeûne pour le climat, appels et déclarations de dignitaires religieux, publication de rapports éthiques et théologiques, rencontres diplomatiques au sommet, développement de groupes de réflexion et de réseaux interreligieux… les actions de mobilisation contre les changements climatiques se multiplient tous azimuts dans les milieux religieux.

La raison de cette agitation, alors que les Eglises s’étaient montrées jusqu’à présent plutôt timides, s’agissant d’embrasser la cause environnementale? C’est l’approche de la très attendue Conférence de Paris sur le climat, qui aura lieu du 30 novembre au 15 décembre prochain. Cette conférence cruciale devrait aboutir à un accord international sur le climat permettant de contenir le réchauffement global en deçà de 2° C.

Installations solaires

En fait, la prise de conscience écologique des Eglises chrétiennes et des autres grandes religions n’est pas nouvelle (lire ci-contre), mais elle se limitait souvent à des déclarations d’intention, des recommandations aux «paroisses vertes» ou des actions de terrain particulières.

En Suisse, par exemple, quelques rares églises ont été couvertes de panneaux solaires, comme celle de la paroisse œcuménique de Halden à Saint-Gall ou celle de Saint-Guérin à Sion, qui reste toutefois une exception en Valais, l’évêché s’opposant à la mise en place d’installations photovoltaïques sur les toits des églises et chapelles. Plus sensibilisé, le Synode des Eglises réformées de Berne-Jura-Soleure a créé un fonds écologique de 100 000 francs par an pour 2013 à 2015, afin que les paroisses puissent financer des installations solaires sur leurs bâtiments.

Vatican neutre en CO2

Le Vatican montre l’exemple déjà depuis une décennie. En 2007, il est devenu le premier Etat à «zéro émission» de CO2 de la planète, grâce à un projet compensatoire de reforestation sur un territoire hongrois lui appartenant. Et l’année suivante, il a inauguré une vaste installation de 2400 panneaux solaires sur le toit de la salle d’audience Paul VI, qui lui fournit 20% de son électricité. Juste avant Noël, il vient encore de s’offrir de nouveaux éclairages en technologie LED écologique pour la chapelle Sixtine et la basilique Saint-Pierre.

En 2009, dans son encyclique «Caritas in Veritate», Benoît XVI insistait déjà sur la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la nature, invitant l’humanité à une «nouvelle solidarité» face à la crise écologique. «L’environnement naturel a été donné à tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l’égard des pauvres, des générations à venir et de l’humanité tout entière», soulignait-il.

Désormais, c’est le pape François qui reprend le flambeau. Le pontife prépare une encyclique sur l’écologie humaine, qui devrait paraître au début du printemps 2015.

En décembre, dans un message publié à l’occasion de la 20e Conférence de l’ONU sur le climat à Lima, le pape François n’a pas manqué d’invoquer la «grave responsabilité éthique et morale» des Etats participants. Il a précisé qu’une lutte efficace contre le réchauffement climatique demandait une réponse collective responsable qui dépasse les intérêts et comportements particuliers et se déroule sans pressions politiques et économiques.

En visite au Vatican le 16 décembre, l’écologiste Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République française pour la protection de la planète, a plaidé en faveur d’une visite du pape François, courant 2015, dans un lieu universellement connu de «conciliation entre l’homme et la nature», à savoir la célèbre baie du Mont-Saint-Michel. Ce déplacement symbolique, qui s’inscrirait dans le cadre d’un voyage papal en France déjà annoncé (sans précision de dates), serait un signe fort à l’approche de la grande Conférence climatique de Paris.

Le pape François n’est pas la seule personnalité religieuse à s’engager dans la lutte contre les changements climatiques. En septembre dernier, trente dignitaires représentant neuf religions, réunis par le Conseil œcuménique des Eglises (COE), ont signé un appel à agir concrètement pour limiter les émissions de carbone, juste avant le Sommet sur le climat de l’ONU à New York. «Pour mon Eglise, c’est une question de vie ou de mort, parce que c’est notre existence même qui est en péril», a affirmé le pasteur Tafue Lusama, secrétaire général de l’Eglise chrétienne congrégationaliste des Tuvalu.

«Clés du salut»

Les leaders religieux sont une des «clés du salut de la planète», ont souligné un climatologue et un économiste dans la sérieuse revue «Science». Leur engagement, et en particulier celui du pape, plus que celui des politiciens, est susceptible d’amener des milliards de personnes à changer leur mode de vie de façon à éviter des catastrophes climatiques, estiment-ils.

De nombreux fidèles de la base n’ont toutefois pas attendu les encouragements de la hiérarchie pour se mobiliser contre le réchauffement global de la planète. Ils étaient des milliers, issus de nombreux groupes religieux, à participer à la Marche pour le climat, qui a attiré 300 000 personnes en septembre à New York. Et en décembre, en marge de la Conférence de Lima, de nombreux chrétiens se sont inscrits dans une chaîne de jeûne qui doit se prolonger pendant 365 jours, jusqu’à la Conférence de Paris. Avec APIC

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Repères

Ecologie et foi

> Dès les années 1970, puis avec le lancement du programme «Justice, paix et sauvegarde de la création» en 1983, le Conseil œcuménique exhorte les Eglises chrétiennes du monde entier à agir pour la planète et la justice sociale.

> En Suisse, la Communauté de travail Eglise et environnement (oeku), avec catholiques et réformés, est fondée en 1986.

> Premier Rassemblement œcuménique européen en 1989 à Bâle. Promotion de la Fête de la création le 1er septembre puis de la Saint- François le 4 octobre.

> Le pape Jean-Paul II lance un appel à limiter l’effet de serre en 1990.

> Le Réseau environnemental chrétien européen est créé en 1998 par la Conférence des Eglises chrétiennes.

> Encyclique «Caritas in Veritate» de Benoît XVI publiée en 2009.

> Les Assises chrétiennes de l’écologie ont lieu pour la première fois en 2011 à Saint-Etienne en France. Elles ont réuni 1500 personnes. PFY

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