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Ce que reconnaît le Gouvernement turc

Victimes de la «grande catastrophe» de 1915. Une image publiée en 1919 dans les Mémoires de l'ambassadeur américain Henry Morgenthau. © DR
Victimes de la «grande catastrophe» de 1915. Une image publiée en 1919 dans les Mémoires de l'ambassadeur américain Henry Morgenthau. © DR
Un mot suffirait pour la réconciliation. © Alex
Un mot suffirait pour la réconciliation. © Alex
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22.04.2015

Génocide arménien • L’Arménie commémore vendredi les cent ans du génocide qui a fait 1,5 million de victimes. Une reconnaissance turque est toujours attendue. Une manifestation aura lieu aussi à Berne avec le slogan «100 ans de négation, ça suffit!».

Pascal Fleury

Si le Gouvernement turc nie fermement le «génocide», il reconnaît en revanche la mort de nombreux Arméniens (300'000 à 500'000, selon les sources), qui auraient été victimes de groupes armés ou de la faim lors d’une guerre civile où autant de Turcs auraient trouvé la mort. Lors des commémorations de l’an dernier, le président turc Recep Tayyip Erdogan, alors premier ministre, a présenté ses «condoléances» aux «petits-enfants des Arméniens tués en 1915», reconnaissant pour la première fois une «grande catastrophe».

En fait, entre l’armistice de 1918 et l’avènement de la République turque en 1923, la question des responsabilités de ces «atrocités arméniennes» - ainsi nommées à l’époque - s’était déjà posée. Le ministre de l’Intérieur d’alors, Mustafa Arif, les avait qualifiées clairement d’«extermination des Arméniens» et, en 1919 et 1920, de grands procès politiques avaient été organisés. Pour le gouvernement en place, il s’agissait de se dédouaner des fautes commises par les Jeunes-Turcs du Comité Union et Progrès au pouvoir pendant la guerre.

Comme le souligne Mikaël Nichanian, auteur de «Détruire les Arméniens - Histoire d’un génocide» (PUF, 2015), qui signe un dossier dans «L’Histoire» (fév. 2015), les actes d’accusation des principaux procès mettaient en évidence la conception d’un plan cohérent destiné à anéantir l’ensemble des populations arméniennes de l’empire.

En juillet 1919, les trois pachas unionistes Talat, Enver et Djemal - qui avaient fui vers l’Allemagne alliée - ont été condamnés à mort par contumace. Ils ont été assassinés en 1921 et 1922 par des militants arméniens. Quelques complices ou exécutants des massacres ont également été condamnés à la peine de mort ou emprisonnés. Mais les procès ont rapidement tourné à la farce judiciaire. Non seulement parce que des pièces à conviction décisives et même des inculpés ont disparu grâce à la complicité de fonctionnaires unionistes, mais aussi parce que la Grande-Bretagne a fait déplacer à Malte les principaux prévenus en vue d’un procès pour «crimes contre l’humanité»… qui n’a finalement jamais eu lieu.

Le déni turc remonte finalement à la fondation de la république, lorsque Mustafa Kemal s’est engagé dans une relecture totale de l’histoire de la Turquie pour asseoir son idéologie nationale. Depuis lors, les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir sont toujours restés enfermés dans cette «contre-histoire». Le terme de «génocide», créé par le juriste Raphael Lemkin en 1943, n’a jamais pu être reconnu, car il touche au cœur de cette identité nationale forgée par Atatürk, le «Père des Turcs». Le courage de nombreux intellectuels turcs et la pression internationale n’y ont rien changé…

> Interview de Sarkis Shahinian, président d'honneur de l'association Suisse-Arménie dans «La Liberté» de mercredi.

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Commémoration à Berne

> Vendredi 24 avril, jour des commémorations du génocide, une grande manifestation aura lieu à Berne, dès 17 h à la Casinoplatz. Thème «100 ans de négation, ça suffit!»

> Des représentants des 6000 Arméniens de Suisse et des descendants d’autres peuples victimes du génocide, notamment les Assyriens chaldéens et les Grecs, y participeront, de même que des Kurdes et des Turcs progressistes qui apporteront un message de solidarité et de reconnaissance. Le corps diplomatique et le monde politique et culturel suisse seront au rendez-vous.

> Un concert aura lieu à la collégiale de Berne, à l’heure symbolique de «19.15». Au programme: «Missa de Lumine», de David Haladjian. PFY

> www.genocide2015.ch

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