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Une réforme «juste et raisonnable»

Le récent incendie du camp de Moria, sur l’île de Lesbos, a ravivé le problème de l’asile dans l’Union européenne. Keystone
Le récent incendie du camp de Moria, sur l’île de Lesbos, a ravivé le problème de l’asile dans l’Union européenne. Keystone
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24.09.2020

Bruxelles a dévoilé son nouveau pacte de l’asile, accusé de céder aux pays hostiles à l’accueil des réfugiés

Union européenne » Durcissement sur les renvois des migrants irréguliers, contrôles accrus aux frontières extérieures, accélération des procédures: la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a défendu hier un équilibre «juste et raisonnable» entre «responsabilité et solidarité» entre les 27 dans son projet de réforme de l’asile. «Nous devons trouver des solutions pérennes sur la migration», a-t-elle plaidé, soulignant que l’incendie du camp de Moria était «un rappel brutal».

Cinq ans après la crise de 2015, ce nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile prévoit que les pays de l’UE qui ne veulent pas prendre des demandeurs d’asile en cas d’afflux devront en revanche participer au renvoi des déboutés du droit d’asile depuis le pays européen où ils sont arrivés vers leur Etat d’origine.

Fin de Dublin?

Une façon de contourner le refus persistant de plusieurs pays, notamment ceux du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie) d’accueillir des migrants.

Bruxelles tire les leçons de l’échec des quotas de relocalisation décidés après 2015: le principe d’une répartition contraignante des migrants est donc abandonné. «Ça ne marche pas», a réaffirmé mardi le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Très attendu et plusieurs fois repoussé, ce pacte prévoit de «rigoureux contrôles» aux frontières extérieures, de manière à écarter plus rapidement les migrants jugés peu susceptibles d’obtenir une protection internationale, a affirmé le vice-président de la Commission, Margaritis Schinas. Pour eux, la demande d’asile sera traitée à la frontière dans un délai de 12 semaines.

Surtout, le pacte révise le principe consistant à confier au premier pays d’entrée d’un migrant dans l’UE la responsabilité de traiter sa demande d’asile.

Ce «règlement Dublin», pilier actuel du système d’asile européen, n’a cessé d’alimenter les tensions entre les 27, en raison de la charge qu’il fait porter aux pays géographiquement en première ligne comme la Grèce et l’Italie.

Tous les Etats seront mis à contribution, en fonction de leur poids économique et de leur population, explique la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson. Mais ils ont le choix entre accueillir des demandeurs d’asile, «parrainer» le renvoi dans son pays d’un migrant ou aider à la construction de centres d’accueil.

Afin d’augmenter et de rendre «plus efficaces» les retours de migrants, la Commission va nommer un coordinateur et «intensifier les négociations» avec les Etats d’origine ou de transit, a indiqué Mme Johansson. L’UE a actuellement 24 accords de réadmission avec des pays tiers, mais «tous ne marchent pas», observe-t-elle. Seulement un tiers des migrants déboutés quittent effectivement l’Union européenne.

Ces nouvelles résolutions présentées, ce sera désormais au Parlement européen d’adopter les textes nécessaires à la mise en œuvre de ce pacte. Au vu de l’urgence de la situation, la Commission appelle cependant à un accord politique sur les principes fondamentaux d’ici à la fin de l’année. ATS/AFP


Commentaire

Dans l’usine à gaz européenne

L’espoir a duré une petite semaine. En proclamant l’abolition du très décrié règlement de Dublin, mercredi dernier, la nouvelle présidente de la Commission européenne a pris le risque de susciter des attentes démesurées. Le soufflé est donc retombé, brutalement, avec la réforme de la politique migratoire et de l’asile rendue publique hier.

Car le futur nouveau «pacte européen» a tout de l’usine à gaz, avec ses règles alambiquées, rendant sa logique presque illisible. Maigre certitude: cette réforme ne va satisfaire (presque) personne. Ni les pays de premier accueil, qui resteront surchargés, ni les gouvernements populistes d’Europe centrale en particulier, hostiles à toute participation à l’effort commun.

En effet, après d’autres, Ursula von der Leyen s’est cassé les dents sur une question qui écartèle les Européens: la solidarité peut-elle se décréter? Autrement dit, comment faire évoluer les mentalités sans créer de nouvelles ruptures? Consciente de l’impasse, la dirigeante allemande a opté pour une manœuvre dilatoire en tentant de mettre à contribution financièrement les récalcitrants. Mais cette «solidarité à la carte» apparaît vouée à l’échec tant diverses échappatoires ont déjà été prévues.

Au cœur de l’imbroglio persistant, une éclaircie néanmoins: un nouveau principe qui devrait éviter à l’avenir aux ONG sauvant des migrants en mer de se retrouver devant la justice. Reste que cette lueur ne peut cacher le message d’une Union européenne angoissée, qui semble parfois avoir fait sienne la devise grinçante d’Henri Queuille (ancien homme d’Etat français): «Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout…» PASCAL BAERISWYL

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