Des catholiques s'opposent à la remise d'un doctorat honoris causa

La philosophe Judith Butler. © keystone-a
La philosophe Judith Butler. © keystone-a


11.11.2014

Université de Fribourg • La philosophe Judith Butler, qui passe pour une égérie des études genre, sera distinguée samedi. Des catholiques s’en émeuvent.

Marc-Roland Zoellig

La polémique autour des études genre, qui agite la France sur fond de Manif pour tous, s’invite sur les bords de la Sarine. Samedi à l’occasion de son 125e Dies academicus, l’Université de Fribourg (ou du moins sa Faculté des lettres) décernera un doctorat honoris causa à la philosophe américaine Judith Butler. Née en 1956, cette chercheuse féministe est notamment connue, selon le magazine «Sciences Humaines», pour sa critique radicale de l’identité sexuelle.

Documentaire d'Arte sur Judith Butler

Il n’en fallait pas davantage pour qu’une controverse éclate sur internet. L’Alma mater y apparaît divisée sur l’opportunité d’accorder une distinction académique à cette philosophe engagée, qui donnera par ailleurs une conférence vendredi soir à Fribourg.

Ayant semble-t-il bénéficié d’une fuite provenant du corps professoral fribourgeois - les noms des futurs titulaires de doctorats honoris causa sont en principe gardés secrets jusqu’au jour de leur proclamation -, un site catholique français s’est emparé de l’affaire. Le Salon Beige, promptement relayé par LesObservateurs.ch, site estampillé «droite décomplexée», s’est ainsi fait l’écho de l’indignation des opposants aux théories du genre. Un texte publié le 8 novembre y appelle les internautes à manifester leur désaccord auprès des autorités ecclésiastiques et politiques fribourgeoises.

Le lendemain, une nouvelle publication postée dans Le Salon Beige affirme que «la Faculté de théologie désapprouve le doctorat remis à Judith Butler». On y lit notamment que le Père dominicain Benoît-Dominique de la Soujeole, professeur associé en théologie dogmatique, «ne souscrit ni au «gender» ni à la remise de ce doctorat, lors duquel il ne sera pas présent». Le décanat de la Faculté de théologie n’a pas pu être joint hier pour une prise de position officielle.

Un choix sans aucune provocation

Le rectorat de l’Université de Fribourg, dirigé par le Père dominicain Guido Vergauwen, s’est en revanche fendu d’une déclaration écrite. Tout en rappelant que la désignation des docteurs honoris causa relève de l’autonomie des facultés, celle-ci stipule que «les personnes qui ont fait la proposition de l’octroi» de cette distinction académique «doivent s’en justifier devant Dieu et leur conscience ainsi que devant leur raison scientifique. La distinction n’exprime nullement l’accord de la communauté universitaire et de sa direction avec les positions scientifiques des candidats.»

Le doyen de la Faculté des lettres Marc-Henry Soulet se dit très surpris par la tournure des événements. Le choix du Conseil de faculté s’est porté sur Judith Butler à l’issue d’une phase de consultation standard ayant impliqué l’ensemble des départements. Elle n’a donné lieu à aucune polémique, affirme-t-il. La venue de la philosophe américaine à Fribourg l’an dernier, pour une conférence organisée par le département d’anthropologie, avait été un franc succès.

«Il n’y a pas de provocation ni d’idéologie derrière ce choix», assure Marc-Henry Soulet. La faculté a, selon lui, voulu saluer la qualité de la réflexion d’une personnalité abordant de nombreux domaines de recherche et jouissant d’une grande reconnaissance dans le monde scientifique, aussi bien anglophone que francophone et germanophone.

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