La Liberté

Nicolas Kolly: l’étoile montante de l’UDC

Plus jeune élu du Parlement fribourgeois en 2011, à 25 ans, il n’a pas fallu longtemps à Nicolas Kolly pour se faire remarquer. © Vincent Murith/La Liberté
Plus jeune élu du Parlement fribourgeois en 2011, à 25 ans, il n’a pas fallu longtemps à Nicolas Kolly pour se faire remarquer. © Vincent Murith/La Liberté
Le député sarinois gravit rapidement les marches de sa jeune carrière politique. © Vincent Murith
Le député sarinois gravit rapidement les marches de sa jeune carrière politique. © Vincent Murith
Partager cet article sur:
18.11.2014

Fribourg • Elu député à 25 ans, le jeune homme au parcours atypique s’est vite fait remarquer par son ton belliqueux. Nicolas Kolly est devenu une voix écoutée dans son groupe. Portrait et interview.

Claude-Alain Gaillet

«Gouverner, c’est prévoir. Monsieur le conseiller d’Etat, j’aurais aimé que vous fassiez vôtre cette devise. [...] Votre résignation sera désormais votre échec.» A Jean-Pierre Siggen, à propos des négociations avec les Dominicains pour l’achat du jardin qui aurait permis l’extension de la BCU. «Monsieur le conseiller d’Etat, l’Etat a failli à sa mission d’assurer la sécurité publique.» A Erwin Jutzet, à propos du renoncement à détenir préventivement certains délinquants «qui auraient dû l’être». «Monsieur le conseiller d’Etat, vous prenez vos gendarmes pour des imbéciles?»

Au même Erwin Jutzet. «Je vois que les socialistes ont changé d’avis. Je ne leur en veux pas.» Au groupe socialiste. «Le garde génisse risquerait des problèmes s’il a le malheur de croiser un écologiste en inquisition sur les montagnes.» Lors de la révision de la loi sur la nature et la protection du paysage. «L’hymne national nous rappelle les beautés de la patrie, [...] de garder la foi en nos aïeux, [...] que les cœurs sont plus heureux près de Dieu.»

Frondeur, fonceur et têtu

Plus jeune élu du Parlement fribourgeois en 2011, à 25 ans, il n’a pas fallu longtemps à Nicolas Kolly pour se faire remarquer. Frondeur, fonceur, têtu, le jeune archer de l’UDC décoche avec aplomb ses flèches contre le Conseil d’Etat aussi facilement que contre la gauche, son adversaire politique naturel. Parfois avec ironie, parfois sur un ton belliqueux, usant à l’occasion de phrases chocs ou de formules toutes faites, le député d’Essert est intervenu une bonne trentaine de fois depuis le début de son mandat. Sur des sujets touchant des thèmes chers à son parti comme la délinquance, les prisons, le rôle de la police, l’éducation civique. On l’a aussi entendu s’exprimer sur la loi scolaire, la loi sur l’université, la loi sur la protection de l’enfant et de l’adulte, l’impôt ecclésiastique, la rallonge de crédit pour le télésiège de Vounetz. Cette liste n’est pas exhaustive.

Pour étayer son propos, Nicolas Kolly n’hésite pas à évoquer, comme exemples, des éléments autobiographiques de son parcours atypique (voir bio express). Traité de «populiste» par la gauche, il renvoie sèchement la balle, s’appuie sur sa morale, ses valeurs et ses convictions, en appelle volontiers au «bon sens». Au fil des sessions, celui qui fut le benjamin du parlement jusqu’à l’arrivée, cette année, du socialiste Simon Bischof, de six ans son cadet, a vite su maîtriser les gammes du bretteur. «La Liberté» l’a rencontré. 

*****

«Le politiquement incorrect me plaît»

- Quel a été l’élément déclencheur de votre entrée en politique?

Il n’y en a pas vraiment eu. En famille, l’actualité politique, notamment agricole, a toujours été un thème de discussion. Mon grand-père Gabriel Kolly, décédé accidentellement avant ma naissance, a été député pendant plus de vingt ans. Il a présidé le Grand Conseil en 1971 et a été durant deux ans conseiller national. Mon père n’a jamais fait de politique active mais était engagé dans la défense paysanne. Mon oncle Germain Kolly et ma tante Claire Peiry-Kolly ont siégé au Grand Conseil, et mon cousin Stéphane Peiry y est. Je ne suis pas entré aveuglément à l’UDC. J’y ai réfléchi et je me suis senti à l’aise avec ses idées. Venant d’un milieu paysan, j’ai l’ADN agrarien. L’UDC a ce côté politiquement incorrect qui me plaît. Quand on est jeune, on doit oser remettre en question l’establishment et les idées préconçues. J’aime bien être un anticonformiste.

- Concrètement, comment êtes-vous devenu candidat?

A mon retour du Vatican, ma tante Claire m’a demandé de figurer sur la liste de l’UDC sarinoise, parce que j’étais jeune et étudiant. J’ai accepté pour rendre service mais je n’y croyais pas forcément. J’habitais Essert depuis quelques mois seulement. J’ai été très surpris de mon élection, je ne m’y attendais pas du tout.

- Comment expliquez-vous votre popularité?

Je ne sais pas. Il y a sans doute plusieurs facteurs. Je viens d’une famille politisée, beaucoup ont apprécié le fait que j’aie travaillé avant d’étudier, et j’ai aussi fait campagne sur mon parcours.

- Y a-t-il, dans votre parti, des figures qui vous inspirent?

Ma tante Claire Peiry m’a inspiré et j’apprécie le franc-parler du député Louis Duc. Mais je n’ai pas de modèle ni de mentor à proprement parler. Par contre, j’ai été marqué par l’élection de Jean-François Rime au Conseil national. J’avais 17 ans et on avait l’impression de vivre un événement historique car c’était le retour de l’UDC fribourgeoise sous la Coupole.

- Vous avez déjà échangé avec Christophe Blocher ou Toni Brunner, le président de l’UDC suisse?

Pas vraiment. J’ai juste eu l’occasion de les saluer. Mais, par mon mandat de député, j’ai envie de débattre avec tout le monde, et sur tous les sujets, en particulier sur les dossiers du canton. Pour l’instant, j’agis à ce niveau et cela me va très bien.

- En plénum, vous avez souvent utilisé des phrases choc. Vous les préparez?

C’est souvent assez spontané. Des fois, la tournure des débats m’énerve et je réagis impulsivement. Sinon, les débats sont souvent longs, on est beaucoup à prendre la parole et on a peu de temps pour faire passer un message.

- Vous attaquez volontiers Pierre Mauron, le chef du groupe socialiste.

Je m’entends très bien avec lui. Mais c’est un spécialiste des attaques personnelles, c’est pour ça que je lui réponds. Mais je préfère attaquer des idées plutôt que des personnes.

- Votre point commun: lui est avocat et vous, vous allez le devenir.

S’il y avait 110 Nicolas Kolly ou 110 Pierre Mauron au Grand Conseil, cela n’irait peut-être pas! Il y a des personnalités qui ont des francs-parlers comme ça.

- Vous ne craignez pas non plus d’attaquer le Conseil d’Etat. C’est pour vous faire remarquer?

Ce n’est pas le but de mes interventions. J’aime la franchise, quitte à ce que cela déplaise. Au moins, les gens savent ce que je pense. C’est le rôle des députés de contrôler le Conseil d’Etat et l’administration, de dénoncer des dysfonctionnements et de demander des explications. La population se pose aussi des questions et nous les relayons.

- Vous êtes en train de faire votre place dans votre groupe parlementaire.

Il fonctionne bien et j’y ai ma place comme les autres ont la leur. Je me rends compte que je suis crédible, qu’on m’écoute. Mes propositions sont bien accueillies.

- Vous espérez être un jour chef de groupe?

Ma seule ambition pour l’instant est d’être réélu. Et si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave, je ferai autre chose.

- Hypothèse: vous êtes réélu dans deux ans et on vous propose la présidence du groupe.

La question ne se pose pas aujourd’hui. Cas échéant, j’y réfléchirais mais je ne suis pas forcément sûr d’avoir le profil idéal pour être chef de groupe. Il y a des députés plus expérimentés que moi, plus lisses, qui savent peut-être mieux que moi faire des majorités.

- Vous pensez parfois au Conseil d’Etat, un jour?

J’y pense, bien sûr. Mais, sincèrement, je n’ai pas cette ambition. Je me suis engagé en politique un peu par hasard. Aujourd’hui, ma seule préoccupation est de remplir mon mandat de député le mieux possible. Mais il ne faut jamais dire jamais.

- On vous retrouvera comme candidat au Conseil national l’an prochain?

Non, je ne serai pas candidat. Le mandat de député s’apprend et j’ai l’impression de commencer à être à l’aise avec. Si je veux aller plus loin, j’ai le temps.

- Il y a peu de juristes, comme vous, dans votre parti. Transfuge du PDC, Emmanuel Kilchenmann en est un. Craignez-vous qu’il vous marche sur les pieds?

Je ne me fais pas marcher sur les pieds! Il n’y a pas entre nous de concurrence puisque nous ne sommes pas candidats au même poste.

*****

Bio express: Nicolas Kolly

> Age 28 ans. Né dans une famille d’agriculteurs. Troisième d’une fratrie de six garçons.

> Domicile Habite à Essert dans la maison familiale où il est retourné habiter en 2011 après le décès de son père. Vit en concubinage. A grandi à Essert jusqu’à ses 8 ans puis la famille a déménagé à Corbières, en Gruyère, pour reprendre le domaine communal de La Sauge.

> Formation A redoublé sa 2e primaire. Quitte le CO de Bulle à 15 ans pour un apprentissage de mécanicien sur machines agricoles. CFC à 19 ans. Après son école de recrues, s’engage comme garde suisse au Vatican pendant deux ans et quatre mois. De retour, obtient d’abord une maturité professionnelle puis accomplit une année passerelle pour entamer des études de droit à l’Université de Fribourg. Après quatre ans, obtient son master cet été. A commencé en septembre un stage d’avocat dans une étude de Fribourg.

> Jobs Ecolier, a été longtemps garçon de chalet; pour payer ses études, a enseigné à l’Ecole professionnelle de Fribourg, a conduit des camions, a travaillé aux remontées mécaniques de La Berra, station où il a aussi été secouriste.

> Armée Est soldat. Dès le 1er janvier prochain, sera incorporé dans la justice militaire comme aspirant juge d’instruction, avec le grade d’officier spécialisé.

> Sports Pas membre d’un club mais pratique marche, vélo et ski comme sports de loisirs. Plus jeune, a fait du karaté (au Vatican), de la lutte suisse et du foot.

Articles les plus lus
Dans la même rubrique
La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
Tél: +41 26 426 44 11 / Fax: +41 26 426 44 00