«La défiance des jeunes envers les médias traditionnels est frappante»

En 2013 dans le cadre de la Semaine des médias, «La Liberté» avait reçu une classe de Prez-vers-Siviriez. © Vincent Murith-a
En 2013 dans le cadre de la Semaine des médias, «La Liberté» avait reçu une classe de Prez-vers-Siviriez. © Vincent Murith-a


07.03.2016

Fribourg • Pour sa 13e édition, du 7 au 11 mars, la Semaine des médias à l’école étudie «le respect dans un monde numérique» et rappelle son importance dans les médias.

Nicole Rüttimann

Respect des faits, de la vérité, de l’image. Des notions essentielles pour un journaliste mais qui concernent aussi les utilisateurs des médias. Dès aujourd’hui et jusqu’à vendredi, la 13e édition de la Semaine des médias à l’école étudie le «respect dans un monde numérique». Quelque 600 classes de sept cantons et cinquante médias participent. L’action, qui concerne tous les degrés scolaires, s’inscrit dans les objectifs médias de la formation générale du Plan d’études romand. Elle a été lancée par le secrétariat général de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), à la demande de sa commission d’éducation aux médias et aux technologies dans l’enseignement.

Septante activités adaptées à chaque tranche d’âge sont proposées, sur quatre axes: analyser la production des médias, rencontrer des professionnels, visiter des studios, rédactions ou imprimeries, et réaliser des productions. Le point avec Christian Georges, journaliste et collaborateur scientifique à la CIIP.

- Quand a été lancée l’idée d’une Semaine des médias?

Christian Georges: La première édition a été lancée en Suisse romande en 2004 par la CIIP. Elle est partie de l’idée que l’éducation aux médias et à l’image devrait être une préoccupation de tout enseignant. Nous proposons un site avec des ressources en éducation aux médias, abordant les médias traditionnels - radio, télé, presse - comme les nouveaux - applications, sites web, ainsi que la Semaine des médias. Parmi nos partenaires, une trentaine sont de la presse écrite, il y a onze radios, quatre télévisions et deux agences. Les sujets sont suggérés en partie par les enseignants, grâce à un feed-back envoyé au terme de chaque édition. Au menu, des questions telles que «internet pollue-t-il?» ou «combien consomme un smartphone?». En l’occurrence, autant qu’un frigo! Cette semaine est donc aussi l’occasion de revoir les clichés et de décortiquer notre usage des médias.

- Quel regard les jeunes portent-ils aujourd’hui sur les médias?

Beaucoup s’éloignent des médias traditionnels, pour aller vers des canaux d’informations gratuits, une forme d’information «fast-food» via les réseaux sociaux par exemple. Les enseignants se disent aussi frappés par la défiance des élèves envers les médias traditionnels qui faisaient auparavant autorité, au profit d’une idée de complot, de manipulation générale: on nous cacherait la vérité! Ce sentiment diffus les conduit à reprendre souvent massivement les tweets qui confortent leurs propres idées.

- Comment changer cette vision?

La semaine vise à informer, mettre l’accent sur la nécessité d’avoir plusieurs sources, développer la réflexion, la vérification. Face aux rumeurs, ne pas se dire: «Je le savais!», mais instaurer, au contraire, le réflexe de se demander: «Est-ce sérieux? D’une source fiable? D’où cela vient-il?». Et si la profession perd en considération, il est d’autant plus sain que les élèves aillent à la rencontre des journalistes afin qu’ils soient plus conscients des contraintes qui sont les leurs. Qu’ils puissent ensuite critiquer en toute connaissance de cause. Nous avons d’ailleurs édité la brochure «La presse et l’actualité» à ces fins. Elle vulgarise le travail de la presse écrite à l’ère du web. Nous avons eu plus de 3700 commandes l’an passé! Cela montre que l’intérêt subsiste. Et, si le métier fascine moins qu’avant, il suscite toujours des vocations. La détérioration des conditions de travail ne dissuade pas les jeunes.

- Les enseignants jouent-ils le jeu?

Oui! Mais nous souhaiterions pouvoir aller plus loin grâce aux retours du terrain. Qu’ils osent davantage médiatiser les travaux de classe, les visites ou les rencontres, en les publiant par exemple sur des pages Facebook et Twitter. Il n’y a pas lieu de se limiter à «comment protéger les jeunes des médias». Saisissons l’opportunité de travailler avec eux! C’est un réflexe protecteur compréhensible mais il faudrait éviter la seule approche vaccinatoire! Les enseignants peinent parfois à suivre l’évolution fulgurante des médias. Nous sommes là pour répondre à leurs attentes, les épauler. En revanche, ceux qui osent se lancer dans la démarche le font vraiment bien. Ils consacrent beaucoup plus de temps aux médias dans leurs leçons que ce que l’on pouvait imaginer, en réalisant vidéos, séquences radio, journaux…

- Qu’en est-il de la participation fribourgeoise?

Nous notons une baisse depuis trois ans. On comptait soixante-six classes inscrites en 2013, cinquante en 2014, trente l’an passé et cette année elles ne sont que dix-neuf dont une seule, à notre connaissance, à avoir demandé à rencontrer un journaliste. Les classes qui participent vont des 1-2 Harmos d’Estavayer-le-Lac aux 6e de Bussy, en passant par le Cycle d’orientation de Domdidier, où le dessinateur de «La Liberté», Alex Ballaman, se rendra le mercredi. En revanche, on s’explique mal la quasi-absence de participation du secondaire. Au regard des six autres cantons, la participation de Fribourg est faible (le Jura inscrit 38 classes).

- Comment expliquer cela?

Difficile à dire. Un des facteurs pourrait être la proximité avec le Festival international de films de Fribourg (FIFF), du 11 au 19 mars, auquel de nombreuses classes sont inscrites. Les enseignants ont peut-être privilégié le FIFF, mais les deux auraient été conjugables. I

> Renseignements sur www.e-media.ch

 

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