pictogramme abonné La Liberté Contenu réservé aux abonnés

Pétition: Les enseignants fribourgeois se rebiffent

A l’invitation des syndicats, près de 120 enseignants ont voté le lancement d’une pétition comprenant quatre revendications pour améliorer les conditions-cadres.

Près de 120 enseignants ont répondu à l’invitation des syndicats. © Charly Rappo
Près de 120 enseignants ont répondu à l’invitation des syndicats. © Charly Rappo

Magalie Goumaz

Publié le 16.05.2024

Temps de lecture estimé : 4 minutes

Les enseignants fribourgeois accentuent la pression sur les autorités cantonales pour qu’elles répondent aux besoins actuels de l’école obligatoire. Réunis ce jeudi soir au Cycle d’orientation de Sarine Ouest, à Avry, à l’invitation de Formation Fribourg et du Syndicat du service public, ils ont accepté à l’unanimité les quatre revendications qui leur étaient soumises.

Les enseignants demandent qu’on leur accorde du temps pour les multiples tâches qui s’ajoutent à l’enseignement à proprement parler. Ils veulent une baisse des effectifs des classes ou le renforcement du co-enseignement. Ils ont besoin d’une amélioration du dispositif pour l’intégration d’enfants en difficulté. Enfin, ils réclament d’être pleinement associés aux réflexions sur l’éducation numérique.

«Nos revendications doivent avoir du poids»
Raphaëlle Giossi

Les syndicats espèrent réunir 2500 signatures essentiellement d’enseignants afin de se faire entendre. «Il faut que nos revendications aient du poids et pas qu’on nous réponde que les problèmes soulevés n’émanent que de quelques personnes», lance Raphaëlle Giossi, coprésidente de la faîtière des associations d’enseignants.

Davantage de temps

Au cycle d’orientation, des unités de maîtrise de classe sont déjà prévues pour assumer un cahier des charges en constante augmentation. Elles concernent notamment les tâches de coordination, de collaboration et autres démarches pour assurer une école inclusive. L’idée est d’introduire ces unités de maîtrise de classe également au primaire.  «Au CO, nous bénéficions d’une heure hebdomadaire mais ça ne suffit déjà plus», témoigne Christophe Gobet, enseignant.

Lacunes linguistiques, problèmes de comportements, besoins spécifiques d’élèves en situation de handicap: les enseignants y sont continuellement confrontés. Ils souhaiteraient que des classes pilotes soient rapidement ouvertes avec des effectifs plus restreints ou la mise en place d’un co-enseignement. Après deux ans, une comparaison pourrait être faite avec une classe traditionnelle. Raphaëlle Giossi défend cette approche. «Il faut faire preuve de patience. Nous voulons d’abord des classes pilotes, car nous savons qu’étendre cette mesure implique un budget important. Et puis il n’y a ni les enseignants ni les locaux à disposition pour tout réaliser d’un seul coup. Il faut être réaliste, prouver d’abord que ça fonctionne et y aller petit à petit», explique-t-elle.

2500

Le nombre de signatures que les syndicats espèrent réunir

L’école inclusive revient dans la troisième revendication. «Le chemin est long pour obtenir de l’aide», déplore Noémie Chevalley, enseignante au primaire. Elle mentionne le temps d’observation de l’élève, les discussions avec les parents, les démarches administratives à entreprendre… avant d’attendre l’aide souhaitée. «Et quand enfin quelqu’un intervient, c’est seulement pour une ou deux unités par semaine. Au-delà, nous sommes seuls», poursuit-elle.

Les syndicats admettent que l’Etat de Fribourg alloue déjà des moyens considérables à l’école inclusive. Il y a parfois beaucoup d’intervenants qui gravitent autour d’un seul élève. De plus, des travailleurs sociaux sont maintenant engagés dès l’école primaire. Mais ils estiment qu’il faut revoir ce dispositif, le rendre moins énergivore, sortir des prises en charge individuelles pour favoriser un travail collectif.

Enfin, l’éducation numérique inquiète toujours autant les enseignants. «En l’état, c’est un projet trop coûteux, centré sur l’équipement. Les enseignants doivent être mieux intégrés dans les réflexions pédagogiques. Nous plaidons pour une démarche participative», lance Lionel Roche, secrétaire syndical au SSP.

Après 90 minutes de discussions autour de ces quatre revendications, les enseignants présents ont tous accepté la démarche. La pétition sera déposée à la Direction de la formation et des affaires culturelles (DFAC) ainsi qu’au Conseil d’Etat.

Des réponses qui se font attendre

En novembre dernier, une question du député UDC Nicolas Kolly avait jeté un pavé dans la mare. «Ecole fribourgeoise: quo vadis?» interrogeait-il. Le Conseil d’Etat annonce le 24 avril avoir adopté et transmis sa réponse lors de sa séance de la veille. Sans pour autant la publier dans les jours suivants, comme c’est habituellement le cas.

Renseignements pris, la publication serait imminente et ce ne serait qu’une question de calendrier. La conseillère d’Etat Sylvie Bonvin-Sansonnens, chargée de la Direction de la formation et des affaires culturelles (DFAC), vient de lancer l’audit sur le fonctionnement du Service de l’enseignement obligatoire de langue française. Elle a tenu une conférence de presse lundi à ce propos. Les résultats devraient être connus début 2025. Entre-temps, une enquête de la DFAC sur le temps de travail des enseignants, lancée en novembre 2022, sera également publiée.

Articles les plus lus
Dans la même rubrique
La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
Tél: +41 26 426 44 11