La Liberté

Le PLR bernois mise sur une fan de Gottéron pour un siège au Sénat

Malgré sa réputation de provocatrice, Claudine Esseiva a été désignée candidate
Malgré sa réputation de provocatrice, Claudine Esseiva a été désignée candidate


12.11.2014

Elections • La Fribourgeoise Claudine Esseiva est la candidate surprise des radicaux bernois pour retrouver l’an prochain le siège perdu en 2003 au Conseil des Etats.

Philippe Castella

Peut-on être fan de Gottéron et défendre les intérêts de l’ours bernois sous la Coupole fédérale? «Oui, mon cœur bat toujours pour Gottéron», rassure Claudine Esseiva. La Fribourgeoise a pourtant été désignée la semaine dernière par le Parti libéral-radical bernois comme sa candidate dans la course au Conseil des Etats l’an prochain.

Un choix surprenant et pas seulement pour ses préférences en matière de hockey. La jeune femme de 35 ans n’a en effet emménagé dans la capitale fédérale qu’au printemps de l’année dernière, pour s’y installer avec son ami, et elle y a donné naissance à un petit garçon, qui aura bientôt un an. Elle a toutefois aussi passé ses seize premières années dans la campagne bernoise, à Hindelbank, près de Berthoud.

Battus à plate couture

Surprenant aussi ce choix, parce que si elle a fait ses armes à Fribourg, notamment avec ses candidatures au Conseil national en 2007 et en 2011, ou encore à l’exécutif de la capitale cantonale en 2011, Claudine Esseiva n’a obtenu jusqu’ici pour seuls mandats électifs qu’un siège au parlement de cette même ville en 2006 et en 2011, qu’elle a lâché après son déménagement.

Surprenant encore, parce qu’elle était opposée pour cette investiture, certes non à des stars, mais tout de même à deux notables du PLR bernois: l’ancien conseiller national Peter Flück et le chef de groupe au Grand Conseil Adrian Haas. Et elle les a battus à plate couture devant l’assemblée des délégués.

«Je me suis lancée pour montrer qu’il y a des femmes qui sont prêtes à s’engager, mais je ne me suis pas imaginée que j’avais beaucoup de chances d’être désignée», reconnaît-elle.

La jeunesse et l’audace

Dans un canton et un parti assez conservateurs, les délégués ont privilégié la jeunesse et l’audace. L’audace, car cette bilingue est aussi depuis 2008 la très remuante secrétaire politique des Femmes radicales suisses. Elle avait choqué il y a trois ans en posant, sur des affiches en vue de la campagne des précédentes élections fédérales, le buste nu, juste masqué par le slogan «pour que le top ne soit pas less», une manière provocante de faire avancer la cause des femmes en politique et dans l’économie.

Son engagement - et celui de femmes radicales derrière elle - en faveur de quotas de femmes dans l’administration ou de l’article constitutionnel sur la politique familiale, a dérangé nombre de caciques du parti suisse. Ils ont cherché qui à la faire taire, qui à la déboulonner.

Avec cette image de provocatrice, Claudine Esseiva voit dans sa désignation par une base supposée conservatrice une belle reconnaissance de son action politique. «Ça me fait d’autant plus de bien. Les gens ont vu que je me suis vraiment engagée pour le PLR, que j’ai des idées et de la motivation à faire passer nos projets.»

Candidature de combat

Reste que la désignation d’une femme peu connue sur le plan cantonal s’apparente à une candidature de combat et à un choix tactique pour un PLR bernois en décrépitude, qui ne se fait guère d’illusions sur ses chances de retrouver un siège au Conseil des Etats, perdu après le départ de Christine Beerli, en 2003.

La Biennoise, candidate malheureuse cette année-là au Conseil fédéral contre Hans-Rudolph Merz, a d’ailleurs envoyé un SMS à Claudine Esseiva, immédiatement après sa désignation, pour la féliciter: «Ça m’a fait vraiment plaisir. C’est un peu une idole pour moi.»

Mais les chances de lui succéder sont maigres. Si le sortant PBD Werner Luginbühl devait ne pas se représenter, cela ouvrirait certes un peu le jeu. L’autre sortant, le socialiste Hans Stöckli, est candidat à sa réélection. Leur principal contradicteur devrait être l’étoile montante de l’UDC Albert Rösti, désigné comme coordinateur national de la campagne du parti en vue de ces élections.

Au National aussi

Le PLR bernois a plutôt dans son viseur de reconquérir un des deux sièges qu’il a perdus au Conseil national en 2011. Il mise pour cela sur la jeunesse, avec Claudine Esseiva, qui y sera aussi candidate, et ses deux sortants, Christa Markwalder et Christian Wasserfallen, tous trois âgés de moins de 40 ans. Mais là aussi, ce sera difficile dans un canton qui va perdre un de ses 26 élus au jeu de l’évolution démographique.

Dans l’intervalle, Fribourg pourra nourrir l’espoir d’avoir trois représentants au Conseil des Etats. Car Claudine Esseiva n’oubliera pas le canton à qui elle laisse la fameuse virgule de son logo - elle travaillait dans la société qui a forgé la nouvelle identité visuelle de l’Etat de Fribourg: «Si je suis élue, je représenterai aussi toute une région, au-delà de Berne, qui a des intérêts en commun, dans le domaine de la formation ou en matière de bilinguisme notamment.»

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