Quand écologie rime avec eugénisme

21.08.2014

Ecopop • Le conseiller national zurichois Balthasar Glättli montre, dans un livre dont il est coauteur, que l’écologie et les théories d’extrême droite ont souvent cohabité. Et signe là un plaidoyer contre l’initiative Ecopop.

Ariane Gigon, Zurich

«Il faudrait la nommer Egopop, pas Ecopop, cette initiative, car elle repose sur des principes profondément égoïstes»: le conseiller national zurichois écologiste Balthasar Glättli n’y va pas par quatre chemins pour dénoncer l’initiative qui sera soumise au vote le 30 novembre. Il vient de publier un ouvrage (1), coécrit avec Pierre-Alain Niklaus, pour fustiger ceux qui estiment que la planète ne pourra être sauvée que si on limite la croissance démographique. Or ces «inquiétants écologistes», selon le titre du livre, ont bien souvent, au cœur du XXe siècle, flirté avec des idées eugénistes. Interview.

- Le but de votre livre est-il de remettre sur le droit chemin les écologistes qui pourraient être séduits par Ecopop?

Balthasar Glättli: Il est clair que samedi prochain, lors de l’assemblée des délégués à Rotkreuz et l’adoption du mot d’ordre, certains y seront favorables, parmi lesquels, évidemment, Andreas Thommen, délégué des Verts argoviens et directeur d’Ecopop. Mais mon souci, ce sont plutôt les différents mouvements se réclamant, de près ou de loin, de l’écologie.

L’histoire montre que les milieux qui propageaient des idées eugénistes et malthusiennes de contrôle des naissances ont trouvé une nouvelle résonance dans l’écologie, dès la naissance du mouvement, dans les années 1960-70 aux Etats-Unis. Ce que je cherche à montrer, c’est comment les théories sur la surpopulation mondiale s’inscrivent dans une tradition antihumaniste. Car ceux qui sont en surnombre, ce sont toujours les autres, jamais soi-même.

- Le mouvement Ecopop, que vous nommez «secte», a-t-il selon vous viré à l’extrême droite?

Il a toujours tenté de se distancier officiellement de l’extrême droite. Mais Valentin Oehen était à la fois vice-président de la «Communauté suisse de travail pour les questions de population», qui deviendra Ecopop, et président de l’Action nationale, futurs «Démocrates suisses». Prétendant vouloir rester politiquement neutre, Ecopop avait aussi refusé le soutien du mouvement républicain de James Schwarzenbach, tout en répondant que toute publicité pour leur mouvement serait la bienvenue. Pendant des années, le petit groupe est passé inaperçu. Ecopop n’a réussi à se faire connaître d’un large public que depuis qu’il a inclus l’immigration dans ses thèmes. En fait, ce sont des «revenants» des années 1970!

- L’initiative séduit aussi les personnes critiquant la croissance à tout prix. Les Verts partagent ces critiques, non?

Effectivement, je ne vois aucune valeur sociale dans un objectif fixé sur la pure croissance du PIB. Nous reprenons une partie des inquiétudes des personnes qui pourraient voter oui le 30 novembre. Mais Ecopop ne règle absolument pas le problème, au contraire. L’initiative renforcerait même une politique d’exclusion. Limiter l’immigration et propager l’idée qu’il faut contrôler les naissances dans les pays pauvres, cela veut dire que «nous ne voulons pas que d’autres viennent prendre des parts de notre gâteau, qui est limité!

Nous ne changeons pas notre style de vie, mais les autres doivent faire moins d’enfants!» Ce n’est pas Ecopop, c’est «Egopop», très égoïste! De plus, dans le monde, le nombre des enfants de 0 à 15 ans est resté stable depuis l’an 2000, à quelque 2 milliards. Si la population mondiale globale augmente, c’est parce qu’elle vieillit, non pas parce que les femmes ont énormément d’enfants dans certaines parties du monde.

- Mais les ressources naturelles sont limitées, c’est un fait, non?

C’est un fait. Mais il faut prendre garde à ne pas l’entourer de romantisme ou d’une nostalgie consistant à vouloir réinventer un passé qui n’a jamais existé. Aujourd’hui, par exemple, la diversité biologique est plus grande dans les villes que dans les campagnes. La finitude des ressour- ces naturelles pose la question de notre mode de vie, et de leur répartition équitable sur le plan mondial. I

(1) Balthasar Glättli, Pierre-Alain Nicklaus en al. «Die unheimlichen Ökologen - sind zu viele Menschen das Problem?», Rotpunktverlag, Zurich, ISBN 978-3-85869-617-5, 25 francs et e-book. Des discussions sont en cours pour une éventuelle parution en français.

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Les fondations du mouvement en Suisse

L’ouvrage «Inquiétants écologistes» (en allemand) retrace la naissance des mouvements partisans de l’idée de surpopulation mondiale et leur parenté avec l’eugénisme. Un des fondateurs du WWF international, Julian Sorell Huxley, premier directeur de l’UNESCO (et frère de l’écrivain Aldous Huxley), a été notamment vice-président de la société américaine pour l’eugénisme.

En Suisse, la «Communauté suisse de travail pour les questions de population», qui deviendra Ecopop, a été créée informellement deux jours après le rejet, par 54%, de la deuxième initiative Schwarzenbach sur la «surpopulation étrangères», en juin 1970 et officiellement le 29 juin 1971. Il regroupait alors des tendances différentes, mais basées sur la conviction que la Suisse était déjà surpeuplée.

Sa secrétaire de l’époque, Anne-Marie Rey, s’est fait connaître pour son combat pour la dépénalisation de l’avortement, tandis qu’un autre sous-groupe, mené par Valentin Oehen, regroupait les «écologistes classiques de droite», dit l’ouvrage. Aujourd’hui, Ecopop attaque en justice celles et ceux qui les traitent de «racistes en birkenstock» (expression du conseiller national UDC saint-gallois Roland Rino Büchel).

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