Industrie • Le spécialiste du conditionnement, actuellement à Bussigny, mettait hier à l’enquête son usinede Châtel-Saint-Denis. La commune et la Promotion économique se démènent pour accueillir ses 80 employés.
Emballée par Châtel-Saint-Denis! L’entreprise Marvinpac, spécialiste du conditionnement de produits et de la conception d’emballages, compte déménager dès le printemps 2013 dans le chef-lieu veveysan. Actuellement installée à Bussigny, elle a mis à l’enquête hier la construction de sa future usine en bordure d’autoroute.
Le site Le projet occupera un terrain de 25000 m2 au sud du hameau de Fruence, au chemin des Asses. «Nous avions étudié d’autres options, du côté d’Aigle, de Morges et de Chavornay, mais au final, celle-ci répondait à nos attentes», explique Ludovic Hericher, patron de Marvinpac. «Nous devions faire vite et rester à moins de 40 km de Bussigny. De plus, le site est proche de la sortie d’autoroute et accessible par les transports publics. Il est aussi à deux pas de l’un de nos fournisseurs, Saüberlin&Pfeiffer, qui fabrique et imprime des emballages.» Une forme de pôle de compétence, en somme.
L’usine Elle comportera un volume dévolu à l’administration et à la recherche & développement, réparti sur trois étages. La zone de conditionnement, elle, s’étendra sur une surface de 25 mètres par 100. Une halle de stockage de plus de 5000 m2, susceptible d’abriter 6300 palettes, complétera ce programme, indique Nicolas Vuichard, de Bat-Mann construction. Le coût de ce projet?«Plusieurs millions de francs», articule Ludovic Hericher.
Entièrement métallique, le bâtiment répondra pratiquement aux normes Minergie et sera coiffé de 6000 m2 de panneaux photovoltaïques – le projet est déposé auprès de Swissgrid. Un sytème de pompe à chaleur et de récupération d’énergie est également prévu. «Nous couvrirons ainsi nous-mêmes la quasi-totalité de nos besoins énergétiques», souligne le patron. Quant au trafic généré par l’entreprise, il sera de l’ordre de quatre à huit camions par jour.
L’emploi A la clé de ce déménagement: 80 emplois nouveaux à Châtel-Saint-Denis, et une vingtaine de plus dans les cinq ans (lire ci-contre). Un quart du personnel travaillera dans les secteurs du développement, de la gestion, de la logistique, de la planification et de la qualité. La moitié sera affectée au secteur du conditionnement et le solde au magasinage.
«Nous espérons que la majorité de nos employés de Bussigny nous suivra à Châtel-Saint-Denis. Jeudi, nous les avons officiellement informés de ce déménagement afin qu’ils puissent prendre leurs dispositions», note Ludovic Hericher.
Le Timing Il est serré:«Le bâtiment que nous occupons à Bussigny (ndlr:dans le quartier qu’occupait Veillon) devrait être démoli et réaffecté à de l’habitat», indique le patron. «Il nous faut idéalement quitter les lieux fin 2012. Mais en pratique, la halle de Châtel-Saint-Denis devrait être disponible à la fin 2012 et nous déménagerons durant le premier semestre 2013.» L’entreprise espère obtenir le permis en février déjà.
La zone Une autre procédure, généralement de longue haleine, est d’ores et déjà lancée: une modification de la zone, actuellement agricole. Le secteur figurera en zone industrielle dans le prochain Plan d’aménagement local de la commune, qui sera mis à l’enquête en janvier prochain, assure le conseiller communal Charles Ducrot. Mais l’exécutif a anticipé, en mettant à l’enquête le 11 novembre dernier la modification du plan d’affectation, au lieu-dit Pré-aux-Oies.
«Une coordination optimale des procédures de mise en zone et de demande de permis permettra de traiter le dossier dans les meilleurs délais, mais il n’y a pas de procédure accélérée envisageable», assure cependant Corinne Rebetez, porte-parole de la Direction de l’aménagement. A noter que le terrain figurera en zone industrielle d’importance cantonale. Une classification plus exigeante en termes de desserte en transports, notamment, mais qui permet d’obtenir des fonds dans le cadre de la Nouvelle politique régionale (lire ci-dessous).
Une alliée La commune de Châtel-Saint-Denis négocie encore l’acquisition de tout le secteur du Pré-aux-Oies (31000 m2), propriété d’un particulier. «Nous sommes sur le point d’aboutir», estime Charles Ducrot. L’exécutif soumettra cet achat à son législatif, vraisemblablement en février prochain.
L’option privilégiée consistera à mettre ce terrain à disposition de l’entreprise moyennant un droit de superficie «loué» durant une période de dix ans, puis à vendre le terrain à l’entreprise. Ce procédé – une opération sans perte ni profit pour la commune – épargnera à la société d’avoir à mobiliser d’un seul coup d’importants fonds propres, indiquent plusieurs acteurs du dossier. «Les décisions ont été rapides et les négociations intensives», commente Charles Ducrot. «Mais Marvinpac est un fleuron et son projet est magnifique!» I
Marvinpac est spécialisée dans le conditionnement de produits alimentaires, cosmétiques, horlogers et parapharmaceutiques. «Nous concevons aussi des emballages innovants, mais nous ne les fabriquons pas nous-mêmes. Cette activité est sous-traitée», précise Ludovic Hericher, directeur de l’entreprise depuis sept ans. Et d’ajouter que ses huit spécialistes en packaging et développement de produits conçoivent également des pièces en inox ou des accessoires relatifs à l’art de la table, tels que des assiettes ou des couverts. La société, enfin, crée ses propres automates de conditionnement.
Ce déménagementpermettra par ailleurs à l’entreprise de renforcer ses activités. Du côté du conditionnement de produits alimentaires et cosmétiques, notamment. Mais aussi dans le domaine du reconditionnement de produits pharmaceutiques et du conditionnement de «produits à température dirigée»(de 12° à 18°). D’où les vingt postes supplémentaires prévus.
Surtout active en Suisse romande, l’entreprise traite aussi bien avec des PME que de grandes multinationales (de l’alimentaire en particulier). Elle a elle-même une dimension internationale, puisque Marvinpac a ouvert il y a deux ans une usine éponyme en République tchèque, dans la région de Prague. On y compte une cinquantaine de collaborateurs. «Cette usine est essentiellement affectée au secteur Art de la table. Le reste est traité en Suisse, principalement parce qu’il faut des équipements automatisés et des certifications pointues», explique le patron, qui ne souhaite pas communiquer le chiffre d’affaires de la société. SZ
«Le côté créatifde Marvinpac nous a séduits», commente Jean-Luc Mossier, directeur de la Promotion économique cantonale. «On parle bien d’une entreprise du secteur secondaire, mais d’une entreprise à haute valeur ajoutée, spécialisée et sans équivalent dans le canton, qui n’est donc pas en concurrence avec une entreprise du cru (ndlr: une condition pour recevoir une aide de l’Etat). C’est même un nouveau maillon de la chaîne du packaging à Châtel-Saint-Denis. Il s’agit aussi d’une entreprise financièrement saine, en pleine croissance, et de postes de travail sécurisés.»
La Promotion économique a donc bataillé ferme pour séduire à son tour Marvinpac. «Ailleurs, on offrait à cette société des terrains à meilleur prix. Et nous avons peu de terrains industriels libres, rapidement disponibles et en mains communales», explique le directeur. «L’option de Semsales, notamment, a été envisagée, mais la surface manquait. Toute la difficulté consiste donc à mettre en rapport un propriétaire qui souhaite, c’est naturel, tirer le meilleur prix de son bien, et une entreprise qui serait partie sans une aide.»
D’où l’intervention de la Promotion économique, qui compte utiliser un solde des fonds liés à la Nouvelle politique régionale, afin de permettre à la commune d’acquérir le terrain. Cette dernière bénéficiera d’un prêt à taux préférentiel, dont le montant doit être approuvé par le Conseil d’Etat ces jours.
Une forme de politique foncière active, en somme, cette dernière visant essentiellement à faire en sorte que des terrains jugés économiquement stratégiques puissent devenir propriété des collectivités, résume de son côté Corinne Rebetez. La porte-parole de la Direction de l’aménagement rappelle que le Conseil d’Etat a approuvé en mai 2011 la modification du Plan directeur cantonal, qui désigne huit de ces fameux sites stratégiques dans le canton. Notamment à Bulle (Planchy), Romont (En Raboud) et Châtel-Saint-Denis (Praz de Plan). SZ