drognens • La Confédération investit 24,9 mio pour améliorer la sécurité et le confort de la place d’armes. En mars, les recrues prendront déjà possession de leurs chambres. Mais les travaux se poursuivront jusqu’en 2013.
Le palais des courants d’air, des tableaux électriques dignes d’entrer dans un musée ou des douches à la limite de la salubrité: les locaux de la place d’armes de Drognens, vieux de 40 ans, ont un petit air d’Allemagne de l’Est tout à fait inquiétant. Pour y remédier, d’importants travaux se déroulent depuis 2007 sur le site glânois. Non seulement pour des raisons de confort mais aussi pour garantir la sécurité des utilisateurs et se conformer aux dernières normes en vigueur. Une nouvelle tranche d’aménagements, devisée à 24,9 mio de francs, a démarré en 2010. La première partieest terminée. Les recrues, qui ont dormi à Moudon et Fribourg le temps de ces transformations, vont prendre possession de leurs locaux à la mi-mars (voir ci-après). Découvrons le nouveau nid des pioupious.
Au premier étage, les chambres des soldats ont été remises à neuf. Elles passent de 20 à 16 lits, ce qui dégage un espace, à l’entrée de la pièce, pour leur permettre d’accrocher leurs «caddies», leurs paquetages à roulettes. Quatre ronfleurs de moins par chambre n’est pas non plus négligeable: dormir six heures consécutives, pour ces chauffeurs, est obligatoire. La taille de leur lit est conforme à celle d’aujourd’hui, soit 2 mètres sur 80 centimètres. Et ce mobilier, neuf, peut être allongé pour les plus grands.
Les bidasses auront en revanche davantage de place pour leurs affaires. Dans un coffre large placé en hauteur et à la tête du lit, ils rangeront leurs objets personnels –cet espace leur est réservé. L’armoire verticale appondue est nouvelle. Pour assurer un rangement tip top en ordre,une directive expliquant aux recrues comment disposer leurs habits militaires sera édictée.
Glissons-nous maintenant sous la couette. La couverture à croix blanche qui gratte, ça, c’est fini. Mais depuis longtemps. Les soldats s’enrouleront dans un duvet nordique, qui sera, comme le reste, neuf.
Les sanitaires, plutôt spartiates et à la limite du salubre jusqu’alors, seront aussi plus confortables. En plus, les recrues bénéficieront de la douche à l’étage. Le rêve quoi. «Nous n’avons jamais eu de problème de champignons ou de légionellose», rassure toutefois l’adjudant Alexandre Auderset, coordinateur de la place d’armes. Qui note que des travaux d’entretien ont été réalisés à plusieurs reprises.
Mais les plus heureuses seront certainement les femmes qui souhaitent servir leur patrie. Elles posséderont ainsi leur espace personnel – la caserne compte environ 5 représentantes de la gent féminine chaque année pour 1900 militaires instruits. Tout aussi gâtés, les officiers s’installeront au premier étage, dans des chambres à 4, 6 ou 8 lits.
Les chauffeurs ont-ils un accès internet dans leur chambre?«Des prises électriques sont installées près des fenêtres. Mais les soldats ne doivent pas réaliser de travail en chambre. Nous avons en revanche installé le wifi dans plusieurs endroits, comme dans la salle de théorie. Les soldats peuvent aussi se rendre à l’internet café», répond Alexandre Auderset. «Nous prêtons également à chaque recrue un ordinateur pour qu’elle travaille sa théorie.
Outre leur modernité, l’avantage de ces locaux est leur adaptabilité. Chaque étage est divisible en quatre, pour n’utiliser que les dortoirs et les sanitaires nécessaires. Ce qui permet d’éviter de nettoyer tout l’étage si une seule partie est employée, comme le relève Bernard Anzévui, chef management de projets de construction auprès d’armasuisse, chargé de ces travaux.
Au rez-de-chaussée d’un des bâtiments, l’ancienne salle de cinéma est devenue une vraie aula de 192 places assises qui servira de salle de théorie. Plus loin, une infirmerie, avec 36 lits, permettra de soigner les recrues. Quand le médecin est là. Sans oublier la zone administrative qui offrira des bureaux pour les chauffeurs, dans un espace ouvert.
Fréquentée cinquante semaines par année, la place d’armes de Drognens voit défiler des recrues et des soldats en cours de répétition. Pour ne citer qu’un chiffre: 4000 repas sont servis chaque année à des hommes qui ne logent pas sur la place d’armes. Comment ne pas se perdre dans les bâtiments remis à neuf? Très simplement. Même très fatiguée, la plus tête en l’air des recrues pourra différencier les chambres de l’infirmerie grâce à un code couleur peint sur le sol. I
«Le but de ces travaux est de remettre les bâtiments de la caserne (soit une dizaine d’édifices, ndlr) au niveau du standard actuel. Nous avons mis un accent particulier sur la sécurité des personnes et des bâtiments, notamment les chemins de fuite et la détection incendie», explique Bernard Anzévui, chef Management de projets de construction en Suisse romande auprès d’armasuisse. Depuis l’automne 2007, l’armée n’a pas chômé sur le site de Drognens, qui a toujours été exploité. «On ne pouvait pas fermer l’école pendant deux ans», constate le lieutenant-colonel Urs Niklaus, commandant de la place d’armes.
L’armée a donc créé des bureaux et refait à neuf le centre de subsistance, qui peut recevoir 700 personnes et que les civils peuvent louer. L’enveloppe de la salle de sport, une salle fréquentée par huit sociétés sportives qui viennent s’y entraîner le week-end, a également pris un coup de jeune («La Liberté» du 8 octobre 2009). Une première étape, complètement terminée, qui a coûté 12 millions de francs.
La seconde étape de cette rénovation, en partie réalisée, est devisée à 24,9 mio. A la mi-mars, les 560 premiers des 850 lits seront remis à la troupe. Alors que de nouvelles transformations vont commencer. «Nous allons attaquer le reste des chambres, la halle à véhicule, l’atelier, d’autres petites choses. Les travaux seront terminés en 2013», annonce Bernard Anzévui. «Nous avons déjà commandé pour 20 millions de travaux dont 90% dans le canton de Fribourg.»
«Quand nous aurons tout fini, nous réaliserons des économies d’énergie de 33% . Nous tendons vers le Minergie», poursuit Bernard Anzévui. Qui note que les façades n’ont pas été touchées puisqu’elles sont protégées. De ce type de construction des années 1970, l’armée a aussi dû conserver quelques peintures psychédéliques dont l’auteur n’est pas connu. TB