Roger Federer et Stanislas Wawrinka: les mots de trop? Alain Wicht
Roger Federer et Stanislas Wawrinka: les mots de trop? Alain Wicht
13/02/2012

Federer: les mots qui dérangent

coupe davis • Au soir de la défaite de l’équipe de Suisse en double, le Bâlois a réitéré ses critiques envers Wawrinka. Le patron a parlé. Mais que cache cet acharnement?

«Ils n’ont même pas mouillé le maillot!» Ludo est un spectateur furieux, furieux que la fête, chez lui à Fribourg, se termine ainsi. Au soir du deuxième jour et en queue de Fish («poisson» en anglais), cet Américain bon chic bon genre qui, aux côtés de Mike Bryan, a battu la paire Federer/Wawrinka samedi en double. 3-0 pour les Etats-Unis, puis 5-0 après les deux simples de dimanche: qui l’eût cru? Alors que d’aucuns espéraient que 2012 serait l’année de la conquête du Saladier d’argent, voici la Suisse contrainte de disputer les barrages pour le maintien dans le groupe mondial, en septembre prochain. Avec Roger Federer? Rien n’est moins sûr. «J’ai toujours dit que j’allais prendre rencontre après rencontre», répond le No 3 mondial. «Pour le moment, c’est beaucoup trop loin. Mais grâce à cette défaite, j’aurai davantage de temps pour réfléchir.»

 

«Je ne suis pas déçu»

La défaite a bon dos. Elle ne semble pas chagriner le Bâlois. «Non, je ne suis pas déçu, parce que nous ne pouvions pas faire beaucoup mieux. Nous avons eu notre chance lors de chacun des trois matches. Les gens sont fâchés? Mais j’ai l’impression que les gens ont légèrement manqué de respect envers les Etats-Unis. Une chose est sûre: nous, nous n’avons pas commis l’erreur de les sous-estimer.» Federer parle, Severin Lüthi, le capitaine, écoute. Si doute il y avait encore, celui-ci est rapidement levé: le patron, c’est Roger. Un patron qui tient son rôle à cœur, trop peut-être. C’est en tout cas le sentiment qui se dégageait de la conférence de presse de l’équipe de Suisse, samedi soir.

 

Trois coups faciles

Peu enclin à faire son autocritique – nous le mentionnions déjà dans «La Liberté» de samedi –, Federer en a rajouté une couche, une deuxième puis une troisième. Invité à tirer un bilan sportif de sa semaine «forumo-fribourgeoise», le «maître» a tiré, oui, mais à boulets rouges sur son coéquipier. «Dommage que Stan n’ait pas pu mettre la pression sur les Etats-Unis vendredi. Après, moi contre Isner, tout pouvait arriver.» En clair: si le Bâlois a perdu, c’est parce que Isner, rasséréné par la victoire de son compatriote quelques minutes plus tôt, a pu évoluer de manière complètement libérée. Federer encore: «Si Stan avait joué un tout petit peu mieux, le résultat aurait pu être différent.» Federer enfin: «J’ai fait un bon double, Stan pas mal.» Un bon double? Ludo et la majorité des 7850 spectateurs de Forum Fribourg ne partagent pas cet avis. Le No 3 mondial, que l’on avait rarement connu aussi négligent, n’a-t-il pas raté trois coups faciles lors du seul dernier jeu?

 

Manque de tact

Federer est un joueur de toucher, mais un patron qui manque de tact. L’homme a droit à des égards, le voir disputer la Coupe Davis dès le mois de février, alors que Djokovic, Nadal et Murray ont fait l’impasse, est un privilège. Certes. Mais ce déballage médiatique était-il nécessaire? Et Wawrinka, qui n’est plus que l’ombre du quart de finaliste de l’US Open 2010 ou de l’Open d’Australie 2011, mérite-t-il un tel acharnement? La question est posée. Elle dérange et renvoie à la rencontre Suisse-France de 2001 à Neuchâtel. Alors en conflit ouvert avec Jakob Hlasek, le jeune Rodgeur avait délibérément bradé son simple pour avoir la tête de son capitaine. Qui roula aussitôt.

Federer, une main de fer dans un gant de velours. Un monarque absolu, mais un homme fidèle en amitié qui, dimanche, malgré l’imminence de son départ pour Rotterdam, où il affrontera le Français Nicolas Mahut au 1er tour, a tenu à assister aux mat-ches pour beurre livrés par ses deux copains, des vrais, Michael Lammer et Marco Chiudinelli. Wawrinka, lui, n’était pas là. Officiellement, il était «souffrant»... I

 

Suisse - états-Unis 0-5

Dimanche: Michael Lammer perd contre Ryan Harrison 6-7 (0/7) 6-7 (4/7). Marco Chiudinelli perd contre John Isner 3-6 4-6.

Samedi: Federer/Wawrinka perdent contre Fish/Mike Bryan 6-4 3-6 3-6 3-6.

Vendredi: Stanislas Wawrinka perd contre Mardy Fish 2-6 6-4 6-4 1-6 7-9. Roger Federer perd contre John Isner 6-4 3-6 6-7 (5/7) 2-6.

 

 

COUP PAR COUP

Mike Bryan et son double

Coup de cœur. Si Roger Federer est le patron de l’équipe de Suisse, Mike Bryan est celui du double américain. Bien qu’orphelin de son jumeau, Bob, dont l’épouse vient de mettre au monde leur premier enfant, le conuméro 1 mondial de la discipline – un rang qu’il partage ô surprise avec son frère – a fait parler son métier, au filet notamment, où il a multiplié les interceptions décisives. Mardy Fish le premier ne tarissait pas d’éloges sur son coéquipier d’un jour: «Quand tu fais équipe avec celui qui est probablement le meilleur joueur de double de tous les temps, la tâche est plus facile.» Federer en simple, Bryan en double: ce week-end, pas moins de deux légendes du tennis ont foulé le court de Forum Fribourg.

Coup de poker. John Isner a de la suite dans les idées. Deux jours après avoir dégoûté Roger Federer, le géant américain a remis le couvert lors d’un match de liquidation qui porte bien son nom. Marco Chiudinelli, appelé à remplacer Stanislas Wawrinka? Etrillé 6-3 6-4! L’autre Bâlois de l’équipe de Suisse n’a pas eu l’ombre d’une chance. Pour preuve, le dernier jeu, celui qui veut en théorie que le bras du joueur proche de la victoire commence à trembler. Mais qu’Isner a conclu sur quatre aces, dont deux chronométrés à 240 km/h. Ce week-end, le radar n’était pas fiable. Le service du No 17 mondial, lui, si. «Isner a clairement le potentiel pour entrer dans le top 10», juge Federer. «De là à dire qu’il peut s’imposer en grand chelem, je ne sais pas. Il a prouvé qu’il était capable de battre les meilleurs, mais peut-il le faire plusieurs fois de suite?»

Coup de cochon. Entendue sur le site officiel de la Coupe Davis, une courte interview de Severin Lüthi. A la question «N’allez-vous pas profiter du prochain match de barrage pour intégrer quelques jeunes joueurs dans l’équipe?», le capitaine helvétique aurait pu rire à gorge déployée. Fidèle à lui-même, Lüthi s’est abstenu de toute moquerie incongrue. Sa réponse? «Actuellement, il n’y a pas vraiment de relève, mais à l’avenir pourquoi pas.» Bref, le nouveau Federer n’est pas près d’éclore. Le nouveau Lüthi non plus. Bredouille depuis son intronisation en septembre 2005, le Bernois restera sur la chaise jusqu’à la retraite de qui vous savez, dont, soit dit en passant, il est aussi l’entraîneur.

Pierre Salinas

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