La Liberté

Des jeunes filles au service du nazisme

La Bund Deutscher ­Mädel a mobilisé des millions de jeunes Allemandes. © DR
La Bund Deutscher ­Mädel a mobilisé des millions de jeunes Allemandes. © DR
La Bund Deutscher ­Mädel a mobilisé des millions de jeunes Allemandes. © DR
La Bund Deutscher ­Mädel a mobilisé des millions de jeunes Allemandes. © DR
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17.11.2017

A l’instar des Jeunesses hitlériennes, des ligues féminines veillaient à l’endoctrinement des jeunes

Glenn Ray

Troisième Reich »   Equivalences féminines des Jeunesses hitlériennes, la Jungmädelbund (JM) et la Bund Deutscher Mädel (BDM) étaient en charge de la formation et de l’endoctrinement des jeunes filles allemandes sous le Troisième Reich. Ces organisations les préparaient à tenir leur rôle de mère au foyer, mais aussi à participer à l’effort de guerre. En fin de conflit, ces jeunes femmes seront mobilisées pour s’opposer à l’avancée des troupes alliées en Allemagne.

Dès le milieu des années 1920, le Parti national-socialiste allemand (NSDAP) met en place une structure d’endoctrinement systématique de la jeunesse allemande. L’organisation des Jeunesses hitlériennes est le fer de lance de cette politique. Obligatoire à partir de 1939, elle regroupe l’ensemble des jeunes allemands entre 10 et 18 ans. Lors du Congrès de Nuremberg, en 1934, Adolf Hitler souligne la mission incombant à cette jeunesse: «Vous êtes l’incarnation de l’Allemagne de demain! Vous êtes notre sang, vous êtes notre chair, vous êtes notre âme! Vous êtes la postérité de notre peuple!» Alors que les garçons doivent devenir des sur­hommes «aryens» prêts à donner leur vie pour le Führer, les filles ont pour tâche de se mettre au service de la communauté masculine.

Un sentiment d’élitisme

En 1928, le NSDAP crée la Jungmädelbund et la Bund Deutscher Mädel, deux ligues destinées à la formation des jeunes filles. La JM, ou ligue des fillettes allemandes, encadrait les jeunes filles âgées de 10 à 14 ans. La BDM, ou ligue des jeunes filles allemandes, prenait ensuite le relais jusqu’à ce que les jeunes femmes atteignent leurs 18 ans. La transition vers la Nazionalistische-Frauenschaft, organe féminin du parti nazi, était assurée par une troisième organisation, Glaube und Schönheit (Foi et Beauté). En 1938, la JM et la BDM cumulent près de 3,5 millions de membres alors que l’association Foi et Beauté compte 450 000 adhérentes, selon les chiffres avancés par l’historienne Rita Thalmann (1). Le sentiment d’appartenance y joue un rôle important: «Nous, les filles hitlériennes, formions un groupe, une élite au sein du Volk allemand» (2), se souvient Renate Finckh, ancienne membre de la Bund Deutscher Mädel. Directrice de son service de presse, Melita Maschmann complète: «Nous rêvions de nous sacrifier pour un idéal» (3).

Tout comme les Jeunesses hitlériennes, la JM et la BDM étaient structurées militairement. Si elles possédaient leurs propres grades, uniformes et bannières, leurs membres étaient toutefois dispensées du maniement des armes. L’éducation physique y était moins extrême que chez les garçons et la formation reposait au départ sur le principe des trois «K», soit Kinder, Kirche, Küche (les enfants, l’église, la cuisine). Comme le note l’historien français Jean-Denis Lepage (4), l’objectif principal de la BDM était de préparer ses adhérentes «à l’application de la doctrine nazie à la maison et à faire des enfants». La maternité constituait en effet «la plus noble mission de la femme» pour le Reich. Suivant cette logique, le NSDAP met d’ailleurs en place le programme de procréation Lebensborn visant à perpétuer la «race aryenne». Les pensionnaires permanentes de ces établissements étaient souvent issues de la BDM. L’organisation Foi et Beauté satisfaisait aussi les besoins propagandistes du régime en formant «des femmes gracieuses, saines, totalement dévouées et obéissantes, que le parti exhibait lors des manifestations de masse, des congrès, des fêtes populaires», précise l’historien Jean-Denis Lepage. Enfermées dans leur rôle de mère au foyer ou réduites à des activités auxiliaires, les jeunes femmes allemandes «vivaient confinés entre l’arrogance de la «race dominante» et l’humilité du sexe inférieur», ajoute Werner Klose, auteur d’une Histoire de la Jeunesse hitlérienne (5).

Le Reich sexiste

Ce sexisme s’explique par la misogynie profonde de l’Allemagne hitlérienne. Les femmes étaient alors jugées incapables de pensées logiques ou d’objectivité. Si l’adhésion à la Jungmädelbund et à la Bund Deutscher Mädel leur permettait de participer aux activités du parti, leur rôle était constamment «subordonné à celui des hommes et des garçons», affirme Jean-Denis Lepage. Division féminine du NSDAP, la Nazionalistische-Frauenschaft s’inscrivait dans la continuité en se contentant d’imposer l’idéologie du parti dans les foyers allemands.

Ce n’est que dans les derniers mois de la guerre qu’un semblant d’égalité émerge entre les membres de la BDM et leurs homologues masculins. La débâcle de l’armée allemande débouche sur la création d’une milice populaire, la Volkssturm, qui lance un appel à la mobilisation générale. La jeunesse est la première à y répondre, parmi elle bon nombre de jeunes filles de la BDM.

Enrôlées comme auxiliaires médicales et logistiques, «elles restaient les dernières dans les villes en flammes à l’approche de la bataille», selon l’historien Werner Klose. Beaucoup d’entre elles prennent les armes pour combattre aux côtés des SS et sont alors soumises à la même discipline que les hommes. Ainsi, «prête à mourir» pour défendre Berlin, Melita Maschmann accompagne les enfants soldats des Jeunesses hitlériennes sur la ligne de front (6). A Vienne, en janvier 1945, une batterie antiaérienne est quant à elle entièrement composée de jeunes Rhénanes de 16 à 20 ans. Piégées par l’intensité des bombardements alliés, aucune de ces «servantes» ne vit la fin du conflit.

1 Rita Thalmann, Etre femme sous le IIIe Reich, Robert Laffont 1972.
2 Claudia Koonz, Les mères-patries du IIIe Reich, Lieu Commun, 1986.
3 Melita Maschmann, Ma jeunesse au temps du nazisme, Plon, 1964.
4 Jean-Denis Lepage, La Hitler Jugend, Editions Grancher, 2004.
5 Werner Klose, Histoire de la Jeunesse hitlérienne, Albin Michel, 1966.
6 Lynda M. Willett, Women under National Socialism, University of Massachusetts, 2012.


 

Cette jeunesse qui a osé s’opposer au régime

Etroitement encadrée par les organes du Parti national-socialiste (NSDAP), la jeunesse allemande a pourtant su se ménager des espaces de dissidence.

Dès les années 1930, des groupes d’opposition se forment en Allemagne. A Hambourg, de jeunes collégiens se réunissent autour d’une passion commune pour le jazz, musique dégénérée aux yeux des autorités allemandes. Inspiré du mode de vie anglo-saxon, le mouvement des Swing Jugend se revendiquait apolitique. Ses membres ne manquaient pourtant jamais l’occasion de tourner le parti nazi en dérision, usant notamment du «Swing Heil!» au lieu du «Sieg Heil!» officiel. Le régime voyait ces jeunes comme des «asociaux à la conduite antipatriotique, dégénérée et réactionnaire». Raflés par la Gestapo, nombre d’entre eux seront internés ou intégrés à des unités disciplinaires de l’armée jusqu’à la disparition du mouvement en 1942.

Fondé au printemps 1942, le mouvement de la Rose blanche distribue pour sa part des tracts aux universitaires, puis à la population allemande dans son ensemble. Alix Heiniger, collaboratrice scientifique à l’Institut d’histoire sociale et économique de l’Université de Zurich, précise: «Ses membres voulaient réveiller la population allemande et lui faire prendre conscience des crimes perpétrés en son nom.» Après un procès expéditif, les principaux instigateurs du mouvement sont guillotinés en 1943.

Autre mouvement, les Edelweißpiraten (Pirates de l’edelweiss) entrent dans la résistance active durant la Seconde Guerre mondiale. Affrontements avec les Jeunesses hitlériennes et distribution de tracts sont à mettre à leur actif. Certains Pirates forment même des réseaux organisés afin de cacher les juifs traqués par le régime. Mais cette résistance a un prix. A l’automne 1944, 13 jeunes Pirates sont pendus en public. Un sort qui ne surprend pas Alix Heiniger : «Le régime considérait les opposants comme des ennemis du peuple. Il utilisait des moyens importants pour les arrêter et la répression était sans pitié.» GLR

 

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