La Liberté

Les opinions du rédacteur en chef de «La Liberté»

Au soir d’une année particulière

A droite, la rotative imprime les pages qui, une fois assemblées, sont menées par un rail à l'expédition, sur la gauche. © Nicolas Schneider
A droite, la rotative imprime les pages qui, une fois assemblées, sont menées par un rail à l'expédition, sur la gauche. © Nicolas Schneider


31.12.2014

Louis Ruffieux

Ce bruit sourd, ces pulsations qui faisaient vibrer jusqu’au béton des bâtiments, ces parfums d’encre et ces relents de graisse, ces dizaines de milliers de journaux crachés chaque soir par un «monstre» fascinant, les cliquetis du bal aérien de la chaîne d’expédition, c’est fini. Cette nuit, la rotative de St-Paul s’est définitivement tue après avoir imprimé «La Liberté» que vous lisez. Elle laisse dans le silence des ouvriers de la nuit blessés et ouvre, déjà, le temps de la nostalgie. Une page de l’histoire industrielle se tourne à Fribourg, après Bienne, avant Schlieren et Neuchâtel: les centres d’impression de journaux ferment les uns après les autres. Leurs productions s’en vont réduire les surcapacités des quelques «grands» qui subsisteront, dont celui de Berne, où se matérialisera désormais «La Liberté».

Autrefois, avant les transmissions immatérielles, les rotatives étaient considérées comme des lieux de pouvoir. Elles attestaient de la bonne santé de l’éditeur (une nouvelle rotative, c’était aussi un nouveau bâtiment pour l’abriter) et de l’indépendance de ses journaux. L’argent coulait à flot à l’âge d’or de la presse écrite. Puis les sources se sont taries, les concentrations ont commencé, et la présence d’une rotative n’a jamais été un obstacle aux rachats, par de grands groupes de presse, de la quasi-totalité des titres régionaux.

A cette fatalité-là, «La Liberté» résiste heureusement encore et toujours. En cette année 2014 décidément historique, le capital du journal a été ouvert à des investisseurs institutionnels fribourgeois. Ainsi évite-t-on le départ d’un centre de décision cantonal à Zurich ou ailleurs, dans le giron d’un groupe de médias où «La Liberté» ne serait qu’un petit pion d’une stratégie nationale.

Ouverture du capital, atteinte programmée à l’indépendance rédactionnelle? Allons donc! L’indépendance fait partie de l’ADN de ce journal depuis bientôt un demi-siècle. Vous en êtes à la fois les témoins et les vigiles attentifs, chers lectrices et lecteurs. C’est avec vous - et pour vous - que nous veillerons jalousement à notre - à votre - Liberté. Belle année 2015!

La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
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