La Liberté

Ce poison pour la démocratie attend son antidote

17.12.2016

Serge Gumy

Editorial » Enfin! Les Chambres fédérales ont signé hier l’épilogue du feuilleton autour de l’application de l’initiative «Contre l’immigration de masse», presque trois ans après le vote du 9 février 2014. Chercheurs, organisations économiques, partis politiques: à la fin de ce péplum qui traînait en longueur, ils ont tous applaudi. A l’exception notable de l’UDC, qui crie au déni de démocratie. A raison, à ce stade.

La solution bricolée par le parlement, en effet, se moque de la volonté populaire. Elle ne permettra pas de limiter l’immigration, mandat impératif donné pourtant par une (courte) majorité de votants.

Plus question de contingents de travailleurs étrangers, comme stipulé dans le texte de l’UDC. La loi mise sous toit hier à Berne se borne à exiger des entreprises qu’elles signalent leurs postes vacants aux offices régionaux de placement.

Quant à l’engagement de travailleurs européens, il pourra uniquement être limité dans des régions ou des secteurs économiques soumis à pression exceptionnelle.

Ce petit sirop par trop dilué a pour seule qualité de ne pas faire s’étrangler l’Union européenne. Il n’en constitue pas moins un authentique poison pour la démocratie. Car si le principe de la libre circulation des personnes a été accepté à plusieurs reprises dans les urnes, la Constitution fédérale, en principe, devrait primer. Or, son article 121a commande de mettre un frein à l’immigration. Faute de mécanisme probant, de nombreux citoyens peuvent légitimement se sentir floués aujourd’hui et nourrir l’impression qu’à Berne, «de toute façon, ils font ce qu’ils veulent».

Rien de tel pour alimenter la thèse du fossé entre le peuple et les élites. Pour le combler, la Suisse a besoin d’un antidote, qui rime avec un nouveau vote. Et le plus tôt sera le mieux. 

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