La Liberté

FORTA, une soupe de Kappel corsée

03.02.2017

Éditorial

Les moteurs grondent, les bagnoles fument, et c’est d’impatience: notre tour est venu, revendiquent les automobilistes bloqués toujours plus souvent, toujours plus longtemps, dans les bouchons. C’est notre tour, tonnent-ils, de toucher les milliards nécessaires à faire avancer à la fois notre cause et notre véhicule, que ce soit sur l’autoroute ou à la sortie des villes.

Soucieuse d’éviter une guerre fratricide entre la route et le rail, Doris Leuthard a mitonné une soupe de Kappel de la mobilité: le Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (nom de code: FORTA). Par rapport à la recette d’origine du Conseil fédéral, la version servie au peuple et aux cantons le 12 février a été corsée et salée par la majorité de droite du parlement, dans le sens du lobby routier.

Cela vaut-il malgré tout la peine que les esprits s’échauffent pour ce ­FORTA lisse comme du bitume encore fumant? Les Verts et la majorité du PS, en avocats de l’environnement, dénoncent un coup de force des partisans de la voiture, qu’ils considèrent comme sans avenir. Dépassée, l’automobile? N’en déplaise aux partisans des transports publics, bon nombre d’habitants des régions périphériques en ont encore besoin pour se déplacer, faute de bus ou de train dans leur voisinage.

En outre, il n’y a rien de scandaleux à ce que l’argent de la route lui ­revienne davantage qu’aujourd’hui. Pas à 100%, comme le réclamait l’outrancière initiative «Vache à lait», équarrie en votation en juin dernier, mais à 60%. En parlant de vaches, elles sont maigres désormais, et ­siphonner la caisse fédérale de 650 millions de francs par an pour remplir le fonds routier conduira à des arbitrages douloureux. Par contre, la hausse du prix de l’essence (+4 centimes le litre) qui nous guette dès 2019 au plus tôt paraît indolore. Imparfait, FORTA s’avère au final une potion qui n’a rien de magique, mais qui est un compromis pas trop dur à avaler. SERGE GUMY

 

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