Aux confins du canton de Fribourg


Les extrêmes météorologiques du canton

Quel est l’endroit du canton de Fribourg où il pleut le plus ? Quelle est l'endroit la plus au Sud ? La plus petite commune ? Et celle qui compte le plus de vaches par habitant ? Découvrez autrement le canton de Fribourg

 

Textes, vidéo et réalisation: Jérémy Rico   Photos: Alain Wicht

Fribourg, 8e plus grand canton

Avec ses 1671 km2, le canton de Fribourg se classe 8e sur 26 en termes de superficie. Il représente exactement 4% du territoire suisse, contre 17,2% pour les Grisons (plus grand canton, 7105 km2), et à peine 0,1% pour Bâle-Ville (37 km2).

A vous de jouer!

Avant de commencer votre lecture, testez vos connaissances du territoire fribourgeois: où se trouvent les points les plus extrêmes du canton? Cliquez sur «Play» et devinez les communes les plus au nord, au sud, à l'ouest et à l'est!

Cap au sud

Même si Attalens, sur les pentes du Mont Pèlerin, forme l’extrême sud de la Veveyse et offre presque une vue sur le Lac Léman, c’est bien au fin fond de la Gruyère que se trouve l’endroit le plus méridional du canton de Fribourg, sur le territoire communal de Haut-Intyamon.

C’est aussi, et de loin, celui qui est le plus éloigné de la capitale cantonale: 36,2 km exactement relient les gares de Fribourg et de Montbovon, à vol d’oiseau. En voiture, il faudra compter environ 35 minutes, et un peu plus d’une heure (70 minutes) en train, via Bulle.

Le Lac Léman se mérite

Plus lent pour rallier Montbovon, le train vous sera en revanche très utile pour aller toucher de votre doigt la stèle séparant les deux cantons: tandis que les automobilistes doivent abandonner leurs véhicules bien plus tôt, le train vous amène jusqu’à la gare des Cases, dans la montée du Col de Jaman.

Pour le reste du chemin, vos jambes seront nécessaires. Car admirer le lac Léman depuis le territoire fribourgeois se mérite: il vous faudra soit gravir le col de Jaman, en empiétant quelques mètres sur le sol vaudois pour une vue parfaite, ou alors descendre jusqu’aux Grottes de Naye et au Col Bonaudon, qui forment le point le plus au sud du canton.

La Dent de Jaman, là où l'Intyamon rencontre la Riviera vaudoise

Val-de-Charmey, Grandvillard et Haut-Intyamon: ces trois communes composent la frontière de la Gruyère avec le canton de Vaud. Les deux premières, toutefois, n’ont pas de chemin menant sur sol vaudois. Ce sont les sommets des Préalpes, notamment le Vanil Noir et le Vanil de l’Ecri, qui y forment une barrière naturelle. «Il y a plusieurs fortifications militaires dans cette zone», relève Boris Fringeli, syndic de Haut-Intyamon.

C’est sur «sa» commune, et plus précisément sur le territoire de Montbovon avant la fusion, que se trouve le passage direct vers le Pays de Vaud. Ou plus précisément les deux passages. «Il y a celui emprunté par de nombreux touristes et pendulaires, qui mène vers Château d’Oex et le pays d’Enhaut. Et l’autre, historique, qui est la route du fromage», précise le syndic.

Le col de Jaman était, en effet, emprunté par les fromagers gruériens pour acheminer leur marchandise de l’autre côté des Préalpes, vers Montreux. La Dent du même nom est d’ailleurs bien plus accessible depuis la Riviera vaudoise, puisqu’on peut monter jusqu’au sommet du col en voiture. La zone est très populaire, à la fois pour son panorama mais aussi parce qu’il est possible d’atteindre le sommet de la Dent de Jaman sans être un montagnard confirmé.

La Broye, terre de brouillard ?

C’est l’un des clichés météorologiques les plus tenaces: la Broye est un coin à brouillard. Est-ce pour autant correct ? En 2017, la station MétéoSuisse de Payerne a ainsi enregistré 26 jours de brouillard au total. Davantage qu’ailleurs dans le canton? Difficile à dire. La faute au manque de données dont disposent les météorologues. Car le brouillard est difficile à mesurer à l’aide d’instruments. «On peut constater du brouillard de manière indirecte: là où il y a un taux de 100% d’humidité, il peut y avoir du brouillard, mais nous ne pouvons pas en être certains. On peut aussi le constater sur les images satellites, mais sans savoir si la région est dedans ou en dessous», détaille Olivier Duding.

Ne reste alors qu’une seule manière de certifier la présence de brouillard: le constat au sol par un observateur. Sauf qu’il y a un problème. «Avec l’automatisation et la robotisation, les instruments automatiques remplacent les observateurs au sol, déplore le prévisionniste. Trouver des gens prêts à observer le ciel tous les jours sans exception à heure fixe est aussi de plus en plus difficile. Nous en avons donc de moins en moins.»

Le canton de Fribourg ne dispose ainsi de plus aucun observateur de brouillard depuis 2004. Pour la Broye, seule la station de Payerne accomplit toujours ce travail manuel. Résultat: La région enregistre davantage de brouillard qu’une zone réputée moins brouillardeuse comme Genève (10 jours de brouillard en 2017). Si l’on remonte avant 2004, les chiffres tendent à valider le cliché: de 1992 à 2004, Payerne a toujours enregistré plus de brouillard que la station de Grangeneuve, à l’exception de 1996, année où les deux zones ont terminé à égalité (53 jours).

 

En croisant les données satellites, mesurées par les stations et les observations de Payerne, Olivier Duding valide toutefois définitivement le cliché: la Broye est un coin à brouillard: «Il y a plus de brouillard dans la Broye qu’ailleurs en Suisse romande, parce que les sols y sont plus humides qu’ailleurs. N’oublions pas qu’un lac recouvrait une partie de la région avant la correction des eaux du Jura il y a 150 ans ! Mais il y a d’autres sites du Plateau alémanique comme Aarau ou Kloten qui connaissent un nombre encore plus élevé de jours de brouillard !»

Fait intéressant: de 1981 à 1992, la station de Grangeneuve a enregistré à neuf reprises des années plus brouillardeuses que Payerne. Comment l'expliquer? Le matin, l'agglomération fribourgeoise est parfois recouverte de nuages bas venant de la Sarine. Ceux-ci se dissipent vite. Sauf qu'il suffit que l'observateur de l'époque ait effectué sa mesure à ce moment-là pour comptabiliser toute la journée comme brouillardeuse.

Autre piste: l'urbanisation du centre cantonal a repoussé le brouillard à la campagne, là où les températures, du fait de l'absence de béton, sont moins élevées. «Si la température ne descend plus assez bas, cela devient plus difficile de condenser la vapeur d’eau et le brouillard ne parviendra plus à se former», pointe Olivier Duding, qui voit aussi dans cette hypothèse une explication du recul global du brouillard sur le Plateau.

Le chamois, rouge et très lumineux, émettait des sifflements aigus, presque diaboliques

Dominique Pasquier, conteur

La légende du chamois rouge

Tandis que la frontière cantonale borde la forêt située au-dessus de Lessoc, il est tout de même un alpage fribourgeois installé de l’autre côté du bois, de façon presque surprenante. «Il s’agit du chalet de Sonlomont. Un mètre derrière le chalet, c’est le canton de Vaud», explique Boris Fringeli.

Cette proximité directe a donné vie à une légende bien connue des habitants de la région. C’est le berger et conteur Dominique Pasquier qui s’attèle au récit. «Un Gruérien choisi comme locataire de l’alpage convoité de Sonlomont, qui se trouvait à l’époque à cheval sur le canton de Fribourg et celui de Berne, fut confronté à maintes difficultés: fromage qui tourne, bêtes effrayées… Rien n’allait», narre-t-il. 

Chez les capucins de Bulle

«Les soupçons, poursuit Dominique Pasquier, se sont alors portés sur un chamois solitaire, grand et très lumineux. L’animal, très rouge, émettait des sifflements aigus, presque diaboliques. Diabolique, il l’était aussi pour éviter les balles. Impossible pour les meilleurs chasseurs de la Gruyère de l’abattre!

En désespoir de cause, ceux-ci se sont alors rendus chez les capucins de Bulle, pour faire bénir leurs balles et la poudre. Le miracle se produisit: la bête fut enfin terrassée. Quelle ne fut pas la surprise pour eux, au moment de s’approcher du cadavre: il s’agissait en réalité d’un gros Bernois déguisé en chamois!»

 

La commune qui va changer de canton

Moutier n'a pas l'apanage du changement d'identité cantonale. La petite commune bernoise de Clavaleyres devrait devenir fribourgeoise en unissant sa destinée à Morat le 1er janvier 2021, ajoutant sa cinquantaine d'habitants au canton de Fribourg.

L’accord de fusion entre la petite commune bernoise et le chef-lieu lacois a fait l’objet le 27 juillet 2018 d’une publication dans la Feuille officielle du canton. On peut y lire les principaux points du règlement en 21 articles, signés par les syndics des deux Conseils communaux.

Et les autres extrêmes?

Cap au nord

Si l'envie vous prend, depuis la frontière valdo-fribourgeoise et le Col de Bonaudon, de rallier l'autre extrémité du canton de Fribourg, il vous faudra parcourir très exactement 65 kilomètres pour rallier Fräschels.

C'est en effet cette commune du Lac, non loin du très touristique Papillorama, qui représente le point le plus au nord du canton de Fribourg. Bien loin de la magie des sommets des Préalpes, le passage dans le canton de Berne se fait ici de manière plus discrète: seule la stèle présente au bord de la route cantonale 22 atteste du changement de territoire.

Cap à l'ouest

Contrairement à ce que sa forme allongée pourrait laisser penser, le canton de Fribourg s'inscrit, à ses extrêmités, presque dans un carré: aux 65 km de verticale entre le nord et le sud s'opposent en effet près de 50 km d'horizontale entre Estavayer-le-Lac et Planfayon.

C'est bien sur la commune d'Estavayer que se trouve le point le plus à l'ouest. Et ce depuis... le 1er janvier 2017, date de la fusion de Vuissens avec six autres communes (Bussy, Estavayer-le-Lac, Morens, Murist, Rueyres-les-Près et Vernay) pour former la plus grosse commune et capitale de la Broye fribourgeoise. 

Vuissens, petite enclave fribourgeoise en terres vaudoises, est le point terrestre le plus à l'ouest, éloigné de 48,66 km de Planfayon. La barre des 50 km est franchie si l'on prend en compte le territoire lacustre du canton de Fribourg et donc le point au large du Lac de Neuchâtel.

Cap à l'Est

Terminons notre état des lieux par le point le plus à l'est. Nous y retrouvons les Préalpes, sur la commune de Planfayon. Au-dessus du Lac-Noir pour être précis, d'où le coup d'oeil à 360 degrés vaut également la peine.

Le retraité qui traque les bornes oubliées

Dès le XVIème siècle et jusqu’à la moitié du XXème siècle, plus de 1400 bornes topographiques ont été disséminés le long de la limite entre les cantons de Vaud et de Fribourg. Mais ces petits monuments de pierre, Jean-Pierre Anderegg craint de les voir disparaître à jamais, sacrifiés sur l’autel de la géolocalisation par satellite.

«Aujourd’hui, je dirais qu’il en reste peut-être 400», souffle-t-il, un brin mélancolique. Alors, armé d’un calepin et d’un appareil photo, le géographe et ethnologue s’est mis en tête, pendant presque deux ans, de parcourir la frontière valdo-fribourgeoise – 300 kilomètres tout de même, enclaves comprises – afin d’inventorier ces trésors oubliés.

Il a parcouru le tour du canton

Montbovon, Châtel-Saint-Denis, mais aussi Chiètres et Surpierre, sans oublier Bellegarde ou Estavayer-le-Lac. En 2016, notre journal s'intéressait à François Chappuis, alors âgé de 55 ans, qui se lançait dans douze étapes de trente à soixante kilomètres pour réaliser le tout du canton en courant. Soit 517 km exactement à parcourir pour l'habitant de Dirlaret.

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