La Liberté

05.09.2019

Découverte importante sur la trisomie 21 réalisée à Fribourg

Le résultat des travaux effectués à l'Université de Fribourg offre un espoir de traitement médical pour certains des principaux effets de la trisomie 21 ou syndrome de Down (archives). © KEYSTONE/EPA MTI/BALAZS MOHAI
Le résultat des travaux effectués à l'Université de Fribourg offre un espoir de traitement médical pour certains des principaux effets de la trisomie 21 ou syndrome de Down (archives). © KEYSTONE/EPA MTI/BALAZS MOHAI

ATS

Des chercheurs de l'Université de Fribourg ont élucidé un mécanisme qui contribue à l'altération du métabolisme des personnes atteintes de trisomie 21. Le résultat offre un espoir pour certains des principaux effets du syndrome de Down.

Un excès de sulfure d'hydrogène, provoqué par un gène sur le chromosome 21, semble empoisonner l'organisme des individus concernés, a indiqué jeudi l'Université de Fribourg. L'équipe de chercheurs a étudié des cellules humaines vivantes pour comprendre un mécanisme qui cause le dysfonctionnement des cellules chez les personnes atteintes du syndrome de Down.

Le syndrome de Down touche environ une naissance sur mille. Il est la maladie génétique la plus répandue chez les humains, affectant plus de 5 millions de personnes dans le monde.

Pleine capacité

Les cellules sont empoisonnées par un excès de sulfure d'hydrogène, un gaz utilisé par le corps. "Ce que nous avons fait, c'est étudier les cellules humaines avec et sans syndrome de Down, du point de vue de l'empoisonnement au sulfure d'hydrogène", explique le professeur Csaba Szabo, qui mène l'équipe de recherche, cité dans le communiqué.

"Nous avons montré que les cellules avec Down ont des niveaux élevés de sulfure d'hydrogène, ainsi que de la protéine impliquée dans la production de sulfure codée sur le chromosome 21, et que cela empêche la production normale d’énergie dans les cellules", ajoute Csaba Szabo.

Les chercheurs ont aussi constaté qu'en supprimant la production de sulfure d'hydrogène, les cellules endommagées retrouvaient leur pleine capacité de production d'énergie. "Si nous extrapolons ceci aux neurones, nous pouvons espérer que l'inhibition d'une partie de la production excessive de sulfure d'hydrogène pourrait améliorer la fonction neuronale et cognitive des personnes atteintes par le syndrome de Down."

Gaz toxique

L'idée derrière ces résultats a été avancée pour la première fois en 2003 par le chercheur français Pierre Kamoun. Ce dernier, un spécialiste de la recherche sur la trisomie 21, avait alors avancé que les cellules étaient empoisonnées par l’excès de sulfure d'hydrogène dans tout le corps.

"On pourrait dire que les cellules des personnes atteintes du syndrome de Down nagent dans un gaz toxique", illustre Csaba Szabo. "Cela altère le fonctionnement des cellules en endommageant gravement les mitochondries, ces minuscules organelles qui fournissent l'énergie dans toutes nos cellules."

S'il a fallu du temps pour vérifier l'hypothèse de Pierre Kamoun, c'est parce qu'à l'époque le rôle du sulfure d'hydrogène comme transmetteur gazeux dans l'organisme était peu connu.

"Mais le domaine de la biologie du sulfure d'hydrogène a beaucoup mûri depuis, en partie grâce aux travaux de notre groupe, de sorte que ce n'est plus une hérésie de suggérer que le sulfure a un rôle régulateur dans nos cellules", explique Csaba Szabo.

Il y a eu aussi des améliorations techniques: il est maintenant possible d'étudier le fonctionnement moléculaire des cellules sans les casser, ce qui a beaucoup aidé. L'équipe a pu observer l'expression de l'enzyme, la production de sulfure et son effet dans des cellules humaines vivantes en laboratoire.

Nouvelle voie

Le résultat ouvre une nouvelle voie vers le traitement de certains des principaux effets du syndrome de Down. Sur la base de l’article nouvellement publié, les chercheurs peuvent maintenant préparer des essais cliniques sur la réduction de la production de sulfure d'hydrogène par des médicaments.

Ils connaissent les voies de production du sulfure d'hydrogène, en particulier l'enzyme codée sur le chromosome 21, et comment inhiber son action. "Mais nous devons rester très prudents", avertit le Professeur Szabo. "D’autres pistes ont déjà été trouvées auparavant pour le syndrome de Down, puis on a dû constater que cela n'a pas conduit à des traitements."

A l'heure actuelle, il n'existe aucun traitement et les individus nécessitent une prise en charge spécifique. Mais un traitement n'est pas impossible. Bien qu'il ne soit pas envisageable avec la technologie actuelle de "guérir" la condition en inactivant la troisième copie du chromosome 21 dans chaque cellule, l'effet de la copie supplémentaire peut être atténué.

Cela offrirait la perspective d'une amélioration considérable des conditions de vie des personnes touchées, conclut le communiqué.

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