La Liberté

19.01.2019

Abasourdie et affligée, la Pologne dit adieu au maire de Gdansk

Au milieu, l'urne funéraire du maire de Gdansk, mort lundi à l'hôpital après avoir été poignardé en public la veille, au cours d'une fête pour la clôture d'une opération caritative. © Keystone/EPA PAP/ADAM WARZAWA
Au milieu, l'urne funéraire du maire de Gdansk, mort lundi à l'hôpital après avoir été poignardé en public la veille, au cours d'une fête pour la clôture d'une opération caritative. © Keystone/EPA PAP/ADAM WARZAWA


19.01.2019

Des milliers de Polonais se sont réunis dans la basilique de Gdansk samedi pour un dernier hommage ému au maire de la ville assassiné. Des cérémonies d'adieu dans tout le pays ont été diffusées en direct par les principales chaînes de télévision nationales.

"C'est comme si un membre de la famille nous avait quitté", a dit Rafal Jankowski, un habitant de Gdansk d'une trentaine d'année, devant la basilique Notre-Dame où la messe de funérailles a été célébrée et qui devient le dernier lieu de repos de Pawel Adamowicz.

"C'est une journée triste pour nous les habitants de Gdansk. On a le sentiment d'avoir perdu quelqu'un de très proche, un père", déclare un autre habitant. "J'ai 24 ans, et le président était au pouvoir toute ma vie. C'est une grande perte pour moi. Chaque année, on voyait des changements dans la ville, des investissements, des routes, des galeries marchandes, des institutions de culture. C'est entre autres grâce à lui. C'est mon devoir d'être ici".

Quelque 3500 personnes, dont tous les présidents successifs de la Pologne indépendante, le premier ministre Mateusz Morawiecki, le prix Nobel de la Paix Lech Walesa, ont participé aux cérémonies funéraires dans la basilique de Gdansk. Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, ami de longue date de Pawel Adamowicz, a pris part aux cérémonies dès vendredi soir, ainsi qu'une centaine de maires de villes polonaises et étrangères.

Des écrans géants ont été disposés dans différents endroits de la ville pour permettre de suivre la cérémonie. Des photos du maire défunt sont exposées dans d'innombrables vitrines de magasins, cafés et restaurants. Les sapeurs-pompiers de Pologne ont été appelés a activer leurs sirènes à midi, en signe d'hommage au maire assassiné. Il est mort lundi à l'hôpital après avoir été poignardé en public la veille, au cours d'une fête pour la clôture d'une opération caritative.

Discours de haine accusé

Très populaire à Gdansk, Pawel Adamowicz, 53 ans, dirigeait avec succès cette ancienne ville hanséatique depuis 20 ans. Lors des dernières élections municipales à l'automne 2018, il a obtenu le soutien d'environ 65% des habitants. Pour de nombreux Polonais, le véritable responsable de sa mort reste non le criminel, apparemment déséquilibré qui l'a poignardé en l'accusant d'être indirectement responsable de son long séjour en prison, mais le discours de haine qui polarise la classe politique et la société polonaise.

"C'est la haine qui a tué Pawel. Une haine folle, bien organisée. Une haine dirigée contre un homme qui, avec des milliers d'habitants de Gdansk, construisait cette grande, libre et fière cité", a déclaré lors d'un discours au Parlement Grzegorz Schetyna, président de la Plate-forme civique (PO, opposition), parti dont M. Adamowicz avait été membre dans le passé.

Une vive hostilité persistante entre le parti conservateur au pouvoir Droit et Justice (PiS) et l'opposition centriste emmenée par la PO a transformé au cours des dernières années le débat public en Pologne en un échange d'accusations mutuelles, d'invectives, de menaces, trouvant son prolongement, encore plus large et plus cru, sur internet. La passivité de l'Etat face au discours de haine est aujourd'hui largement dénoncée par les médias.

Ceux-ci invoquent des ressemblances entre le crime de Gdansk et l'assassinat en 1922 par un nationaliste fanatique, dans un climat de haine, de Gabriel Narutowicz, premier président de la République de Pologne. Ce n'est qu'après la mort de M. Adamowicz que la police a interpellé plusieurs internautes qui menaçaient de mort d'autres personnalités politiques, le plus souvent des libéraux.

ats, afp

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