La Liberté

21.08.2018

Créationnisme ou complotisme: même combat, selon une étude

Les théories conspirationnistes ont envahi internet et les réseaux sociaux en particulier après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Ici, la commémoration "Tribute in Light" au-dessus de Manhattan en 2006 (archives). © KEYSTONE/AP/PETER MORGAN
Les théories conspirationnistes ont envahi internet et les réseaux sociaux en particulier après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Ici, la commémoration "Tribute in Light" au-dessus de Manhattan en 2006 (archives). © KEYSTONE/AP/PETER MORGAN


21.08.2018

Les adeptes du créationnisme et du complotisme souffrent du même biais cognitif, le biais téléologique. C'est ce qu'indique une étude de chercheurs suisses et français publiés dans la revue Current Biology.

On entend fréquemment dire que "rien n'arrive par hasard" ou que tel événement "devait arriver". C'est ce que les spécialistes appellent pensée téléologique, a indiqué l'Université de Fribourg dans un communiqué.

Elle se traduit par l’acceptation de propositions comme "le soleil se lève pour nous apporter de la lumière" ou "le but des abeilles est d'assurer la pollinisation des fleurs". Cette erreur de raisonnement avait déjà été raillée par Voltaire, dont le personnage Pangloss affirmait que les nez étaient faits pour porter des lunettes.

Avec des confrères des universités de Rennes et Paris-Saint-Denis, les psychologues fribourgeois se sont penchés sur deux sortes de croyances qui semblent n'avoir rien en commun: le créationnisme - croire que la vie sur terre a été créée dans un but bien précis par un agent surnaturel - et le complotisme - la tendance à expliquer les événements historiques ou contemporains par l'action secrète de groupes d'individus puissants.

Les créationnistes comme les complotistes imaginent l'existence d'intentions toutes-puissantes derrière les choses, de buts cachés expliquant le déroulement des événements. Les deux tendent à rejeter les autorités épistémiques, telles que la science ou les experts, et politiques, gouvernements ou médias "officiels".

Une enquête transfrontalière

Afin d'y voir plus clair, les chercheurs franco-suisses ont d'abord interrogé environ 150 étudiants universitaires en Suisse. Ceux-ci devaient répondre à un questionnaire incluant des affirmations téléologiques et complotistes. Y figuraient également des mesures de la pensée analytique et des convictions magiques ou ésotériques, de même que des tâches associées à la perception du hasard.

Les données de l'enquête ont montré qu'attribuer une fonction et du sens à des phénomènes naturels était liée, de façon modérée mais significative, à la propension à croire aux théories du complot.

Dans un deuxième temps, à partir des données d'une vaste enquête sur un échantillon représentatif de la population en France, les chercheurs ont pu également trouver une forte association entre les croyances conspirationnistes et créationnistes.

De façon détaillée, dans un troisième questionnaire en ligne, ils ont recruté plus de 700 personnes sur les réseaux sociaux pour confirmer que ces liens entre pensée téléologique, créationnisme et complotisme étaient bien répliqués. Ils ont pu montrer qu'ils sont en partie indépendants d'autres variables comme la religion, l'âge, l'orientation politique, la pensée analytique et le niveau d'éducation.

Chez les enfants

Les auteurs soulignent que la pensée téléologique est une composante de la cognition des enfants. Elle ne peut être combattue qu'avec difficulté par l'éducation, même chez les adultes et parfois chez les scientifiques eux-mêmes. Il est donc plausible de voir cette forme de pensée comme un biais cognitif favorisant la production et l'adhésion à des idées créationnistes et complotistes.

Les résultats de cette recherche peuvent avoir des implications importantes pour l'enseignement des sciences, ainsi que pour le développement de l'esprit critique. Ils pourraient aider à mettre en place des politiques luttant contre les idées fausses parfois dangereuses qui inondent actuellement les réseaux sociaux et internet, conclut l'Université de Fribourg.

ats

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