La Liberté

08.04.2021

Engraisser des veaux avec moins d'antibiotiques, c'est possible

Igloo de groupe: après la phase de quarantaine, les veaux sont engraissés en petits groupes de dix en plein air. © PNR 72/Peter Mosimann
Igloo de groupe: après la phase de quarantaine, les veaux sont engraissés en petits groupes de dix en plein air. © PNR 72/Peter Mosimann
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08.04.2021

Quelques mesures simples peuvent permettre aux agriculteurs d'engraisser les veaux avec moins d'antibiotiques, sans perte de compétitivité. C'est ce que montre une étude menée dans le cadre d'un essai pratique unique en Suisse.

L’engraissement des veaux requiert de grandes quantités d’antibiotiques, même si le secteur a pu réduire leur utilisation au cours des années passées. De nombreuses exploitations hésitent toutefois à prendre des mesures supplémentaires dont l’impact sur la rentabilité n’est souvent pas clairement établi, a indiqué jeudi le Fonds national suisse (FNS) dans un communiqué.

Pour ce projet baptisé "veau en plein air", une équipe emmenée par Mireille Meylan, de la Faculté Vetsuisse de l’Université de Berne, a commencé par analyser les raisons qui rendent nécessaire le recours aux antibiotiques. L’attention s’est portée avant tout sur les pneumonies, fréquentes à l’engraissement.

"Les agents pathogènes se propagent souvent très rapidement parce que les veaux sont mêlés à d’autres lors du transport depuis la ferme où ils sont nés jusqu’à l’exploitation d’engraissement, où ils rejoignent des groupes encore plus grands", indique Mireille Meylan, citée dans le communiqué.

Dans la nouvelle approche, les éleveurs n’achètent des veaux que dans des fermes situées à proximité et les transportent directement afin d’éviter qu’ils n'entrent en contact avec des animaux issus de différentes exploitations. Pendant les premières semaines, les animaux se tiennent dans des igloos individuels à l’air libre et sont vaccinés contre les pneumonies.

C’est seulement après cette quarantaine qu’ils sont réunis en petits groupes de dix au maximum et ils passent sous cette forme le reste de leur période d’engraissement, qui s’élève en moyenne à quatre mois. Ils restent toujours dehors où ils disposent d’un igloo collectif et d’un enclos abondamment paillé et couvert.

Animaux en meilleure santé

La méthode a été testée dans dix-neuf exploitations d'engraissement situées dans les cantons de Berne, Fribourg, Lucerne, Argovie et Soleure durant douze mois. Les scientifiques se sont rendus au moins une fois par mois dans chacune de ces fermes, consignant l’état de santé et le bien-être des veaux à chaque visite.

Ils ont fait de même dans dix-neuf exploitations de contrôle situées dans la même région qui produisent suivant les prescriptions d’IP-SUISSE, un label aux exigences élevées en matière de bien-être animal.

"Nous avons ainsi obtenu une comparaison directe entre les méthodes", déclare le vétérinaire Jens Becker qui a réalisé la plupart des examens de santé. Il est apparu que les "veaux en plein air" non seulement souffraient moins d’affections des voies respiratoires et de l’appareil digestif, mais aussi qu’ils mouraient plus rarement prématurément.

Cinq fois moins d’antibiotiques

Si un veau sur deux a dû recevoir des antibiotiques au cours de sa vie dans les exploitations servant de comparaison, seul un sur six en a eu besoin parmi les "veaux en plein air". La différence était encore plus flagrante pour le temps total de traitement: cinq fois moins de jours de traitement ont été enregistrés.

L’équipe a également examiné le projet sous l’angle économique. Malgré de petites différences, les deux variantes ont révélé que l’engraissement d’après la méthode "veau en plein air" équivaut dans une large mesure à l’engraissement labellisé IP-SUISSE d’un point de vue économique.

"Ce n’est pas étonnant", déclare Ueli Straub d’AGRIDEA, de la centrale de vulgarisation agricole des services cantonaux, qui a participé à ce pan de l’étude. "Le fourrage et le prix d’achat de l'animal représentent 90 pour cent des coûts variables pour un veau d’engraissement". Les autres facteurs ne pèsent donc pas lourd dans la balance.

Ce projet a été soutenu par le FNS dans le cadre du Programme national de recherche "Résistance aux antimicrobiens" (PNR 72) et par IP-SUISSE, la Fédération des coopératives Migros et l'Office fédéral de l'agriculture. Les résultats sont publiés dans la revue Preventive Veterinary Medicine.

ats

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