La Liberté

17.05.2021

Extinction Rebellion: procès de 15 activistes à Neuchâtel

Un important effectif de la police neuchâteloise avait encadré l'action des activistes (archives). © KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT
Un important effectif de la police neuchâteloise avait encadré l'action des activistes (archives). © KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT
Un important effectif de la police neuchâteloise avait encadré l'action des activistes (archives). © KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT
Un important effectif de la police neuchâteloise avait encadré l'action des activistes (archives). © KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT
Les activistes d'Extinction Rebellion manifestent régulièrement, comme ce fut le cas le 8 mai à Lausanne (archives). © KEYSTONE/LAURENT GILLIERON
Les activistes d'Extinction Rebellion manifestent régulièrement, comme ce fut le cas le 8 mai à Lausanne (archives). © KEYSTONE/LAURENT GILLIERON
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17.05.2021

Les 15 activistes d'Extinction Rebellion, qui ont bloqué le 5 mars 2020 pendant 75 minutes une des routes principales de Neuchâtel, ont été entendus lundi par le Tribunal de police. Les manifestants étaient convaincus que leur action était tolérée par la police.

"La police a fait une erreur. Face à des manifestants non violents et pacifiques, elle a privilégié le dialogue, c'est une bonne chose, mais à aucun moment, elle n'a effectué de sommation ou ne leur a donné l'ordre de se disperser pour éviter des conséquences pénales", a déclaré Me Michel Bise, un deux avocats des activistes.

"Aucun prévenu n'a entendu d'un policier que cette manifestation était illégale", a ajouté Me Michel Bise. "L'ensemble des manifestants peuvent se prévaloir du principe de la bonne foi et de la confiance".

L'avocat a rappelé que les infractions ne sont pas forcément dénoncées. "Il y a eu en Suisse d'autres actions de désobéissance civile, qui ont abouti à un classement en vertu du principe d'opportunité des poursuites", a expliqué Michel Bise.

Pas de plainte pénale

L'entrave à la circulation a été minime. Aucune plainte pénale n'a été déposée, même pas par TransN (ndlr: l'exploitant des lignes de bus), a ajouté l'avocat de la défense, qui demande l'acquittement.

L'autre avocat des prévenus, Benoît Fracheboud, a fait valoir l'état de nécessité, en raison de l'urgence climatique, et a évoqué la liberté de manifester, protégée par la Constitution neuchâteloise et la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). "La condamnation n'est pas justifiée" quand il y a "des perturbations minimes", a ajouté l'avocat, en se référant à la CEDH.

Selon Me Benoît Fracheboud, "l'amende est donc disproportionnée". Le Ministère public a répondu qu'il a tenu compte de la motivation "compréhensible et louable" des manifestants dans la fixation de l'amende". Les manifestants se sont opposés à l'amende qui se monte à 300 francs.

La police a adopté une tactique de désescalade pour que cela ne dégénère pas. "Temporiser et dialoguer, qui est tout à l'honneur de la police neuchâteloise, ne rend en rien une manifestation licite", a ajouté le procureur Marc Rémy.

Etat de nécessité ?

Ce dernier a rappelé que ce n'est pas la police qui donne des autorisations pour manifester. "Si toutes les manifestations tolérées étaient légales, cela ne servirait plus à rien de demander des autorisations", a expliqué Marc Rémy.

Pour le procureur, les manifestants ne peuvent pas se prévaloir non plus du droit de nécessité, soit quand un acte punissable est commis lors d'un danger imminent. "Les préoccupations importantes" des prévenus réclament des actions de l'Etat et d'autres moyens "existent pour faire bouger les choses".

"Les manifestants se sont trompés de cible. Ils ont bloqué des gens qui ne pouvaient pas grand-chose et cela n'aura pas d'incidence sur le réchauffement climatique", a précisé Marc Rémy, en ajoutant que le Tribunal fédéral avait déjà estimé que les actions qui perturbent le trafic routier ne sont pas acceptables.

Lors de l'audience, une témoin, qui avait participé à l'action, a déclaré que la police était plus nombreuse que les manifestants et "que si elle avait voulu nous déloger, elle aurait pu le faire en cinq minutes". Sur place, il y avait 33 policiers et dix agents de sécurité urbaine, chargés de gérer la circulation, a relevé Thierry Geiser, qui était un des responsables du côté de la police.

Comme les manifestants s'étaient engagés à libérer les lieux pacifiquement à la fin de l'action, dont la durée a été mentionnée sur Facebook, la police a estimé qu'il "était primordial de laisser les manifestants s'exprimer, de sécuriser les lieux et de maintenir le dialogue", a ajouté Thierry Geiser.

Le juge Michael Ecklin n'a pas jugé nécessaire de faire témoigner la professeure Martine Rebetez sur l'urgence climatique. "C'est un fait notoire, une évidence", a-t-il expliqué.

Désobéissance civile

Les prévenus ont toutefois rappelé le sens de leur action, qui est d'alerter la population "à la situation climatique catastrophique". Selon eux, il y a une explosion des émissions de carbone, les trois quarts des écosystèmes terrestres sont détruits, ce qui met en danger la survie des insectes et par là-même celles des plantes, dont sept sur huit dépendent d'eux.

Un prévenu a rappelé que "la désobéissance civile est une étape pour mobiliser les gens et faire avancer les lois". Selon lui, c'est "un acte nécessaire". Une des prévenues a déclaré que si une condamnation est prononcée par le tribunal, "la planète est condamnée".

Le verdict sera rendu le 11 juin à 09h00. Durant toute la journée, des sympathisants de la cause sont venus soutenir les manifestants. A l'issue de l'audience, ils ont été applaudis et accueillis par une "chorale révolutionnaire".

ats

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