La Liberté

12.06.2019

France: "acte II du quinquennat" placé sous le signe de l'"urgence"

Edouard Philippe s'est engagé à ce que les douze prochains mois "soient ceux de l'accélération écologique". © KEYSTONE/EPA/CHRISTOPHE PETIT TESSON
Edouard Philippe s'est engagé à ce que les douze prochains mois "soient ceux de l'accélération écologique". © KEYSTONE/EPA/CHRISTOPHE PETIT TESSON


12.06.2019

Fiscalité, écologie, immigration, social... Pour sa deuxième déclaration de politique générale, le Premier ministre Edouard Philippe a détaillé mercredi "l'acte II du quinquennat", qu'il a placé sous le signe de "l'urgence".

"Voilà deux ans maintenant que nous gouvernons et il y a toujours urgence", a commencé le chef du gouvernement devant l'Assemblée nationale, avant de préciser durant plus d'une heure les projets gouvernementaux, sur le fond comme sur le calendrier.

Après sept mois marqués par l'enchaînement de la crise des "gilets jaunes", du grand débat national et des élections européennes, il a promis "un profond changement de méthode", qui sera aussi "un changement de ton", mais avec de la "constance" et de la "cohérence".

Accélération écologique

Attendu sur le thème de l'écologie après les promesses vertes de l'exécutif et la percée écologiste aux européennes, le Premier ministre s'est engagé à ce que les douze prochains mois "soient ceux de l'accélération écologique".

Le projet de loi contre le gaspillage préparé par la secrétaire d'Etat Brune Poirson aura rang de "priorité" et arrivera en septembre à l'Assemblée nationale. L'exécutif, qui veut s'attaquer avec plus d'efficacité à la rénovation thermique des logements, s'engage aussi à traduire en projets de loi des mesures proposées par la nouvelle "convention citoyenne" et envisage d'en soumettre "les plus puissantes" à référendum.

Sur les sujets sociaux, Edouard Philippe a confirmé un "bonus-malus" en matière d'assurance-chômage, mais limité aux 5 à 10 secteurs utilisant le plus de contrats courts. En matière de retraites, l'âge légal sera maintenu à 62 ans, mais un "âge d'équilibre" sera défini en dessous duquel s'appliquera une décote et au delà une surcote pour les pensions.

Baisse fiscale

En matière fiscale, la baisse de cinq milliards d'euros de l'impôt sur le revenu consistera à ramener de 14% à 11% le taux de la première tranche, qui concerne une grande majorité des ménages imposables. Soit une baisse de 350 euros en moyenne pour les contribuables situés dans cette première tranche, et 180 euros pour les autres. Au total, les impôts des ménages auront baissé de 27 milliards d'euros sur l'ensemble du quinquennat, selon le gouvernement.

Pour répondre à l'embouteillage parlementaire, c'est le projet de loi bioéthique, qui inclut la promesse d'Emmanuel Macron d'une procréation médicalement assistée (PMA) étendue à toutes les femmes, qui l'a emporté au détriment de la révision constitutionnelle.

Le texte sur la bioéthique échappe à un nouveau report, et sera examiné "dès la fin septembre" 2019 à l'Assemblée. En revanche, le Premier ministre a ouvert la porte à un report de la révision constitutionnelle après les sénatoriales de septembre 2020, alors que son retour au Parlement était attendu dès l'été 2019.

"Nous ne mobiliserons pas du temps parlementaire pour, in fine, constater le désaccord du Sénat", a argué le chef du gouvernement, qui veut désormais attendre "le moment propice".

Débat sur l'immigration

Autre annonce: le débat annuel au Parlement annoncé par Emmanuel Macron sur le sujet explosif de l'immigration aura lieu pour la première fois "en septembre".

"Je suis inénervable", a plaisanté l'ancien maire du Havre en réponse au brouhaha venu des bancs de l'opposition, avant de lancer un appel contre "l'arrogance, l'agressivité, la caricature" valant pour toute la classe politique.

Après son intervention, les responsables des différents groupes parlementaires ont commencé à prendre la parole, avant une réponse du Premier ministre et un vote de confiance, conséquence de l'engagement de responsabilité.

Risque théorique

Huitième Premier ministre depuis 1958 à faire au moins deux "DPG" dans le même quinquennat, le chef du gouvernement n'affronte un risque de démission que purement théorique compte tenu de la prééminence du groupe La République en marche, associé au MoDem (plus de 350 députés sur 577).

Quasi certitude, l'ex-LR ne fera pas mieux que le 4 juillet 2017: après le triomphe des marcheurs aux législatives, il avait reçu la confiance par 370 voix contre 67, et un nombre record de 129 abstentions. Soit la plus faible opposition sur un vote de politique générale depuis Michel Debré en 1959.

Une large majorité de la petite centaine de députés LR - principal groupe d'opposition dont les trois quarts s'étaient abstenus en juillet 2017 - ainsi que l'ensemble de la gauche devraient voter contre mercredi, ont fait savoir les responsables de groupe.

Fait rare - et même une première avec un Sénat contrôlé par l'opposition - la déclaration du Premier ministre jeudi matin devant les sénateurs sera également suivie d'un vote.

ats, afp

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