La Liberté

21.03.2019

L'ex-président brésilien Michel Temer arrêté dans une enquête anticorruption

Michel Temer avait quitté le pouvoir à la fin 2018 après deux ans et demi de mandat. Il fait l'objet de diverses enquêtes pour corruption (archives). © Keystone/EPA EFE/JOEDSON ALVES
Michel Temer avait quitté le pouvoir à la fin 2018 après deux ans et demi de mandat. Il fait l'objet de diverses enquêtes pour corruption (archives). © Keystone/EPA EFE/JOEDSON ALVES


21.03.2019

L'ancien président brésilien Michel Temer a été arrêté jeudi à Sao Paulo. Moins de trois mois après avoir quitté le pouvoir, il tombe ainsi lui aussi dans les filets de la tentaculaire enquête anticorruption Lava Jato (Lavage Express).

"Il a été arrêté à Sao Paulo", a indiqué un porte-parole du parquet de Rio de Janeiro, confirmant des informations des médias brésiliens, qui ont fait l'effet d'une bombe dans le pays. Michel Temer est le deuxième président du Brésil pris dans les filets de l'enquête Lavage Express, après l'ancien président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva. Condamné à deux peines de plus de 12 ans de prison chacune pour corruption et blanchiment d'argent, Lula est derrière les barreaux depuis près d'un an.

Michel Temer, 78 ans, qui a quitté le pouvoir à la fin 2018 après près de deux ans et demi de mandat, fait l'objet au total d'une dizaine d'enquêtes pour corruption. Il devrait être rapidement transféré vers Rio de Janeiro pour une période de prison préventive, a indiqué la télévision Globonews.

Il est soupçonné d'être "le chef d'une organisation criminelle" qui négociait des pots-de-vin sur des contrats de construction dans la centrale nucléaire d'Angra 3, a annoncé jeudi le parquet. Il a été arrêté dans la matinée dans le cadre d'une opération anticorruption baptisée "radioactivité" qui enquête sur "des détournements de fonds et des versements illicites" pour "une organisation criminelle dirigée par (lui)", a précisé le parquet dans un communiqué.

M. Temer était arrivé au pouvoir en août 2016 un peu par accident, après la destitution brutale de la présidente de gauche Dilma Rousseff - pour maquillage des comptes publics - dont il était le vice-président de centre-droit.

Avalanche de scandales

Il a été notamment accusé d'avoir reçu des pots-de-vin sur la base d'un enregistrement clandestin, d'irrégularités financières dans la campagne menée en 2014 aux côtés de Mme Rousseff et de malversations dans des concessions portuaires à Santos, le plus grand port du Brésil. Vieux renard de la politique et cacique du PMDB devenu MDB, M. Temer a pu paraître inoxydable tant qu'il était au pouvoir, réussissant à deux reprises à écarter la menace d'une destitution.

Il s'était accroché au pouvoir en consacrant toute son énergie à des tractations avec ses alliés politiques pour sauver son mandat, assurant qu'il ne démissionnerait pas. M. Temer avait été tenté brièvement par une candidature à sa propre succession à la présidentielle d'octobre dernier, mais avait renoncé face à son niveau d'impopularité, tombé à 7%, un record historique de désaffection.

Il avait cédé les clés du palais du Planalto le 1er janvier dernier à Jair Bolsonaro, après un court mandat paralysé par l'inaction, plombé par la récession économique, mais surtout entaché par une avalanche de scandales de corruption. M. Bolsonaro, qui a été élu notamment grâce à son image de "Monsieur propre", a fait de la lutte anticorruption l'un des grands axes de sa politique, dans un pays plombé par les affaires depuis des décennies.

La tentaculaire enquête Lavage express, lancée il y a exactement cinq ans, a mis au jour le plus grand scandale de corruption de l'histoire du Brésil, autour de contrats du groupe public pétrolier Petrobras et avec des grands groupes du BTP. Elle a conduit derrière les barreaux de très nombreux responsables politiques de tous bords et des chefs d'entreprises de premier plan.

Au total, des peines de 2242 années de prison ont été prononcées avec 155 condamnations dans le cadre de Lavage express, qui a étendu ses ramifications dans toute l'Amérique latine.

ats, afp

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