La Liberté

06.08.2018

L'Iran juge insensé des négociations à l'ombre des sanctions

Avant que ne débutent les sanctions américaines et ne tombent leurs répercussions sur l'économie iranienne, nombreux sont ceux à se tourner vers l'achat d'or pour préserver leurs économies, rapportent les médias locaux. © KEYSTONE/EPA/ABEDIN TAHERKENAREH
Avant que ne débutent les sanctions américaines et ne tombent leurs répercussions sur l'économie iranienne, nombreux sont ceux à se tourner vers l'achat d'or pour préserver leurs économies, rapportent les médias locaux. © KEYSTONE/EPA/ABEDIN TAHERKENAREH
La pression semble s'accentuer à la veille du rétablissement des sanctions économiques, décidé par Donald Trump après le retrait unilatéral de Washington de l'accord historique sur le nucléaire conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances (archives). © KEYSTONE/DPA/PAUL ZINKEN
La pression semble s'accentuer à la veille du rétablissement des sanctions économiques, décidé par Donald Trump après le retrait unilatéral de Washington de l'accord historique sur le nucléaire conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances (archives). © KEYSTONE/DPA/PAUL ZINKEN
Dans un discours télévisé, le président iranien Hassan Rohani accuse les Etats-Unis de mener une guerre psychologique contre son pays. La première vague de sanctions américaines doit entrer en vigueur mardi. © KEYSTONE/EPA PRESIDENTIAL OFFICE/PRESIDENTIAL OFFICE HANDOUT
Dans un discours télévisé, le président iranien Hassan Rohani accuse les Etats-Unis de mener une guerre psychologique contre son pays. La première vague de sanctions américaines doit entrer en vigueur mardi. © KEYSTONE/EPA PRESIDENTIAL OFFICE/PRESIDENTIAL OFFICE HANDOUT


06.08.2018

Le président iranien Hassan Rohani, isolé et en difficulté, a jugé "insensé" lundi des négociations avec les Etats-Unis qui s'apprêtent dans le même temps à rétablir des sanctions susceptibles d'aggraver les difficultés économiques de son pays.

Dans un entretien télévisé à quelques heures du rétablissement de sévères sanctions américaines contre l'Iran, M. Rohani a accusé Washington de "vouloir lancer une guerre psychologique contre la nation iranienne et provoquer des dissensions" parmi les Iraniens.

Il s'agit de la première réaction de M. Rohani aux appels à négocier lancés par le président américain Donald Trump, qui a néanmoins de nouveau averti l'Iran lundi.

"Le régime iranien est confronté à un choix", a-t-il dit dans un communiqué. "Soit il change son attitude menaçante et déstabilisatrice, et il pourra retourner dans le giron de l'économie mondiale, soit il continue sur la route de l'isolement économique".

Trump se dit ouvert

Mais M. Trump a aussi souligné qu'il restait "ouvert" à un "accord plus global qui concernerait l'ensemble de ses activités néfastes, y compris son programme balistique et son soutien au terrorisme".

Le rétablissement des sanctions économiques a été décidé après le retrait unilatéral des Etats-Unis de l'accord historique sur le nucléaire, conclu en 2015 entre l'Iran et les grandes puissances. M. Trump critique fortement cet accord alors que les Iraniens le défendent bec et ongles.

"Si vous êtes un ennemi et que vous poignardez quelqu'un avec un couteau, et qu'ensuite vous dites que vous voulez des négociations, la première chose à faire c'est d'enlever le couteau", a dit M. Rohani.

Il a précisé que son pays "avait toujours fait bon accueil à des négociations", mais que les Etats-Unis devaient d'abord prouver leur bonne foi.

"Dignes de confiance"?

"Comment peuvent-ils montrer qu'ils sont dignes de confiance? En revenant au JCPOA", a-t-il indiqué, en référence à l'accord nucléaire.

Conclu après des années de difficiles négociations entre l'Iran d'une part, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine, l'Allemagne et l'Union européenne de l'autre, l'accord vise à garantir le caractère strictement pacifique du programme nucléaire iranien en le soumettant à une surveillance draconienne.

En échange, il prévoyait la levée progressive des sanctions qui avaient asphyxié l'économie iranienne et isolé le pays. Dans son dernier rapport en mai, l'Agence internationale de l'énergie atomique avait attesté que l'Iran continuait de respecter ses engagements.

Mais M. Trump, qui a adopté une attitude très hostile envers l'Iran depuis son arrivée au pouvoir, veut "intensifier la pression sur Téhéran pour qu'il change de comportement". Il reproche entre autres à ce pays son soutien au président syrien Bachar al-Assad, aux rebelles au Yémen ou encore au Hamas à Gaza et au Hezbollah libanais.

Sanctions imminentes

La première vague de sanctions américaines, qui prend effet mardi à 04H01 GMT, comprend des blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l'aviation commerciale. Elle sera suivie, en novembre, de mesures affectant le secteur pétrolier et gazier ainsi que la Banque centrale.

Ces sanctions risquent de lourdement peser sur une économie iranienne à la peine, qui souffre d'un taux de chômage élevé et d'une nette inflation. Le rial iranien a plongé, perdant près des deux tiers de sa valeur en six mois.

Mesures anticorruption

La semaine dernière, plusieurs villes iraniennes ont été le théâtre de manifestations sporadiques et de grèves, fruits du mécontentement face à la situation économique détériorée, à la classe politique mais aussi au manque d'eau causé par la sécheresse.

Devant la chute de la monnaie nationale et la contestation sociale, le gouvernement de M. Rohani a annoncé un assouplissement des mesures encadrant le taux de change du rial. Les bureaux de change, fermés en avril, devraient notamment être rouverts, même si leur activité sera strictement surveillée.

Des responsables accusés de corruption et de spéculation ont en outre été arrêtés.

M. Rohani, qui avait tout misé sur l'accord nucléaire, a aujourd'hui bien du mal à défendre sa politique et voit ses soutiens s'étioler, selon des experts. Mais, l'ayatollah Ali Khamenei, premier personnage de l'Etat et ultime décideur dans les dossiers sensibles, ne voudrait pas qu'il échoue dans sa tentative de modifier sa politique, disent-ils.

L'Union européenne a, elle, regretté le rétablissement des sanctions et confirmé sa "détermination à protéger les opérateurs économiques européens engagés dans des affaires légitimes avec l'Iran". Une législation spécifique en ce sens entrera en vigueur mardi.

En Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont le pays est considéré comme le seul détenteur de l'arme nucléaire au Proche-Orient, a "félicité" M. Trump pour le rétablissement des sanctions. "Cela symbolise une détermination à freiner l'agression régionale de l'Iran, et son intention de se doter de l'arme nucléaire".

ats, afp

UNE LIBERTÉ ABSOLUE!
UNE LIBERTÉ ABSOLUE!

Toute l’actualité de La Liberté sur vos supports numériques dès Fr. 9.- /mois !

Articles les plus lus
Dans la même rubrique
Les perles de nos archives

Chaque semaine, notre rédaction met en valeur une thématique à travers le prisme des 147 ans d'histoire de «La Liberté».

La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
Tél: +41 26 426 44 11 / Fax: +41 26 426 44 00