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L'OSCE réunie à Skopje, entre boycotts et vitupérations russes

La présence de Sergueï Lavrov fait grincer des dents. © KEYSTONE/EPA/GEORGI LICOVSKI
La présence de Sergueï Lavrov fait grincer des dents. © KEYSTONE/EPA/GEORGI LICOVSKI
La présence de Sergueï Lavrov fait grincer des dents. © KEYSTONE/EPA/GEORGI LICOVSKI
La présence de Sergueï Lavrov fait grincer des dents. © KEYSTONE/EPA/GEORGI LICOVSKI


Publié le 30.11.2023


L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est réunie depuis jeudi à Skopje pour son Conseil annuel, l'occasion pour quasi tous ses membres de critiquer Moscou. Le chef de la diplomatie russe a lui fustigé une organisation au bord du précipice.

Le ton a été donné dès l'ouverture par le président en exercice, le ministre des Affaires étrangères de Macédoine du Nord, Bujar Osmani: "la guerre d'agression de la Russie contre l'Ukraine est une insulte" aux valeurs de l'OSCE, a-t-il dit, elle "sape la confiance, le dialogue et notre capacité à agir".

L'invasion russe est un affront "au droit international et aux principes sur lesquels repose cette organisation. J'ajoute ma voix à celle de mes collègues qui appellent la Russie à mettre un terme à ses violations des principes fondamentaux de l'organisation. Je ne suis pas sûr qu'ils soient encore disposés à écouter", a abondé le représentant américain, James O'Brien.

Pendant plus de deux heures, les discours ont quasiment tous condamné l'invasion russe et la guerre qui fait rage en Ukraine.

Sergueï Lavrov "a besoin d'entendre de tout le monde, à nouveau, pourquoi la Russie est condamnée et isolée. Ce sera pour lui une bonne occasion d'écouter les participants à cette réunion lui dire pourquoi la Russie est condamnée et isolée.

Il pourra alors rapporter au maître du Kremlin que l'Union européenne et l'OSCE restent unies pour déplorer le comportement agressif et illégal de la Russie", avait estimé mercredi soir le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell.

Mais le ministre russe des Affaire étrangères n'aura pas tout entendu - il n'a pas assisté à tous les discours de ses homologues, et a quitté la salle dès la fin du sien.

"Un appendice de l'OTAN"

Il y a accusé l'OSCE de devenir "un appendice de l'OTAN" avant de proposer de l'enterrer. "Reconnaissons-le, l'organisation est au bord du précipice et cette question se pose: cela a-t-il encore un sens d'investir pour la revitaliser", a-t-il lancé.

"La situation actuelle est une conséquence directe des tentatives insistantes de nos voisins occidentaux d'assurer leur domination en utilisant sans aucune gêne l'OSCE pour promouvoir de manière agressive leurs intérêts", a ajouté le diplomate.

L'Organisation, créée en 1975 comme un forum de dialogue entre Est et Ouest traverse en effet depuis février 2022 la plus grave crise de son histoire.

A la demande de l'OSCE, le ministre des Affaires étrangères autrichien Alexander Schallenberg a néanmoins échangé avec Sergueï Lavrov. Ils ont évoqué le recrutement pour les postes de direction de l'OSCE, a expliqué Vienne dans un communiqué.

Pour dénoncer la présence russe, l'Estonie, la Lituanie et la Lettonie ont décidé de boycotter le sommet. "La place de M. Lavrov est dans un tribunal spécial, pas à la table de l'OSCE", a tranché le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna.

Kiev boycotte aussi la réunion, fustigeant la venue "d'un Etat qui a déclenché la plus grande agression armée en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale". Et la Pologne, qui avait refusé en 2022 de permettre au ministre russe de participer à la réunion de l'OSCE qu'elle accueillait, a qualifié d'"inacceptable" la présence de M. Lavrov à Skopje.

Avec Ignazio Cassis

En revanche, le conseiller fédéral Ignazio Cassis participe à la réunion. "Mes homologues et moi avons la responsabilité collective de trouver des solutions pour un bon fontionnement de l'OSCE", a-t-il écrit sur le réseau social X (ex-Twitter).

Cette organisation "centrale pour la sécurité en Europe" se trouve confrontée à des défis majeurs "en raison de l'agression militaire de la Russie contre l'Ukraine", a pour sa part souligné le DFAE.

Détour par la Grèce

Sergueï Lavrov est arrivé dans la nuit en Macédoine du Nord "malgré les intrigues des ennemis", a écrit sur Telegram la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

La Bulgarie avait d'abord autorisé M. Lavrov - visé par des sanctions occidentales pour le conflit en Ukraine - à survoler son espace aérien, mais a ensuite révoqué cette autorisation en raison de la présence dans son avion de Mme Zakharova, sanctionnée elle aussi et interdite d'entrée dans l'Union européenne.

C'est donc en survolant la Grèce que l'avion de M. Lavrov est finalement arrivé en Macédoine du Nord, selon les agences russes et le site flightradar.

L'OSCE, crée en août 1975, lorsque les blocs des Occidentaux et des Soviétiques s'étaient entendus pour créer une plateforme de dialogue entre les deux camps ennemis, réunit aujourd'hui 57 pays.

Elle a failli se retrouver sans présidence en 2024, avant que Malte accepte in extremis de prendre la présidence à la place de l'Estonie, Moscou ne voulant pas entendre parler d'un membre de l'Otan à ce poste stratégique. Cela devrait être entériné à Skopje.

ats, afp

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