La Liberté

22.10.2020

Les néonazis d'Aube dorée sous les verrous

Le chef d'Aube dorée, Nikos Michaloliakos, a été condamné à 13 ans et demi de prison ferme. © KEYSTONE/EPA/ORESTIS PANAGIOTOU
Le chef d'Aube dorée, Nikos Michaloliakos, a été condamné à 13 ans et demi de prison ferme. © KEYSTONE/EPA/ORESTIS PANAGIOTOU
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22.10.2020

Le chef d'Aube dorée et des dizaines de membres de cette formation néonazie se sont livrés jeudi à la police après l'émission de leur mandat d'arrêt par la cour pénale d'Athènes. Cela marque la fin d'un des procès les plus importants des dernières décennies en Grèce.

Négationniste et admirateur du national-socialisme, Nikos Michaloliakos, 62 ans, a été reconnu coupable le 7 octobre d'avoir dirigé une "organisation criminelle" et condamné à 13 ans et demi de prison ferme. Le verdict a été qualifié d'"historique" par la quasi-totalité de la classe politique grecque.

La cour a ordonné jeudi son emprisonnement ainsi que l'incarcération de six autres anciens cadres et députés d'Aube dorée condamnés à des peines de 10 et 13 ans de prison ferme pour "direction d'une organisation criminelle". Parmi eux, figure l'eurodéputé Ioannis Lagos, condamné à 13 ans et huit mois de prison ferme, dont l'arrestation est reportée tant que son immunité parlementaire ne sera pas levée par le Parlement européen.

Yorgos Roupakias, l'assassin du rappeur militant Pavlos Fyssas, tué à l'âge de 33 ans par arme blanche le 18 septembre 2013, doit être également incarcéré après avoir été condamné à la perpétuité pour son acte, plus une peine de 14 ans de prison pour "appartenance à une organisation criminelle".

Au total plus d'une dizaine d'anciens députés du parti et d'une vingtaine de membres de cette formation xénophobe seront emprisonnés après avoir été condamnés pour "appartenance" à une organisation criminelle.

"Fier"

Jeudi après-midi, Nikos Michaloliakos s'est livré à la police, comme des dizaines d'autres condamnés. "Je suis fier d'aller en prison pour mes idées. L'histoire et le peuple grec vont nous donner raison", a-t-il déclaré peu auparavant aux médias.

La Cour présidée par Maria Lepenioti n'a pas suivi les réquisitions de la procureure Adamantia Economou, qui avait en décembre réclamé l'acquittement de la direction et des cadres d'Aube dorée. Elle avait demandé, après leur condamnation, leur maintien en liberté dans l'attente d'un éventuel appel.

Le tribunal a seulement accordé jeudi le maintien en liberté conditionnelle de cinq anciens députés du parti, dont la femme de Nikos Michaloliakos, Eleni Zaroulia, condamnée à six ans de prison pour "appartenance à une organisation criminelle".

"Pavlos vit, les nazis en prison"

En larmes à l'annonce de la décision de la Cour, Magda Fyssas, la mère de Pavlos et figure emblématique du procès, a indiqué aux médias que "l'emprisonnement des criminels avait donné raison à tous ceux qui ont lutté pour ce verdict". "Pavlos vit, écrasez les nazis", ont scandé des dizaines d'amis du rappeur tué et de membres du mouvement antifasciste rassemblés devant le palais de justice.

Le choc provoqué en Grèce par le meurtre de Pavlos Fyssas avait contraint les autorités à poursuivre en justice en 2013 près de 70 cadres et membres de cette formation, qui avait bénéficié jusqu'ici d'une quasi-impunité.

La débâcle socio-politique après la crise financière de 2010 avait profité à cette formation dont des représentants étaient entrés en 2012 au Parlement. A l'époque, des groupes d'hommes en noir sillonnaient les rues d'Athènes, tabassant leurs opposants à coups de pied ou de barres de fer et scandant "Sang, honneur, Aube dorée".

Après l'assassinat de Pavlos Fyssas, Nikos Michaloliakos et une vingtaine d'anciens députés avaient été placés en détention provisoire pour dix-huit mois (le maximum légal en Grèce) dans une prison de haute sécurité près d'Athènes avant leur mise en liberté conditionnelle en mars 2014 dans l'attente de leur procès.

Déclin

Le parti a ensuite participé aux élections législatives du janvier 2015, devenant la troisième force politique du pays. Le procès de la direction et de ses membres n'a commencé qu'en avril 2015 après de nombreux retards dus surtout à des questions procédurales et des grèves en Grèce.

Avec plus de 450 audiences et 150 témoins dont la majorité de l'accusation, ce procès a entraîné progressivement le déclin d'Aube dorée, qui n'a obtenu aucun député aux dernières législatives de juillet 2019.

ats, afp

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