La Liberté

22.02.2019

Manifestations au Soudan: Béchir décrète l'état d'urgence

Le président soudanais Omar el-Béchir envisage de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de l'an prochain (archives). © KEYSTONE/AP/SHIRAAZ MOHAMED
Le président soudanais Omar el-Béchir envisage de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de l'an prochain (archives). © KEYSTONE/AP/SHIRAAZ MOHAMED


22.02.2019

Le président soudanais Omar el-Béchir a déclaré vendredi l'état d'urgence dans l'ensemble du Soudan. Il a annoncé le limogeage du gouvernement ainsi que des instances dirigeant les provinces du pays, secoué depuis deux mois par des manifestations réclamant son départ.

Réagissant à ces annonces, l'Association des professionnels soudanais (APS), fer de lance du mouvement de contestation, a affirmé qu'elle continuerait à appeler à manifester jusqu'au départ de M. Béchir, au pouvoir depuis presque 30 ans.

Dans un discours à la Nation, le chef de l'Etat a "décrété l'état d'urgence dans tout le pays pour un an". "J'annonce la dissolution du gouvernement aux niveaux fédéral et provincial", a ajouté l'homme fort du pays, qui compte briguer un troisième mandat en 2020.

"Situation difficile"

"Notre pays traverse une situation difficile et compliquée, la plus difficile de son histoire", a affirmé M. Béchir, 75 ans. "Les problèmes économiques doivent être traités par des gens qualifiés et à cette fin, je formerai un gouvernement composé de personnes aux qualités" requises, a-t-il ajouté sans préciser quand ce gouvernement serait annoncé.

En plein marasme économique, le Soudan est le théâtre depuis le 19 décembre de manifestations quasi quotidiennes déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain.

La contestation s'est vite transformée en un mouvement réclamant la chute du président, qui tient le pays d'une main de fer depuis 1989. Mais le mouvement constitue, selon des experts, son plus grand défi en trois décennies.

Plus de 30 morts

Le puissant Service national du renseignement et de la sécurité (NISS) mène la répression du mouvement et a arrêté depuis décembre des centaines de manifestants, leaders de l'opposition, militants et journalistes, d'après des ONG.

Selon un bilan officiel, 31 personnes sont mortes depuis le 19 décembre. L'ONG Human Rights Watch (HRW) évoque le chiffre de 51 morts, dont des enfants et des personnels médicaux.

Le président, qui impute les violences à des "conspirateurs", avait déclaré en janvier que la seule façon de changer le pouvoir en place était de passer par les urnes.

Inflation galopante

Jeudi encore, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays dont la capitale Khartoum, où des militants et membres de l'opposition soudanaise ont été arrêtés.

L'APS, qui regroupe notamment des médecins, enseignants et ingénieurs, avait une nouvelle fois appelé les manifestants à se diriger vers le palais pour remettre à la présidence une lettre réclamant la démission du président.

Au-delà de la baisse des subventions du pain, le Soudan, amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, est confronté à une inflation de près de 70% par an et fait face à un grave déficit en devises étrangères.

Les habitants doivent composer avec des pénuries régulières d'aliments et de carburants, tandis que les prix de certaines denrées subissent une forte hausse.

ats, afp

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