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"Opex", l'album posthume d'Arno sort cette semaine

Un album posthume du chanteur belge Arno, "Opex", sort cette semaine. Photo: Arno au Paléo en 2002, où il y reviendra une ultime fois en 2015. © Keystone/LAURENT GILLIERON
Un album posthume du chanteur belge Arno, "Opex", sort cette semaine. Photo: Arno au Paléo en 2002, où il y reviendra une ultime fois en 2015. © Keystone/LAURENT GILLIERON


Publié le 26.09.2022
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Janvier 2022, le chanteur Arno, atteint d'un cancer, apprend qu'il lui reste entre trois et six mois: le Belge accélère le tempo et jette ses dernières forces dans "Opex", ultime album à son image, émouvant et ébouriffé.

Ces derniers mois en forme de baroud d'honneur de l'artiste, décédé le 23 avril à 72 ans, furent retracés il y a quelques jours par ses compagnons de route les plus proches, lors d'une rencontre avec la presse à Bruxelles.

La scène-clé se passe backstage après un concert à la radio publique flamande le 12 janvier, où Arno, éternel costume noir, tignasse grise en bataille, a chanté assis, déjà affaibli, le visage creusé, la voix plus rocailleuse que jamais.

Une fois les lumières rallumées, au moment de débriefer, il répercute à son entourage professionnel la mauvaise nouvelle du médecin. Cet horizon qui se rétrécit. Et la conclusion tombe: "Au boulot les gars! Je veux faire encore des concerts et un album".

De fait, frustré de contacts avec son public pendant deux années creuses (en raison de la pandémie de Covid et de sa propre maladie), il remonte sur scène en février. A Bruxelles et à Ostende, sa ville natale.

Sans oublier d'honorer, en parallèle, l'autre partie du challenge: le travail en studio sur ce dernier disque pour lequel "il a tout donné" et "jeté ses dernières forces dans la bataille", décrit Damien Waselle, directeur de la branche belge du label Pias.

A partir de janvier, "un processus d'urgence s'est mis en place", ajoute-t-il. "Cette urgence lui a donné de la force et de l'énergie", complète Mirko Banovic, le bassiste et "bras droit" d'Arno. Le chanteur dépose le micro le 26 mars dans le studio bruxellois ICP, et n'y reviendra plus. Il meurt quatre semaines plus tard.

Outre Banovic, Pias a convoqué ce jour-là pour évoquer Arno son ami de cinquante ans et photographe attitré des pochettes, Danny Willems, l'ingénieur du son Michel Dierickx, et le frère cadet du chanteur, Peter Hintjens, saxophoniste. Tous réunis à l'Archiduc, bar art-déco du centre de Bruxelles dont le Tom Waits belge était un habitué.

Un duo avec Mireille Mathieu

Dans un sourire, Peter Hintjens explique qu'il a été pour ainsi dire sommé par son aîné de signer avec lui un titre du disque, leur seconde collaboration seulement en un demi-siècle.

Sur "I'm not gonna whistle", son saxophone répond à l'harmonica d'Arno, sur un arrangement évoquant la new wave des années 80, composé par l'un des fils de l'artiste flamand.

C'est le morceau "familial" d'"Opex" (album qui sort vendredi, du nom d'un quartier d'Ostende), où Arno renoue avec les guitares blues-rock après l'intimiste "Vivre" réalisé en duo avec le pianiste lillois Sofiane Pamart. "Il aimait alterner un disque doux et un dur", dit-on chez Pias.

Mais l'album est surtout éclectique. Il recèle un ultime duo voix-piano avec Pamart, un titre qui n'avait pas été retenu auparavant. Et une improbable rythmique reggae pour accompagner la reprise en duo avec Mireille Mathieu de "La Paloma Adieu", un des grands succès de la chanteuse, sorti en 1973.

"C'était un grand fantasme pour Arno d'enregistrer un jour un morceau avec Mireille Mathieu, il avait une admiration sans borne pour elle, même s'il l'exprimait en faisant souvent des blagues", raconte Damien Waselle.

Les circonstances ont fait que la collaboration a mis du temps à prendre forme, et que leur rencontre n'aura finalement jamais eu lieu.

Le Belge et la Française ont enregistré leur voix chacun de leur côté pour ce duo, et, triste coïncidence, Mireille Mathieu a achevé sa partie dans un studio de son Vaucluse natal le jour même du décès d'Arno.

"Il n'aura jamais entendu la version finale et le mix de leurs deux voix", regrette le dirigeant de Pias.

ats, afp

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