La Liberté

11.06.2019

Patrick Chappatte défend la critique face aux "foules en colère"

Le dessinateur et caricaturiste suisse Patrick Chappatte met en garde après la décision du New York Times de renoncer aux dessins politiques (archives). © KEYSTONE/LAURENT GILLIERON
Le dessinateur et caricaturiste suisse Patrick Chappatte met en garde après la décision du New York Times de renoncer aux dessins politiques (archives). © KEYSTONE/LAURENT GILLIERON


11.06.2019

Patrick Chappatte met en garde contre la remise en cause du dessin politique. Le dessinateur suisse dénonce les " foules moralisatrices" qui se rassemblent sur les réseaux sociaux avant de s'abattre sur les salles de rédaction.

"Twitter est un lieu pour la fureur, pas pour le débat", déplore Patrick Chappatte. Après la décision du New York Times de renoncer aux dessins politiques dans son édition internationale suite à une polémique à propos d'un dessin jugé antisémite d'un auteur portugais, le dessinateur tire la sonnette d'alarme.

Des tempêtes

Sur son site, le Suisse a publié lundi en anglais sa prise de position après la décision du journal pour lequel il travaille depuis des années. Les caricatures ne sont pas les seules cibles, il en va du journalisme et de l'opinion en général, affirme-t-il.

"Nous sommes dans un monde où des foules moralisatrices se rassemblent sur des réseaux sociaux et enflent comme une tempête, pour s'abattre ensuite sur les salles de rédaction, en emportant tout sur leur passage".

La foule en colère

Face à cette vague, les éditeurs doivent instantanément réagir, avec des contre-mesures qui ne laissent pas de place à la pondération ou à des discussions sensées. "Les voix les plus outrées finissent par mener la conversation et la foule en colère suit".

Aux yeux de Patrick Chappatte, le média qui a publié le dessin est en fait le plus souvent la véritable cible, davantage que le dessin lui-même. Il dresse un état des lieux inquiétant: son collègue turc Musa Kart est en prison après un dessin sur Erdogan.

Liberté d'expression

Des dessinateurs du Venezuela, Nicaragua et de Russie ont dû s'exiler. Ces dernières années, certains des meilleurs dessinateurs des Etats-Unis, comme Nick Anderson et Bob Rogers, ont perdu leur emploi parce que leur éditeur a jugé leurs travaux trop critiques envers Donald Trump.

"Peut-être, devrions-nous nous en inquiéter et répliquer. Les dessins politiques sont nés avec la démocratie. Et ils sont contestés quand la liberté l'est également", écrit Patrick Chappatte.

Pas renoncer à l'humour

Le dessinateur suisse reste toutefois positif. L'époque est celle de l'image et son pouvoir n'a jamais été aussi grand. Et il y a de très nombreuses possibilités qui s'offrent aujourd'hui aux dessinateurs, notamment des reportages longs formats.

"Et arrêtons d'être effrayés par la foule en colère. Dans le monde fou dans lequel nous vivons, l'art du commentaire visuel est plus nécessaire que jamais. Comme l'humour", conclut Patrick Chappatte.

ats

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