La Liberté

27.05.2019

Percée des écologistes et des extrêmes dans un paysage très morcelé

Les libéraux du premier ministre Charles Michel (à droite) sont distancés par le PS en Wallonie et à Bruxelles. © KEYSTONE/EPA/STEPHANIE LECOCQ
Les libéraux du premier ministre Charles Michel (à droite) sont distancés par le PS en Wallonie et à Bruxelles. © KEYSTONE/EPA/STEPHANIE LECOCQ
Le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, célèbre la victoire de sa formation avec ses partisans. © KEYSTONE/EPA/JULIEN WARNAND
Le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, célèbre la victoire de sa formation avec ses partisans. © KEYSTONE/EPA/JULIEN WARNAND


27.05.2019

Forte poussée de l'extrême droite en Flandre néerlandophone, percée des écologistes et de la gauche radicale chez les francophones: le morcellement du paysage politique belge s'est accentué lors des législatives de dimanche.

Outre leurs 21 eurodéputés, les Belges votaient dimanche pour élire des centaines de députés régionaux et nationaux. La principale surprise est venue de Flandre, où le parti d'extrême droite Vlaams Belang (VB) est devenu la deuxième force politique de la région.

Avec un score autour de 18-20%, selon des résultats quasi-définitifs, l'ancien Vlaams Blok fait plus que tripler les 6% engrangés en mai 2014. Il obtiendrait 18 des 150 sièges de députés à la Chambre, au niveau national, contre trois jusqu'à présent, d'après une projection du ministère de l'Intérieur.

"Dimanche noir"

"C'est clairement un dimanche noir pour la Flandre", a commenté le ministre des Finances, le libéral flamand Alexander De Croo. Le CDH (centristes francophones) a déploré une "augmentation dramatique" du VB, qui prône l'indépendance de la Flandre.

Ensemble, les quatre partis de la coalition de centre-droit au pouvoir entre 2014 et fin 2018 dégringolent d'une vingtaine de sièges au total, perdant nettement la majorité absolue.

Outre les centristes et les libéraux, les socialistes aussi cèdent du terrain, au profit d'Ecolo-Groen et du Parti du travail (PTB, extrême gauche), qui avec 12% doublerait son score en Wallonie, le sud francophone.

Réalités différentes

Quant au parti nationaliste flamand N-VA, son président Bart De Wever l'a lui-même rangé parmi les perdants, même s'il reste la première force politique du pays. Il est crédité de 25 députés à la Chambre (-8).

"Jamais les réalités n'ont été aussi différentes" entre le nord et le sud du pays, a dit le chef de la N-VA, qui se veut néanmoins le pivot d'une future majorité.

Le Premier ministre, le libéral francophone Charles Michel, en a exclu d'office les députés du Vlaams Belang et de l'extrême gauche. "Les partis non démocratiques n'ont pas vocation à être présents dans les majorités gouvernementales", a lancé celui qui est déjà depuis cinq mois à la tête d'un gouvernement démissionnaire.

Combien de temps faudra-t-il pour former un gouvernement ? Les Belges ont tous en tête un record qu'ils ne veulent pas battre. Entre mi-2010 et décembre 2011, leur pays a vécu 541 jours sans gouvernement de plein exercice.

"Vague verte"

A partir de lundi, le roi Philippe doit entamer un premier tour de consultations avec les présidents de parti, à l'issue duquel un "informateur" devrait être nommé pour explorer les pistes possibles.

Le parti Ecolo-Groen, qui est un des vainqueurs du vote (il gagnerait 9 députés pour en compter 21), s'est dit prêt à former "une coalition climat" avec la gauche, les centristes ou les libéraux.

Profitant de la forte mobilisation des jeunes dans la rue pour le climat ces derniers mois, les écologistes ont doublé leur score à Bruxelles, au-delà de 20%. Ils pourraient aussi intégrer le gouvernement de la région wallonne au côté du PS.

"Nous avons largement gagné notre pari (...) Ce soir la vague verte s'amplifie", s'est félicité Zakia Khattabi, co-présidente d'Ecolo.

Au Parlement européen, où la Belgique envoie 21 élus, Ecolo et le PTB gagneraient chacun un siège au détriment du PS et des libéraux francophones, selon des résultats quasi-définitifs.

Rhétorique "banalisée"

Parmi les douze eurodéputés élus par les néerlandophones, le Vlaams Belang en compterait désormais trois, contre un seul jusqu'ici, renforçant le groupe Europe des nations et des libertés (ENL) au côté du Rassemblement national français, de la Ligue italienne, du FPÖ autrichien ou du PVV néerlandais.

Selon les analystes, la performance du Vlaams Belang est notamment due à une "banalisation" du discours anti-immigration, particulièrement de la part de l'ex-secrétaire d'Etat N-VA Theo Francken. "Sa rhétorique, c'était pareil" que l'extrême droite, a estimé le politologue Pascal Delwit.

"La N-VA n'a eu de cesse d'inoculer le virus de la haine", a déclaré Ahmed Laaouej, un des ténors du PS.

ats, afp

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