La Liberté

13.12.2019

Vers une victoire écrasante pour Boris Johnson

Boris Johnson a réussi son pari. Selon un premier sondage, son parti obtient une majorité de sièges au parlement. © KEYSTONE/EPA/VICKIE FLORES
Boris Johnson a réussi son pari. Selon un premier sondage, son parti obtient une majorité de sièges au parlement. © KEYSTONE/EPA/VICKIE FLORES
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13.12.2019

Plus rien ne s'oppose au Brexit. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a réuni jeudi une majorité écrasante lui donnant les coudées franches pour sortir son pays de l'Union européenne le 31 janvier, selon les premières estimations.

Le succès semble sans appel pour le dirigeant conservateur, déterminé à mettre fin à trois ans d'une saga qui a déchiré le pays et à 47 ans de mariage tumultueux entre le Royaume-Uni et l'UE.

Les conservateurs décrochent une très confortable majorité de 368 sièges sur 650, contre 317 lors du précédent scrutin en 2017, selon le sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote par l'institut Ipsos/MORI pour les médias britanniques.

"Merci à tous ceux à travers le pays qui ont voté, qui se sont portés volontaires, qui se sont présentés. Nous vivons dans la plus grande démocratie du monde", a réagi Boris Johnson, élu pour un mandat de cinq ans, sur Twitter.

Les travaillistes de Jeremy Corbyn s'effondrent à 191 sièges (contre 262), selon ces projections généralement proches des résultats. Une défaite jugée "extrêmement décevante" par son bras droit John McDonnell, qui l'a attribuée sur Sky News à "la fatigue du Brexit. Les gens veulent en finir".

Inédit depuis Thatcher

Si les résultats ne sont attendus que dans la nuit, ces estimations, qui ont fait décoller la livre, donnent une avance si large, sans précédent pour les conservateurs depuis Margaret Thatcher, qu'un changement de tendance semble impensable. "Cela signifie que le Brexit aura lieu le 31 janvier", a indiqué Tony Travers, expert à la London School of Economics.

A Bruxelles, où les dirigeants européens sont réunis en sommet, la France a salué une "clarification" du flou dans lequel était plongé le Royaume-Uni.

Boris Johnson avait voulu ces législatives, les troisièmes en quatre ans, pour sortir le Royaume-Uni de l'impasse du Brexit. Ce dernier divise profondément le pays depuis la victoire du "leave" avec 52% des voix au référendum de 2016.

Jusqu'ici dépourvu de majorité à la Chambre des communes, le dirigeant de 55 ans arrivé au pouvoir en juillet en se posant comme le sauveur du Brexit n'avait pas réussi à faire adopter par le Parlement l'accord de divorce qu'il avait âprement négocié avec Bruxelles.

Durant la campagne électorale, il a promis de soumettre cet accord aux 650 députés nouvellement élus avant Noël avec l'objectif de mettre le Brexit en oeuvre le 31 janvier, date à laquelle il est désormais prévu après trois reports.

S'atteler aux priorités

Outre l'unification du pays, réaliser le Brexit devrait permettre d'enfin pouvoir s'atteler aux "priorités" des Britanniques, comme la santé, la sécurité et les infrastructures, avait affirmé le chef de gouvernement durant la campagne.

Les nouveaux députés siégeront dès mardi et Boris Johnson leur déclinera son programme législatif lors du traditionnel discours de la reine jeudi.

Pour les pro-UE, l'espoir de pouvoir stopper le Brexit s'est évanoui avec la probable défaite du Labour, qui voulait renégocier un nouvel accord de divorce, plus social, puis le soumettre aux Britanniques avec comme alternative le maintien dans l'UE.

Jeremy Corbyn, très marqué à gauche, a payé sa position ambiguë sur le Brexit, sur lequel il a personnellement refusé de se prononcer. Il n'a pas plus séduit avec sa promesse d'un "vrai changement" après presque une décennie de pouvoir conservateur, promettant des nationalisations à tout-va et des investissements massifs, surtout dans le service public de santé (NHS).

Chef de l'opposition le plus impopulaire jamais enregistré dans les sondages, il est désormais sous pression pour céder sa place après cette deuxième défaite électorale depuis 2017.

Nue dans le Loch Ness?

A gauche, les nationalistes écossais du SNP ont bondi de 20 sièges à 55 mandats, selon le sondage de sortie des urnes, ce qui pourrait donner du poids à leur demande d'un second référendum sur l'indépendance de l'Ecosse.

Ne croyant pas à une avancée significative du SNP, l'ancienne cheffe des tories en Ecosse, la populaire Ruth Davidson, avait promis de nager nue dans le Loch Ness s'ils dépassaient la barre de 50 élus. Ouvertement europhiles, les libéraux-démocrates ne grignotent qu'un siège à 13, un camouflet pour leur dirigeante Jo Swinson.

L'accord de retrait organise la frontière irlandaise après le Brexit, les droits des citoyens et les engagements financiers britanniques. Il évite aussi une rupture brutale en introduisant une période de transition jusqu'à fin 2020, prolongeable, pendant laquelle les Britanniques continueront d'appliquer les règles européennes.

Une fois le divorce acté, s'ouvrira la phase, technique et complexe, des négociations sur la future relation commerciale entre Londres et Bruxelles. Mais avant même qu'elle ne commence, l'affirmation de Boris Johnson, de pouvoir la boucler en moins d'un an est jugée irréaliste à Bruxelles.

ats

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