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Avec les transferts, qu'est-ce que c'est que ces manières?

Reportage lors du déplacement de Fribourg-Gottéron à Ambri, en février 2013. Ambiance dans les vestiaires de la patinoire d'Ambri après le match. Ici Michael Ngoy, prêt, à l'époque, pour le retour à Fribourg. © Alain Wicht/La Liberté
Reportage lors du déplacement de Fribourg-Gottéron à Ambri, en février 2013. Ambiance dans les vestiaires de la patinoire d'Ambri après le match. Ici Michael Ngoy, prêt, à l'époque, pour le retour à Fribourg. © Alain Wicht/La Liberté
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25.11.2015

«Bienvenue au club!» • Ces mouvements devenus perpétuels, dans le hockey suisse, donnent le tournis. Mais c'est l'époque, paraît-il, qui oblige les joueurs à sauter d'une équipe à l'autre…

 

Pascal Bertschy

Ces histoires de transferts me tombent sur le côlon. Michael Ngoy, d'Ambri, joue toujours à Fribourg. Tim Stapleton passe de Bienne à Lugano. Daniel Manzato, de Lugano, dépanne Berne. Quant à Leonardo Genoni, le gardien de Berne, il continue de porter les couleurs de Davos. Une chatte n'y retrouverait pas ses petits.

Quel bazar! Les entraîneurs brassent leur effectif comme ils mélangeraient un jeu de cartes, les joueurs sautent d'une équipe à l'autre en cours de saison, les clubs annoncent dès l'automne leurs transferts de la saison suivante. Le hockey suisse est devenu une auberge espagnole. Les individualités interchangeables et les équipes au visage de plus en plus flou y sont comme chez elles.

Qu'est-ce que c'est que ces manières? Même les aubergistes espagnols se le demandent. Le grand public, lui, se gratte la tête. Et n'y comprend plus rien. Le samedi, Machin marque pour ton club. Le vendredi suivant, Machin il marque à nouveau mais  contre ton club.

Il faut assimiler aussi de nouvelles subtilités. Tel club a envoyé Chose dans tel autre club mais Chose ne jouera pas contre son ancienne équipe, c'est dans son contrat. Plus rien n'est simple. A force, on finit par se sentir idiot. Il suffira bientôt de jouer depuis six mois dans le même club pour être considéré comme un clubiste, un fidèle d'entre les fidèles.

Tout ça, vous qui suivez le hockey, ça vous plaît? Si je vous pose la question, c'est parce que j'ai l'impression que ce bal ne consterne que moi. Dans l'ensemble, les gens n'y voient pas de problème. Ils disent en général que c'est comme ça, que c'est l'époque.

L'époque, je trouve, a bon dos. Après tout, il y a bien des dirigeants à la tête du hockey suisse et ils doivent bien y être pour quelque chose. De loin, du reste, j'imagine ces messieurs. Des types bien de leur époque, justement. Enchantés par l'incessante et libre circulation des hommes, des capitaux et des marchandises. 

Ils ont le sens des valeurs, mais des valeurs de préférence économiques. Ils regardent la NHL comme la voûte céleste. Ah, si seulement le championnat suisse devenait une petite NHL! N'ont-ils pas rebaptisé la ligue nationale A en «Nationale League»? Il s'agit de faire un bon produit, donc de faire américain. Pour les affaires, c'est mieux. 

Ces dirigeants ne savent plus quel championnat ils font, du coup nous ne savons plus quelle compétition nous suivons. Le grand public s'y perd, se demande quelle part ces artifices commerciaux laissent aux valeurs, les autres, celles du sport. 

Il ne s'agit toutefois que du grand public. S'il n'y comprend plus rien, tant pis pour lui. Le grand public n'est pas le noyau dur, il n'a rien à voir avec ces dizaines de milliers de supporters qui vont à tous les matches et suivraient leur équipe en enfer s'il le fallait. Eux seront toujours là. 

Fixez le prix de la bière à dix balles dans les buvettes, le noyau dur la boira la même chose. Demandez aux fidèles supporters de bouffer du foin par amour de leur club, ils boufferont du foin. Dans les patinoires, c'est comme ailleurs: on trouvera toujours des tas de gens prêts à tout accepter. 

Avec cette clientèle en or, les dirigeants auraient tort de se gêner. Le jour où ils obligeront les hockeyeurs à jouer à poil avec une branche de persil dans le cul, histoire de doper les audiences des matches à la télé, tout le monde approuvera. Je vous ferai alors une chronique pour crier au grand n'importe-quoi. Je passerai pour un vieux con, mais pas grave.

J'ai l'habitude.

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