La Liberté

La Coupe qui revient et le temps qui passe

Première superstar à être venue jouer en Suisse, Andy Bathgate a débarqué à Ambri à l’aube de la saison 1971/1972. © Interpresse
Première superstar à être venue jouer en Suisse, Andy Bathgate a débarqué à Ambri à l’aube de la saison 1971/1972. © Interpresse
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Publié le 02.10.2014

«Bienvenue au club!» • Le hockey suisse, ô joie, vient de ressusciter la Coupe de Suisse, mais, ô rage, voilà ça rappelle la dernière finale en date. Celle de 1972 perdue par Andy Bathgate et Ambri...

Pascal Bertschy

Enfin quelques affiches insolites dans le hockey suisse, enfin des petits conviés à un grand bal! Le retour de la Coupe de Suisse est bien beau, sauf qu’il ne me rajeunit pas. Imaginez: en 1972, année de la précédente édition, j’étais déjà là. Ben oui, comme certains d’entre vous, je viens du Paléolithique. Au point d’ailleurs que la Coupe de Suisse, pour moi, se résumait jusque-là à un nom: Andy Bathgate. 

Première superstar à être venue jouer en Suisse, Andy Bathgate a débarqué à Ambri à l’aube de la saison 1971/1972. On se pinçait pour y croire: soudain, un monstre sacré vivait parmi nous. Lui-même a dû probablement aussi se frotter les yeux: la vie dans une petite vallée du Tessin, pour quelqu’un qui avait vécu dix ans à New York, devait avoir quelque chose d’exotique.          

A son arrivée ici, Bathgate a 39 ans et dix-sept saisons de NHL derrière lui. Il vient alors d'une autre planète, d'une lointaine galaxie, où il a gagné la Coupe Stanley 1964 avec Toronto. Le Canadien a surtout passé dix ans dans la pire équipe du circuit, les Rangers de New York, ce qui ne l’a pas empêché de devenir un des plus grands attaquants de son temps et d'être élu meilleur joueur de NHL en 1959.

Même le «New York Times» en parlait! 

En 1971, le vieil Andy a un charisme intact et de beaux restes. Premier match en Suisse et premier festival de l'entraîneur-joueur d’Ambri: quatre buts et quatre assists contre Kloten, battu 8-3. On l’interroge sur le monde fascinant d’où il vient. Là-bas, mister Bathgate, c’est comment le hockey? Réponse: «Au Canada, tant que tu n'as pas perdu quelques dents, tu n’es pas un joueur de hockey.» 

Bientôt, le «New York Times» dépêche en Léventine un envoyé spécial pour raconter l’odyssée tessinoise de l'ancien capitaine des «Rangers». Dans toutes les patinoires de ligue A, le demi-dieu fait rêver. Ambri piétine, pourtant, et n’échappera pas au tour contre la relégation.

Reste, pour se rattraper, la Coupe de Suisse. Au Tessin, sous la neige, Bathgate sort le grand jeu contre Berne en demi-finale: 3-1 pour Ambri, avec trois buts du boss. Place à la finale contre Genève-Servette. A la Valascia, devant près de 10’000 spectateurs en feu, Ambri s’impose 3-2. 

Clerc fait le match de sa vie 

Mais aux Vernets, rien à faire. Sale journée pour Bathgate qui tire 152 fois sur les poteaux, se heurte à un gardien – Daniel Clerc – qui livre le match de sa vie, rate un penalty. Il se fait même voler la vedette par l'entraîneur-joueur d'en face, Jean Cusson. Pffff, Genève-Servette l’emporte 2-0 et gagne la Coupe. Si je m’en souviens! Ce jour-là, j’en avais été malade pour Ambri et son héros...

Si on revoyait aujourd'hui des images de cette finale, on en sourirait. Les équipements et l’allure des joueurs, ainsi que leur rythme de jeu, prêteraient même à rire. Tout comme les tenues et le style actuels de Wick ou de Sprunger amuseront peut-être le monde dans quarante ans. Mais si je viens de vous parler de cette antique finale, ce n’est pas pour évoquer un champion d’autrefois dont vous n'avez rien à battre. 

Plus rapide encore que Bolt et Hamilton

Là où je veux en venir, en fait, c’est à ça: la vitesse supersonique du temps. Le temps est un mal élevé qui nous roule dessus à une rapidité sidérante. Quand on aime le sport, il me semble que c’est encore pire. Les saisons se succèdent à une cadence infernale, courent plus vite que Lewis Hamilton ou Usain Bolt, font déborder encore un plus la malle à souvenirs. 

La dernière Coupe de Suisse en date, celle perdue par Bathgate, remonte à l’âge de la pierre. Dans ma tête, pourtant, c’était avant-hier. L’époque où j’étais gosse, où j’ignorais que l'or du temps vous file entre les doigts et que la défaite d’Ambri me resterait toujours sur l’estomac plus de quarante ans après. Mais c'est l'avantage de devenir vieux: on sait que certains matches de hockey durent bien plus longtemps que trois fois vingt minutes.  

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