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Le Ballon d’or m'énerve

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Publié le 30.10.2014

«Bienvenue au club!» • Il y a seulement dix ans, le titre de meilleur joueur du monde n'agitait pas les esprits comme aujourd'hui. Et puis le people s'est emparé du foot comme du reste...

Pascal Bertschy

Ami footeux, dis-moi: quel joueur a gagné le Ballon d’or en 2004? Tu sèches? Eh bien le lauréat, il y a dix ans, c'était Shevchenko. Note, si j’ai la réponse, c'est parce que j’ai triché en allant voir sur Wikipédia

Le trophée de Shevchenko, je ne m’en souvenais pas non plus. Et c’est normal: il y a seulement dix ans, personne ne se faisait péter les poils du dos avec le Ballon d’or. 

Je vous parle de 2004, c’est-à-dire d’hier, mais j’aurais pu être bien plus vicieux. Et remonter aux années 1960 ou 1970, quand on consacrait Eusebio ou Bobby Charlton, Johan Cruyff  ou Kevin Keegan. Les amateurs de foot étaient contents pour le gagnant, mais ça s’arrêtait là. L'affaire faisait à peine une brève dans les journaux et, en gros, tout le monde s'en foutait.

Qui l'aura, cette fois, le beau ou le petit? 

Admirez le contraste: nous ne sommes pas encore en novembre, aujourd'hui, qu'on est déjà tous à causer du Ballon d'or qui sera attribué le 12 janvier prochain. De ce tas de sable, désormais, on fait une montagne. Tout en se posant gravement la question, la même depuis sept ans: est-ce Cristiano Ronaldo ou Messi qui l’aura?

Le Ballon d’or, je n'ai rien contre. C'est une récompense comme une autre. Comme le titre de miss Camping, par exemple, le Mérite interculturel de la ville de Schaffhouse ou le Prix Femina, Médias et Dirladada. 

Moi qui ne place rien au-dessus de l’équipe, dans les sports collectifs, j’admets volontiers cette idée de distinguer telle individualité. Après tout, pourquoi pas? Je comprends très bien aussi qu’on veuille animer un peu la saison hivernale et amuser le monde en bricolant des oscars du foot.

L'emprise du marketing et du people 

Bref, sur le principe, le Ballon d’or ne me dérange pas. Ce qui me sort par les trous de nez, en revanche, c’est  le cirque qu’on en a fait. L’emprise du marketing. L’importance exorbitante donnée aux performances individuelles. Le crédit d’un joueur qui se mesure soudain à son poids médiatique. 

Tous ces trucs qui n’ont plus grand-chose à voir avec le jeu lui-même, voilà ce qui m’énerve. L’aspect paillettes. Le côté people pour lequel, par exemple, on a attribué en 2010 le Ballon d’or à quelqu’un d’autre qu’à Andrés Iniesta. Ou osé élire par ailleurs Lionel Messi, cet été, meilleur joueur de la Coupe du monde.

LA FIFA et la ménagère de moins de cinquante ans 

Je sais bien que la FIFA a ses propres lois, qu’elles lui commandent de brasser des milliards, de satisfaire ses sponsors et donc de captiver le plus grand nombre, y compris la ménagère de moins de cinquante ans. Mais oui, vous savez, celle qui s’intéresse au foot dans les grandes occasions, mais ne connaît aucun nom en dehors de Ronaldo et de Messi. 

Je sais tout ça, mais quand même, ça ne devrait pas être une raison pour multiplier les blagues. Le nouveau gag, vous l’avez vu, c’est Luis Suarez. Auteur d’un festival de gestes fantastiques, de buts extraordinaires et de courses surnaturelles avec Liverpool, durant la saison 2013/2014, et néanmoins absent de la liste des 23 candidats au Ballon d’or. 

Hier Iniesta, aujourd’hui Suarez, je ne comprends pas ces camouflets. Je ne comprends pas à quoi rime encore le Ballon d’or depuis qu’il est devenu officiellement le Ballon d’or FIFA. Tout ce que je sais, c’est que le football est en principe une fête. Ce qui devrait déjà suffire, dans l'idéal, à lui épargner les cérémonies de cons...

 

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