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Locarno, artistique et populaire

Directrice artistique du Festival de Locarno, la Française Lili Hinstin entend réconcilier le cinéma d’auteur et les œuvres populaires. © Keystone
Directrice artistique du Festival de Locarno, la Française Lili Hinstin entend réconcilier le cinéma d’auteur et les œuvres populaires. © Keystone
09.08.2019

Lili Hinstin, nouvelle directrice artistique du Festival de Locarno, offre une programmation audacieuse

Eduardo Simantob, Swissinfo

Cinéma » «Vitrine» du cinéma européen, mais également «périphérique» (films réalisés hors Europe et Etats-Unis), la 72e édition du Festival international du film de Locarno, qui a débuté mercredi soir, promet des surprises et des changements. Jeunes cinéastes et œuvres expérimentales de réalisateurs confirmés, sans oublier films grand public, seront à l’honneur. Lili Hinstin, la nouvelle directrice artistique, a su résister à la vague des feel good-movies. Ces films emplis de bons sentiments, s’adressant au large public, ne tiendront pas le haut de l’affiche des soirées en plein air sur la Piazza Grande qui peut accueillir jusqu’à 8000 personnes.

La Française entend proposer des films de qualité qui captivent le plus grand nombre. Parmi ceux-ci figurent Once Upon a Time… In Hollywood de Quentin Tarantino, présenté à Cannes en mai dernier, et Diego Maradona. Ce documentaire sur les années sombres du footballeur argentin qui a joué à Naples a été réalisé par Asif Kapadia, auteur du célèbre Senna. To The End Of The Earth, du cinéaste japonais Kyoshi Kurosawa connu pour ses films d’horreur, et le thriller germano-autrichien 7500 de Patrick Vollrath sont également au programme.

Des films de minuit

Pour donner un caractère inédit aux deuxièmes parties de soirée sur la Piazza Grande, Lili Hinstin a créé une nouvelle section, les projections Crazy Midnight, avec des œuvres cultes du réalisateur coréen Bong Joon-ho et des Américains Jack Hill et John Waters notamment. Ce dernier recevra un Léopard d’honneur le 16 août. Une rétrospective de ses œuvres ainsi qu’une projection spéciale de l’un de ses films préférés, Show People (1928) de King Vidor, sont prévues.

La section Signs of Life, consacrée aux films expérimentaux et novateurs, est désormais intitulée Moving Ahead: un hommage à Jonas Mekas, mécène de longue date des films expérimentaux et fondateur des Anthology Film Archives de New York. Le nom de cette section fait référence à son film As I Was Moving Ahead Occasionally I Saw Brief Glimpses of Beauty (2000).

Une nouvelle section consacrée à la réalité virtuelle, Gender Bender, présentera des œuvres de Suisse, du Canada, de Grèce, d’Ukraine et de France, sélectionnées, selon Lilli Hinstin, moins pour leurs prouesses technologiques que pour leur «perspective artistique contemporaine». Ces films tiendront une place de plus en plus importante dans les prochaines éditions du festival.

Depuis de nombreuses années, le Festival développe des programmes parallèles, dédiés aux jeunes talents. La Locarno Academy propose aux réalisateurs, producteurs et critiques en herbe des formations. Autre nouveauté cette année: le Base Camp. Une ancienne caserne de l’armée, à Lozone, hébergera 200 créateurs (cinéastes, artistes, designers, poètes, etc.), âgés de 18 à 30 ans, venus du monde entier. Ces jeunes pousses auront droit à l’accès complet au Festival et à ses coulisses. Nul ne peut deviner ce qui ressortira de cette expérience, mais la nouvelle direction semble prête à prendre quelques risques créatifs. Le Swiss Panorama, section traditionnellement consacrée aux œuvres helvétiques, demeure, mais Lili Hinstin précise que tout film suisse ne sera pas automatiquement sélectionné.

Portée internationale

Mentionnant «l’impressionnante qualité des œuvres d’une nouvelle génération de cinéastes suisses», la directrice artistique a opté pour des films helvétiques dans les différentes sections du festival, parallèlement aux films internationaux. «C’est un choix très pertinent», relèvent Giuseppe Salvatore et Ruth Baettig, critiques et éditeurs de Filmexplorer.ch, une revue en ligne bâloise.

Parmi les films suisses qui seront projetés à Locarno figurent 21 coproductions de la SSR. Beaucoup traitent des questions d’actualité telles que la migration, la diaspora et les questions interculturelles, comme O Fim do Mundo du cinéaste genevois d’origine portugaise Basil da Cunha, sélectionné dans la catégorie Compétition internationale. Baghdad In My Shadow, de Samir, réalisateur basé à Zurich né en Irak, ainsi que Shalom Allah de David Vogel, une enquête sur les Suisses convertis à l’islam qui renvoie le réalisateur à ses racines juives, sont aussi à l’affiche.

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