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Tatjana Erard, les voix de la «Basse»

Tatjana Erard, les voix de la «Basse» © Alain Wicht/La Liberté
Tatjana Erard, les voix de la «Basse» © Alain Wicht/La Liberté
«Si mon texte peut apporter un peu de joie à des gens d’ici, c’est tant mieux» confie-t-elle. © Alain Wicht/La Liberté
«Si mon texte peut apporter un peu de joie à des gens d’ici, c’est tant mieux» confie-t-elle. © Alain Wicht/La Liberté
L’auteure sur les rives déjà hivernales de la Sarine, en Basse-Ville de Fribourg, au plus près de ces méandres dont elle a fait le titre de son livre. © Alain Wicht/La Liberté
L’auteure sur les rives déjà hivernales de la Sarine, en Basse-Ville de Fribourg, au plus près de ces méandres dont elle a fait le titre de son livre. © Alain Wicht/La Liberté
Après un ouvrage sur Hubert Audriaz, voici que paraît le deuxième livre de Tatjana Erard, qu’elle dédicacera ce week-end au Salon du livre romand de Fribourg. © Alain Wicht/La Liberté
Après un ouvrage sur Hubert Audriaz, voici que paraît le deuxième livre de Tatjana Erard, qu’elle dédicacera ce week-end au Salon du livre romand de Fribourg. © Alain Wicht/La Liberté
17.11.2016

L’enseignante dédicacera son deuxième ouvrage ce week-end à Fribourg, au Salon du livre romand.

Thierry Raboud

Littérature »  Fribourg. La Basse-Ville est un enchevêtrement de neige et de pierre, de blanc et de froid. Pas grand monde ce matin-là sur les escaliers du Court-Chemin, que l’on descend un livre à la main pour peupler un peu le décor. Un boguet passe dans un nuage de cheveux gris, là un cantonnier fleuri sifflote. Plus loin, c’est un moustachu édenté qui pousse la porte du bistrot. On fait de même pour que les flocons ne fondent pas entre les pages de Méandres, ce recueil de nouvelles qui n’en sont pas. Plutôt une galerie de portraits où l’on se plaît à reconnaître ces inénarrables personnalités devenues personnages sous la plume de Tatjana Erard.

Après un ouvrage sur Hubert Audriaz, voici que paraît son deuxième livre, qu’elle dédicacera ce week-end au Salon du livre romand de Fribourg (lire ci-dessous). Les habitants de la ville, remerciés dans son propos liminaire, devraient s’y retrouver, invités à naviguer entre fiction et réalité en suivant les circonvolutions de la Sarine, de l’Auge à Saint-Léonard.

Famille dans les parages

C’est devant un thé chaud au Café des Boulangers que l’on retrouve l’auteure. Il faut dire que cette «fille de la Basse» connaît plutôt bien le coin. Elle a grandi juste à côté, avec la vue sur la cour de son école, puis sur Lorette.

C’est à la Neuveville qu’elle fait toutes ses classes, et si elle a quitté le quartier depuis quelques années, exilée à la Vignettaz avec son mari entraîneur de foot et son fils de 4 ans, ce n’est que pour mieux y revenir prochainement. «J’ai grandi ici jusqu’à mes 25 ans. C’est clair que ça marque, c’est un lieu empreint de beaucoup de choses, comme un village. D’ailleurs, ma famille habite toujours dans les parages», sourit-elle.

Justement, voilà que son père débarque dans le bistrot qui est aussi son «stamm», alors que la neige continue de blanchir le pont Saint-Jean. En a-t-elle fait un personnage? Peut-être: quelques figures de son entourage croiront se reconnaître dans les pages de Méandres. Mais la fiction a la part belle, qui permet d’imaginer la vie d’une joueuse de loto, d’une moniale, d’un bâtisseur de ponts ou d’un conducteur de funiculaire. Autant de quidams dont Tatjana Erard se plaît à éclairer la grandeur d’âme. «J’ai toujours eu cette idée que les gens ordinaires ont aussi leur place, et j’avais envie de les valoriser par l’écriture. Le passage de la personne au personnage me semblait intéressant», explique cette enseignante en français au CO de Jolimont.

Lever l’encre

A force de lire (Jauffret, Despentes – une noirceur qu’on ne lui soupçonnerait pas) et de transmettre, elle a fini, elle aussi, par prendre la plume. Un atelier d’écriture à l’Institut littéraire de Bienne, animé par Blaise Hoffmann, l’aide à lever l’encre. «J’ai écrit à cette occasion un texte sur «Ma Basse-Ville», qui a été déclencheur. Je me suis dit qu’il y avait là un monde à raconter, et j’ai continué.» Dans sa démarche, point de prétention, simplement l’envie de se faire plaisir, puis d’en donner. A défaut de grande ambition littéraire, il y a sous sa plume une vraie bienveillance. «Si mon texte peut apporter un peu de joie à des gens d’ici, ou les réconcilier avec la littérature, c’est tant mieux.»

Ils trouveront assurément leur compte dans cette vivante incursion en terres bolzes, portrait craché de ce fier village. D’autant que ces voix diverses et authentiques se complètent de suggestions musicales et de photographies prises par l’auteure. Mais pour une fois, c’est à la portraitiste de se retrouver devant l’objectif. Il faut sortir sous la neige qui blanchit l’automne. La Basse-Ville n’en a cure, ce n’est plus elle qui prend la pose.

Tatjana Erard, Méandres, 
Ed. Faim de Siècle. L’auteure sera en dédicaces le samedi (11-15 h) et le dimanche (12 -15 h).


 

Nombreuses lectures et tables rondes

Après deux éditions bulloises au succès croissant (1000 visiteurs en 2014, le double l’année suivante), le Salon du livre romand déménage à Fribourg, au NH Hôtel, pour être en mesure d’accueillir des lecteurs en plus grand nombre. Samedi et dimanche, une centaine d’écrivains feront le déplacement. Si un tiers des auteurs attendus sont Fribourgeois, la manifestation sera aussi l’occasion d’aller à la rencontre de plumes venues de toute la Suisse romande, de Pierre Yves Lador à Marc Voltenauer en passant par Metin Arditi et Mélanie Chappuis.

Co-organisées par la librairie Albert le Grand, de nombreuses lectures et tables rondes font tout l’intérêt de ce raout littéraire. Un grand entretien avec Jean Ziegler au sujet de son dernier ouvrage Chemins d’espérance, une lecture de Michel Simonet par Thierry Steiert dans un petit train, une table ronde sur «L’art et la déviance» avec Martial Leiter, Frédéric Pajak, Michel Layaz et Lucienne Peiry, ou encore une discussion modérée par le rédacteur en chef de La Liberté Serge Gumy sur la thématique, souvent explorée en littérature, de l’immigration, font partie des points saillants de ce riche ­programme. TR

Sa (9 h 30-17 h) et di (10 -17 h) Fribourg, NH Hôtel.


 

Les griots sur les pavés de l’Auge, à Fribourg

Un autre ouvrage rend également hommage à la Basse-Ville de Fribourg: Les petits cailloux dans la main. Son auteure, Anne Meyer, le dédicacera au Salon du livre romand.

Le ton est fier, comme ces garçons qui prennent leur courage à deux mains pour plonger dans la Sarine depuis le pont de Berne; vivant, comme les souvenirs d’enfance les plus précieux; léger, même si l’insouciance s’est estompée à la mort du père. Avec Les petits cailloux dans la main, Anne Meyer publie son premier ouvrage. Le narrateur en est Hubert Audriaz gamin, dans les années 50. Grande figure du quartier de l’Auge, à Fribourg, où il a grandi, il y a fait des étincelles qui éclatent sous la plume de cette nouvelle auteure. En sept petites histoires, elle donne vie aux pavés, aux bagarres de gosses, à la récré qui assouplit le carcan de la discipline scolaire.

On y découvre les camps d’été à Sonnenwyl, une virée au cimetière Saint-Léonard pour y déposer un dessin et chiper des fleurs, une amitié avec les gitans, la débrouille pour se faire un équipement de hockey avec trois fois rien et les seilles remplies d’eau qui servaient à faire la «pato» à la Lenda. Les histoires sont inventées, basées sur un fond de réalité. Les tristesses ont leur part, bien sûr, mais c’est avec un large sourire qu’Anne Meyer recrée les dialogues, fleuris de mots bolzes. Les dessins sont signés Leslie Umezaki. Dommage que l’ouvrage soit tellement truffé de coquilles typographiques. Elisabeth Haas

Anne Meyer, Les petits cailloux dans la main, 
Ed. Anne Meyer, 
140 pp.

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