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Paul Plexi, le talent de l’imposture

En attendant Montreux, le chanteur Paul Plexi prépare son premier album cinq titres, bien entouré au Nice Hill Sound Studio. © Vincent Murith/La Liberté
En attendant Montreux, le chanteur Paul Plexi prépare son premier album cinq titres, bien entouré au Nice Hill Sound Studio. © Vincent Murith/La Liberté
05.07.2014

Montreux Jazz Festival • Le chanteur fribourgeois Paul Plexi, de son vrai nom Patrick Rouiller, a été sélectionné pour la demi-finale du concours vocal du festival. La surprise est grande comme son talent. Il est le seul Suisse en lice à cette compétition voulue par feu Claude Nobs. Son portrait.

Thierry Raboud

Cent voix venues du monde entier, assez ambitieuses pour espérer laisser une petite trace dans la grande histoire du Montreux Jazz Festival. Cent voix de jeunes professionnels, enregistrées avec soin, puis envoyées aux organisateurs de la Shure Montreux Jazz Voice Competition, un concours vocal réputé voulu par feu Claude Nobs et présidé cette année par la pétulante Sweet Georgia Brown. Et parmi les quinze voix retenues pour participer à la demi-finale du 11 juillet prochain, celle de Paul Plexi. Patrick Rouiller de son vrai nom. Un Glânois de 25 ans, seul Suisse en lice, mécanicien sur vélos et qui n’en croit pas ses oreilles.

«C’est une très grosse surprise! J’ai envoyé mes sons sans trop y penser, car le concours est axé sur le jazz et j’évolue dans un univers plutôt pop… Mes potes disent que je suis un imposteur», badine le jeune homme, tout de jean vêtu, déplié sur le canapé cuir d’un studio d’enregistrement fribourgeois. Un piano à queue dans un coin, une batterie un peu plus loin, de hauts plafonds fraîchement repeints. Paul Farkas, l’un des patrons du Nice Hill Sound Studio, accueille avec un café puis laisse son protégé évoquer ce monde de la musique qu’il commence à bien connaître. Assez pour pouvoir s’en dire déçu.

C’est que le natif de Vuisternens-devant-Romont a commencé tôt, encouragé par un professeur de musique qui a su entendre le talent de cette voix. Le jeune Patrick se met à chanter dès ses 9 ans, pétri d’idéalisme. «A l’adolescence, je rêvais d’être signé par une maison de disques, convaincu que cela se ferait dans l’année», rigole-t-il. Les parents riaient alors un peu moins, l’encourageant à prendre une voie plus sage. Aujourd’hui mécanicien sur vélos pour Scott, à Givisiez, Patrick Rouiller leur en sait gré, affirmant ne rien regretter.

Guitare en porte-voix

Et s’il se dit passionné par l’univers de la petite reine, elle le lui a bien rendu, lui offrant le luxe d’une seconde passion. «J’ai commencé à travailler dans le vélo pendant mes étés, dans un magasin à La Tour-de-Trême. Le patron était un type super, avec un grand charisme. Il avait une guitare dans un coin, et un jour, il m’a dit «vas-y, joue!» Je n’ai jamais arrêté…» Son prénom de scène est un hommage à son grand-père, mais il prendra dès lors pour nom d’emprunt celui de l’amplificateur Marshall Plexi utilisé par le défunt dieu de la six-cordes Jimi Hendrix. Une filiation plus qu’honorable pour cet étudiant de Francis Coletta, même si la guitare lui sera surtout un élégant porte-voix.

Une voix que Paul Plexi aura tout tenté pour faire entendre, enchaînant les concours télévisés en quête de reconnaissance. «La Nouvelle Star» version française, version allemande, le «The Voice» helvétique: autant de fabriques à icônes éphémères, profitables à qui sait s’en servir. «J’ai fait beaucoup d’émissions de ce genre. Contrairement à d’autres artistes, je ne crache pas dans cette soupe-là. On y apprend notamment à gérer la pression. C’est un système que j’accepte, une expérience bonne à prendre.» Le musicien de lever alors ses grands yeux bruns et droits pour égrener ces villes européennes, Stuttgart, Paris, Munich, Cologne, prestement traversées, le temps d’auditions expéditives après d’interminables attentes.

Oser viser haut

Dans ces machines à rêves cathodiques, beaucoup d’appelés, très peu d’élus. «Je suis désabusé, j’ai pris beaucoup de recul avec ce milieu, car je me suis ramassé de sacrées claques…», glisse Paul Plexi. Déceptions. Le rêve s’est effiloché. Mais le métier de musicien, le vrai, se construit peu à peu, de concerts en concerts, donnés guitare à la main à défendre des compositions en anglais, «car c’est plus vendeur». Il ne s’en cache pas: les chances de percer sont si minces qu’il faut oser viser haut, ratisser large. Jusqu’à ce que le Montreux Jazz contacte ce fan de Jacques Brel et de Thom Yorke, lui qui avoue pourtant n’avoir qu’une pratique balbutiante de l’improvisation.

Depuis quelques jours, il tente de rattraper son retard en dévorant des vidéos sur YouTube, espère donner le change face au jury de spécialistes qui l’attend. Contrairement à nombre d’artistes, se produire sur les rives lémaniques n’était pas un rêve pour Paul Plexi, simplement une sorte d’opportunité heureuse, qu’il compte bien saisir en faisant parler son expérience de la scène. En attendant, à l’aise au milieu de ce studio où il connaît tout le monde, de ces instruments qui n’attendent que lui, il peaufine l’enregistrement de son premier album cinq titres. Sans imposture, avec talent. Convaincu que la chance finira par sourire aux audacieux.

> 11 juillet, demi-finale de la Shure Montreux Jazz Voice Competition. Petit Théâtre du Montreux Palace, 16h.

> Montreux Jazz Festival, du 4 au 19 juillet 2014

> www.montreuxjazzfestival.com

 

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